‹ Histoire financiereChapitre 14 sur 34 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

En résumé, rexerdce 1851 va s'otrmr avec un dé-

couvcTt de 535 millions. Les dépenses ordinaires de Tannée sont évaluées à 1 ,28i millions. En supposant que les réformes administratives qui sont projetées dans Toocupaiion de FAIgérie^ dans Tarmée et dans la marine réduisent la dépense de 22 millions, et que les crédits supplémentaires, mesurés avec une grande sévérité, ne Taugmentent que de 20 millions dans le cours de [exercice, le budget réel s^élève encore à 1,280 millions. A cette somme en quel(|ue sorte normale, et qui représentera les efforts péniblement faits par trois ou quatre oommîssionsi en vue de Féconomie et de Téquililm financier, il faut ajouter la charge des travaux extraordinaires. Le gouvernement demande 54 millions, sur lesquels 29 millions seulement doivent être consacrés aux chemins de fer. Or, comme il restait, à partir de 1850, 234 nnUions de dépenses pour racbèveroent des lignes commencées, sans y comprendre celle de Paris à Avignon, huit années dans cette proportion seraient encore nécessaires * on n'irait pas, avant huit ans, de Paris h Metz et à Strasbourg, ni de Paris à Bordeaux et à Nantes. Nous verrions ainsi nos communications interrompues avec les frontièn' -^ ks plus exposées et avec nos villes les .plus importantes, lorsque les chemins de fer de TÂllemagne peuvent nous amener en quarante-huit heures une année russe sur le Rhin. 11 faudra donc porter à 35 millions, au minimum, pour les exécuter ensixannces, Tallocation annuelle des chemins de fer, et par conséquent à 60 millions les travaux extraordinaires. Cela

Oigitized by

donne un total de 1 ,340 millions pour les dépenses de

toute nature en 1851.

Les recettes sont évaluées à 1 ,292 millions : retran-

chons-on 12 millions, pour éviter rexagération et pour n'embrasser que des résultas probables; uous retomT bons à un chiffre de 1 ,280 millions, chiffre égal à celui des dépenses ordinaires. Ce n'est pas là l'équilibre que nous cherchons. 11 est temps de supprimer enfin cette distinction entre Tordinaire et ^extraordinaire. Les travaux à exécuter sont la conséquence d'engagements pris; des dépenses également obligatoires ne peuTent pas s'effectuer à des titres différents. Les charges réelles, les charges complètes de 18oi s'élèveront à 1)340 millions; il faut donc trouyer encore 60 millions par un procédé ou par un autre.

M. le ministre des finances propose d'y pourvoir par une Tente de domaines pour 6 miUîons de francs, et jusqu'à concurrence de oO autres millions par une vente de forêts. J'accepte le produit de ces domaines sans rapport comme une ressource accidentelle ; mais je repousse, comme un gaspillage improduclii, raliénalion des bois de r État. 11 n^échappera d'ailleurs à personne que prétendre retirer à la fois 36 millions des coupes et oO millions de la Tente d'une partie considérable du sol forestier, c^est se poser un problème au jourd'hui et pour longtemps insoluble. A défaut de cet expédient, on ne peut, pas laisser^ en 185 1 , 54 millions de plus à la charge de la (kilte (loltante, qui serait reportée ainsi à 580 millions; car nous retomberions alors dans les embarras mêlés de périls dont le trésor est aujourd'hui assiégé, et dont il doit sortir à tout prix.

ET Dr BLDGET DE 1851

Il n'y a que deux solutions possibles, Temprunt ou rimpôt. Je me rallierais à reniprunt coininc à uu pis aller, et dans le cas seulement où il resterait démontré que rimp6t n'offre plus de ressources, car ce ne serait pas vider la dirficulle : reinpruui n'est qu'un expédient de circonstance ; Timpôt, au contraire^ est une ressource permanente ot un rnuycn définitif.

Si Ton a n^cours au crédit, il faudra nécessairement emprunter 200 millions, car Temprunt, tant qu'il sera en cours d'émission et que les rentes émises ne seront pas classées, exclut la concession du chemin de Lyon à une compagnie. Et comment, avec moins de 200 mil* lions, pourvoir tout ensemble aux travaux de cette ligne en 1851 et rembourser la Banque de France? Dans les circonstances actuelles, on ne contracterait que bien difficilement à un k\u\ supérieur à 80 francs. Or, un emprunt de 200 millions, adjugé à 80 francs, grèverait le trésor, pour l'intérêt et pour raniorlissement de cette dette, d'une charge annuelle de 15 millions. Devonsnous cependant, sans une nécessité bien démontrée, allonger encore la liste déjà si longue des créanciers de l'État et augmenter de i 5 millions nos dépenses? On remarquera (ju'il devient fort difficile d'emprunter avant d'avoir rendu à sa destination l'amortissement de la dette déjà inscrite. UÉtat n^aura pas de crédit tant qu'il n'aura pas prouvé qu'il se trouve eu mesure, lout au moins pour l'avenir, de faire face à ses dépenses au moyen de ses recettes.

