‹ Histoire financière de la Législative et de la ConventionChapitre 39 sur 77 · Séances des 1"-, 10, 18, 19, 22 décembre · texte numérisé non relu

Séances des 1"-, 10, 18, 19, 22 décembre

A une des séance:^ où ces faits furent communiqués à la Convention, Buzot prit la parole : « Si un ministre, dit-il, dans un autre département avait commis la dixième partie de ce dont le ministre de la Guerre est prévenu, il y aurait eu contre lui cent décrets d'accusation. » Et comme l'extrême gauche protestait bruyamment : » Sil est un département, ajouta-t-il. où l'on doive être plus attentif à mettre de l'ordre, s'il est un ministre dont la responsabilité doive être plus surveillée, c'est celui do la Guerre.. lo pourrais, d'après les faits dénoncés contre le ministre, d(>mander le décret d'accusation... Vous aurez beau décréter des fonds, si vous les mettez entre les mains d'un ministre ignorant ou infidèlo, ils seront perdus pour la chose publique. . C'est le ministre qu'il faut atteindre: c'est sur sa tête débile ou traître que doit tomber toute la responsabilité : il s'agit ici de la sûreté de l'empire. Nos armées sont dans le plus grand dénûment. Représentants du peuple, c'est à vous qu'il appartient de venir à leur secours. » Cette vigoureuse attaque de Buzot contre Pache aurait dû être menée à fond. En se débarrassant d'un administrateur incapable, les Girondins eussent non seulement servi l'intérêt général, mais leur intérêt particulier, car Pache était l'humble serviteur du parti jacobin le plus avancé. Néanmoins, soit que la motion de Buzot n'eût pas été concertée avec eux, soit qu'ils craignissent d'amener une scission dans la Chambre avant que ne fût terminé le procès du roi, ils gardèrent le silence et Pache conserva son portefeuille. Il n'était pas un député qui ne sût que pour remettre de l'ordre dans l'administration militaire, la moraliser et la rendre plus active, plus prévoyante, il eût été nécessaire de confier le ministère de la Guerre à un homme plus expérimenté; mais c'eût été exaspérer les révolutionnaires, et, plutôt que de s'exposer ii leurs colères, la Convention aima mieux sacrifier l'armée et les finances de l'État.

Lorsqu'il s'agit d'exécuter le décret du 15 décembre sur

l'organisation à donner anx pays occupés par nos troupes, elle chercha de même à complaire aux révolutionnaires et les résultats de cette politique furent déplorables. Elle envoya en Belgique six de ses membres en qualité de commissaires nationaux; mais ils ne furent pas seuls : plus de trente autres commissaires, choisis en partie sur la recommandation du club des Jacobins de Paris, leur furent adjoints, et ceux-ci partirent avec des instructions de nature à stimuler plutôt qu'à restreindre leur penchant à l'arbitraire. En somme, ces instructions du pouvoir exécutif^ leur disaient que temporairement, et jusqu'à ce que les Belges eussent adopté des institutions libres calquées sur celles de la France, il fallait, en Belgique, une autorité révolutionnaire, laquelle ne pouvait être exercée que par les Français. Elles leur enjoignaient de ne pas reconnaître les administrations provisoires récemment élues, parce quelles étaient presque toutes infectées d'esprit aristocratique et clérical, et de faire procéder à leur renouvellement, de poursuivre avec rigueur les partisans des privilèges et de l'Autriche, de s'appuyer sur les hommes du peuple et de bien se persuader que si les Belges ne s'affranchissaient pas d'une façon complète, s'ils répugnaient à établir chez eux la liberté et l'égalité, il n'y aurait pas de ménagements à garder envers eux. Relativement aux biens « mis sous la sauvegarde de la République )j, elles affirmaient qu'ils étaient « sa conquête, ou du moins le gage des indemnités qu'elle avait le' droit de réclamer. » Elles conféraient aux commissaires le droit de se faire représenter les registres de délibérations des autorités locales, « de vérifier l'état des caisses et généralement de suivre le recouvrement et l'emploi de tous les deniers. » Enlin elles assignaient comme but principal à leur zèle de faciliter l'écoulement des assignats. Il n'est pas de perfidie, disaient-elles, qui n'ait été mise en œuvre pour les discrédi-