Revenons donc à 1 impôt, et voyons de quelles quantités peut s'accrotlre, sans trop charger les imposés, notre budget des reci tles. Il faut renoncer désormais aux

illusions qui avaient détcrnoiiné la réduction de la taxe

du sel à 1 décime. La consommation s'est à peine accrue de 90 millions de kilogrammes, et le produit de l'impôt Q^est évalué pour 4851 qu'à 29 millions de francs : ce serait une perte sèche de 41 millions. Les populations de nos campagnes n'ont pas obtenu , par ce dégrèvement itnprudeiit, un soulagement proportionné aux sacriûces du trésor. Elles comprendront que 1 on rehausse l'impôt d'un décime ; j évalue cette recette supplémentaire à 21 millions.

J'ai parlé ailleurs (^) de la nécessité d'établir diverses taxes qui me paraissent plus que jamais opportunes. De lu ta\e sur les domestiques et sur les voitures, d'une taxe additionnelle à la contribution mobilière qui ne frapperait que les loyers élevés, et d'une taxe sur les offices, plus sérieuse que les patentes insignitiantes proposées dans le budget de 1850, le trésor retirerait au moins 20 millions. Cette combinaison, outre l'accroissement qu'elle apporterait au revenu public, aurait le mérite inappréciable à mes yeux de faire cesser l'exemption relative d'impôt dont jouit la richesse mobilière.

Le gouvernement et la commission du budget, reculant devant les remèdes héroïques, ont refusé d'aggraver d'un décime additionnel, en 185U, les quatre contributions directes et les droits d'enregistrement. Ils n'acceptent pas uiéme la retenue à faire d'uu dixième sur les traitements payés par l'État. Dans un moment où la richesse mobilière reste dépréciée et où le bas prix des denrées ne permet pas la rentrée des fermages, il pouvait être d'un bon exemple cependant que les fonctionnaires

(*) P. U9 et suiv.

«f W BUDCET DB 1851. 177

pabiics prisFent leur part des priTatione qui atteignent

tout le monde depuis deux ans. Cette combinaison étant malheureusement écartée, je ne reproduirai pas, pour le budget de 1 851 , la proposition à^utiedime républicaine .

Mais, si l'on ne veut pas s'adresser directement aux contribuables, il faudra bien rechercher les moyens de rendre productif l'impôt indirect. Parmi les iixes de consommation, je n'en connais pas, toute proportion gardée, qui rende moins aujourd'hui et qui soit suscep* tible d'un produit plus important que les droits de douanes. Aux États-Unis, les recettes de la douane for* ment à peu près le seul revenu du gouvernement fédéral. En Angleterre, les douanes rapportent plus de 500 millions par année. Défalquez-en les droits sur les tabacs, le produit reste encore de 400 millions. En comptant les sucres, tant indigènes que coloniaux et étrangers, et sans compter les sels, la France ne retire des siennes aujonrd hiii que 15() millions. Là-dessus, les sucres, qui payent à l'échiquier anglais un tribut de 120 millions acquitté par une population de vingt* huit millions d'âmes, ne rendent, chez nous, que 64 millions pour une population qui excède trente-six millions d'habitants. Au moyen d'un abaissement de la surtaxe qui repousse encore plus qu'elle ne grève les su* CTes étrangers, on obtiendrait sans peine un accroissement de recettes de 5 à 6 millions. Admettre les sucres étrangers pour une plus large part dans notre consommation, ce serait encore ouvrir à notre commerce d'échange des débouchés précieux sur uu autre continent et arrêter la décadence de notre marine. Les articles d'importation, autres que les denrées co-

478 DB LA SITUATKHI FINARCitBB

loniales et les matières premières, ne figurent pas dans les recettes de la douane française pour plus de 30 millions. 11 y aurait là un résultai misérable, si nous devions y voir Fexpression naturelle de nos relations commerciales avec les peuples civilisés ; mais cette situation est purement artiiicielle. Les rapports qui pourraient s'éta^ blir, ponr Fayanlnge mutuel, entre la France et les nations voisines ou alliées de la France, sont repoussés par nos tarifs* La douane française prohibe encore aujourd'hui, comme on aurait pu le faire au xvi« et au xvn« siècle, dans le bon tenips des monopoles commerciaux, les produits des fabriques étrangères ; contre ceux de Tagriculture étrangère^ elle a des droits qui équivalent à la prohibition.

Je ne viens pas entamer une campagne en faveur de

la liberté comujerciale, ni même ouvrir la tranchée devant la forteresse du système protecteur. C'est bien assez de la guerre sociale qui nous a^iie ; à Dieu ne plaise que j'ajoute des querelles de système à ces éléments déjà trop puissants de discorde et de désordre ! Laissons dormir . la controverse économique, ne mettons pas les ports de mer aux prises avec les centres manufacturiers ; mais^ au nom du ciel, et dûl-il en coûter quelque chose aux intérêts ou aux systèmes, venons au secours de TEtat. Je m'adresse aux maîtres de forges, aux lilateurs de coton ou de lin, aux fabricants de tissus, aux constructeurs de machines, aux maitres de Tart céramique, et je leur dis : <k Soyez vous-mêmes les arbitres de cette réforme, et mesurez-la uniquement à Tintérêt du trésor. Fixez, de concert avec le gouvernement, le taux des droits de douane qui doivent remplacer les prohibitions et les

taxes prohilritiTes. Adoptez une échelle de 2S et même

de 30 pour 100 de la \Hlcur des marchandises importées. Nous accepterons le changement, quel qu'il soit, pourra quMI nous donne des douanes vraiment lisnik s. » Si le gouvernement faisait un appel d(' celle nature au patriotisme et a la haute raison des chefs d'industrie que l'on consi(ièrc comme les colonnes du système pi olccteur, ou je me trompe fort, ou sa voix serait entendue; en tout cas, elle trouverait de Técho dans le pays. Une réforme très-modcrée dans les tarifs élèverait aisément de 25 à 30 millions le produit annuel des douanes.

Les ressources additionnelles que nous venons d'énuniérer présentent un total estimé au plus bas à 0(3 niiU lions, qui porterait les revenus permanents de TEtat, pour Tannée 1851, à 1,3 H) niilliuiis. Par cetl(* combinaison, il est pourvu aux dépenses tant ordinaires qu'extraordinaires, en imprimant une plus grande ac* tivilé aux travaux de cbeniins de fer et sans ajouter un centime aux charges de la dette flottante. Si des circonstances plus prospères, rendant Tessor aux revenus indirects, venaient à augmenter l'excédant des recettes sur les dépenses, cet excédant servirait à diminuer, en 1851, la dette flottante d'une somme égale ; dans les années suivantes, il permettrait de reconstituer la dotation de Tamortissement. Les finances de la république entreraient alors dans cet état normal tant souhaité que la monarchie avait entrevu, en expirant, comme une autre terre promise.

Est-il vrai malutenaut qu'en tr availlant à porter la lumière et l'ordre dans notre système financier, on fasse une chose vaine ? Ne peut-on mettre les réformes éco-

180 DB LA StTtlATION VlNAlICltaE.

nomiquesau rang qui leur appartient dans le gouveroement des peuples, sans donner im iiliinentaux doctrines socialistes et sans les rendre prépondérantes dans les assemblées représentatives ainsi que dans les rues? Pouc parler le langage de M. Donoso Côriès, le socialisme est-il une sccie de réconomie politique ? Est-il a iils de l'économie politique comme le vipereau est le fils de la vipère, lequel, à peine né, dévore celle qui vient de lui donner la vieî »

Je réponds que, si le socialisme est une secle écono* mique, c'est au même litre et au même rang que se

placent les hérésies comme sectes religieuses» Â-t-oa jamais songé à condamner la religion^ à repousser ses bienfaits, à nier sa lumière, par cela seul que les aberrations de rinteiligence w de Forgueil humain peuvent emprunter mensongèrement les formes de la parole ré* vélée ? L'erreur existe partout dans le monde à coté de la vérité. C'est à l'homme de choisir; mais, quand il se laisse aller à un mauvais choix, il n'a pas le droit d'accuser la Providence, qui lui avait donné ia liberté et^ raison pour en faire un meilleur usage;