1. Elles furent comnjuuiquces à la ConvcuLion le 9 janvier 1793.

DE LA LKGISLATIVK El' DE LA CONVENTION ^{07

ter, « mais ces manœuvres sont vaines, la solidité réelle de cette monnaie brave toutes les conspirations de la tyrannie et de Tagiotage; le monde entier serait renversé plutôt que le gaee de nos assignats ne rentrât dans les mains d'où nous l'avons tiré. « Aussi les commissaires nationaux devaientils par tous les moyens assurer la circulation des assignats et leur échange au pair contre espèces.

Mais les Belges ne voulaient pas recevoir notre papiermonnaie. Beaucoup de marchands préférèrent fermer leurs boutiques, et de peur d'exciter dans la population un mécontentement qui aurait pu se traduire par des émeutes, Dumouriez avait refusé, au mois de novembre, d'ordonner la circulation forcée des assignats. Après le décret du 15 décembre, malgré les instructions de la Convention, on continua de les refuser en Belgique, et les eflorts des commissaires pour les répandre dans le pays ne réussirent qu'à indisposer les Belges. Les élections s'en ressentirent et presque partout elles firent arriver dans les administrations provisoires des partisans des anciens Ëtats provinciaux. Alors les commissaires firent appel aux clubs et installèrent des administrations démagogiques. La plupart d'entre eux, accusant d'aristocratie tous ceux qui leur portaient ombrage, les traitèrent en adversaires de la domination française, les forcèrent à s'expatrier et saisirent leurs biens. Ils mirent la main sur les revenus des biens séquestrés, dépouillèrent de leurs richesses des couvents et des églises, bref, se conduisirent comme en pays conquis. Un des objets de leur mission était d'appliquer la loi du -4 décembre, qui ordonnait la confiscation des effets mobiliers appartenant à des émigrés; ils mirent à s'en acquitter une ardeur extrême, car la vente des objets saisis était pour eux une source de gros bénéfices. L'État ne profita guère des conliscations opérées au détriment des nombreux émigrés qui s'étaient fixés en Belgique ; mais les agents préposés aux ventes, leurs commis et leurs com-

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plices s'enrichirent à bon compte. Après quelques semaines d'un semblable régime, les Belges, scandalisés, froissés dans leurs convictions religieuses, humiliés d'être traités avec cette brutalité et cette injustice, avaient pris en haine les Français qu'ils avaient d'abord acclamés comme des libérateurs, et ils étaient prêts, au premier échec sérieux de nos troupes, à se réunir à nos ennemis ^

Nous venons de voir comment et pourquoi la Convention tolérait, en matière militaire, la dilapidation des deniers de l'État. Il nous faut maintenant rechercher si elle sut mieux résoudre une question qui, à l'intérieur, soulevait de grosses difficultés : celle des subsistances.

Dans un chapitre précédent, nous avons indiqué la gravité qu'elle avait prise et les désordres qu'elle avait occasionnés, pendant les dernières semaines où avait siégé l'Assemblée Législative, Nous avons dit que cette Assemblée avait voté le 4 septembre 12 millions pour achats de céréales à l'étranger, et pour secours à des villes qui se livraient à de semblables achats, en vue de leur approvisionnement particulier. Roland jugea nécessaire de renseigner la nouvelle Chambre sur l'emploi de ce crédit, et, dès le 23 septembre, il lui annonça avoir acheté pour 6 millions de blé et de farine, qui arriveraient bientôt dans les ports du Havre, de Saint- Valéry, de Nantes, de Bordeaux, de Cette et de Toulon, pour de là se répandre dans l'intérieur de la France; avoir distribué A millions à des municipalités; en avoir consacré un aux besoins de la ville de Paris, et en avoir conservé un en réserve.

Décidé à ne rien laisser ignorer à la Convention de ce qui concernait les subsistances, il Finforma successivement qu'à

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