Ce sont les mauvaises passions qui ont engendré le socialisme à toutes les époques de l'histoire : le socia-f lisme est le fils de Tenvie. I^es hommes qui n'ont pas su trouver leur place dans Tordre social ou qui i'ontperdue par leur faute sedres9ent comme des Titans contre la société et contre le ciel. Ils osent dire que ce que Dieu a fait est mal fait, et proposent de. le refaire. Us vont chercher tous ceux qui sont mécontents de leur sort, et, leur ofifrant le bien d'autrui en pàlure, les mènentà l'assaut des pouvoirs établis^ Mais pour qu'ils réussissent.

ne fiit-ce qu^un moment, pour qu'ils ne prêchent pas dans le désert, deux conditions sont nécessaires : Finhabileté ou la méchanceté de ceux qui gouvernent, et rignorance de ceux qui sont gouvernés. Ces conditions se rencontraient au plus iMut degré dans la société européenne au moyen âge ; de là riniportniice que prirent, dès leur origine, Tinsurrection des hussites en Allemagne et en France la jacquerie.

Dans Texplosion de cette traînée de poudre qui s'étendit en un din d'o^, au mois de février 1848, de Pa* . ris à Vienne et de Naples à Berlin, quelle est aujourd'hui la contrée la plus tranquille ? Quel est le royaume en Europe où la peste noire du socialisme ne semble pas avoir pénétré ? Tout le monde a nommé la (inuide- Bretagne. A quoi tient cette salubrité morale, ce privilège de conjurer une tourmente à laquelle rien ailleurs n'a résisté? Certes, si la prédilection pour les réformes économiques, si le rang même qu Wupe la richesse dans un pays doit y amener, comme le prétend M. Donoso Certes, le socialisme dans le parlement et dans les rues, r Angleterre aurait dû être la première et la plus rudement atteinte. Voilà au contraire ce qui Ya pi éservée. Malgré l'extrême disproporiiou qui existe entre l'aristocratie et les classes inférieures de cette contrée et qui semblait inviter le socialisme, l'Angleterre, enveloppée de sa civilisation comme d'une armure impénétrable, échappe au mal naturellement et sans effort. Le socialisme n'a pas de prise sur la nation anglaise, premièrement parce qu'elle est riche, secondement parce qu'elle est bien gouvernée, troisièmement cniin parce que les connaissances économiques y sont troprépan-

182 DE LA SliUATiUN FINAKCIÈRfi

dues pour que le plus humble ouvrier comme le plus puissant capitaliste pense avoir quelque chose à gagner et ne croie pas au contraire avoir tout à perdre aa renversement de la société.

Dans la Grande-Bretagne, Xoxmier a le pain à bon marché, et il continue à recevoir un salaire exceptionnel, qui peut lui faire prendre le pouvoir et la fortune de Taristocratie en patience. Le bienrétre d'en bas deyient le contre-poids de la richesse et de la grandeur d'eu haut, y abondance règne dans les flnances publiques, Tordre dans rÉtat, l'harmoaie et la prospérité dans les régions diverses de la société; par quelle porte pourraient s'y introduire les passions anarchiques?

C'est dans les pays les moins libres et parmi les populations les moins éclairées que le socialisme devait faire et qu'il a fait le plusde ravages. Les paysans de laGallicie n'avaieut pas attendu la révolution de Février pour mas« sacrer les nobles, pour incendier les châteaux et pour piller les propriétés. Il est vrai que les Allemands ne se jettent pas dans la guerre intestine des barricades avec la même furie ni avec la même résolution que les Français. Qui doute cependant que le socialisme ne soit plus monstrueux dans ses théories, plus répandu et plus profondément enraciné en Allemagne qu'en France? Avantramiée 1848, TAutriche se voyait condamnée par son gouvernement à une existence purement animale. La douane interceptait au passage les livres, les journaux et les idées. La discussion était interdite, les réformes économiques, pas plus que les réformes politiques, ne trouvaient grâce devant le système d'immobilité adopté par M. de Metternich. L'Autriche demeurait la terre

classique du staiu qao. Aucune agitation, depuis la paix, n'en avait ridé la surface. Et pourtant, lorsque l'heure des révolutions a i^onné, il s'est trouvé que les idées auarcbiques avaient fait leur chemin inaperçues, et que le vieux levain du socialisme remuait les cœurs comme au temps de la guerre de Trente ans.

Non, l'ignorance n^est pas un préservatif ni une défense contre Tanarchie. C'est en éclairant les hommes sur leurs véritables intérêts, c'est en recherchant, en enseignant comment les sociétés prospèrent et par (|uels chemins elles vont à leur perte, que Ton peut assurer leur marche et fortifier leurs institutions. Jean de Leyde prêchait le socialisme les armes à la main, bien avant que Turgot etÂdam Smith eussent déterminé les prin* cipes de la science économique. Cest Tignorance de Vé^ coaomie politique qui fait aujourd'hui, comme a\ors, les frais de la propagande socialiste ; le troupeau des simples suit aveuglément la direction que lui donnent ([uelques fanatiques et un plus grand nombre de coquins.

Je sais bien que Ton ne convertira les socialistes ni par des arguments ni par des réformes. 11 s'agit maintenant bien moins d'éclairer que de vaincre. L'ardeur des ambitions et les engagements de parti ont fermé ou faussé les intelligences. Réprimons avant tout : le moment d'enseigner viendra plus tard ; mais, même au milieu de cette lutte acharnée que la civilisation soutient contre la barbarie, rien n'empêche de travailler aux améliorations que réclame l'opinion publique. Il faut ejilever tout prétexte à la révolte ; les gouvernements, en recherchant activement la mesure du progrès possible, justifient leur existence et suivent la loi de leur destinée.

Dieu n'a pas fait de la vie cénobitique Fétat naturel des sociétés. Le détachement de soi et la renonciation aux

biens de la terre sont des élaus généreux qui peuvent honorer un individu, mais qui n'appartiennent ni aux familles ni aux nations. M. de Bonald a défini l'homme : « Une intelligence servie par des organes. » De là sa destinée qui comprend Tordre matériel et Tordre moral. La Providence a assigné des lois à Tun comme à Tautre. La science du bien-éire est donc aussi légitime que la science du bien. On enseigne Téconomie politique au même liU c que Ton enseigne la morale ; car, si Thomme ne doit pas vivre dans le vice, il ne doit pas non plus souffrir de la faim ni croupir dans la boue. Laissons donc chaque chose à sa place, et n^excluons, dans le gouvernement des sociétés, aucune des connaissances auxquelles il a plu à Dieu de nous élever.

Les causes des révolutions ne sont jamais simples ; si Ton cherchait bien, même au fond des querelles purement dogmatiques en apparence qui ont agité le monde, on y trouverait constamment quelque intérêt malériel froissé qui a irrité de son venin Teffervescence du sentiment religieux. Le christianisme, tout divin qu'il est, aurait-il obtenu ce rapide et universel développement, s^il n'avait pris naissance dans une société partagée eu maîtres et en esclaves?

La société européenne, je Taccorde à M. Donoso Certes, est surtout malade parce que l'autorité s'y trouve abaissée. Relever Tautorité, la rendre respectable et la faire obéir, voilà désormais notre principale tâche. Les gouvernements modernes y réussiront, ou ils périront. Mais, en nous attachant à cette grande et sainte croi-

ET ni) DUDGRT DE i8f>l. 185

sade, nous esWl défendu de pourvoir aux soing ordinaires

de la vie? Pour rendre les hommes meilleurs, est-ce donc une chose indifférente que de les rendre un peu plus heureux? Rétablir Tordre dans les finances, amener une dislribulion plus équitable des inipots, améliorer les ccmditions du travail, l'aciiiter Femploi et le bon marché des capitaux, ranimer l'activité parla confiance : voilà un programme qui s'impose aujourd'hui à tout homme d'État digne de ce nom. Ce n'est pas assez de rassurer les bons et de faire trembler les méchants ; Tautoritéy pour recouvrer son prestige et sa force au milieu de nousy doit encore se montrer prévoyante et humaine.*

La critique de la société est devenue une thèse banale.

Ce Heu commun, débité sans foi et déjà écouté sans avidité, tend évidemment à s'épuiser. Avec des déclamalions plus ou moins passionnées ou plus ou moinshabiles contre la religion, contre la famille, contre la propriété et contre l'impôt, Ton n'abuse plus que les intelligences peu exercées ou naturellement grossières. Après trente années de disputes, nous n'avons plus rien à apprendre ni à enseigner sur le milieu dans lequel chacun de nous est appelé à vivre; notre état social est percé à jour. Ce qui a survécu aux révolutions, ce que le temps et les . hommes ont épargné résistera certainement à la cohtroverse. En tout cas, au lendemain d'une tempête politique qui a ébranlé tout ce qu'elle n'a pas renversé, quel besoin pourrions-nous encore éprouver de démolir et de détruire ? Dans de pareils moments, la discussion est à ' peine possible, et l'opposition des bons citoyens se sent désarmée. Quand la redoutable et funeste voix de la place publique a grondé, qu'avons-nous affaire de la tribune aux harangues ?

Et quel serait le prétexte de l'agitation après tout ? U

il*BDMBT SOGIAUSm 187

n'y a plus en France ni volonté ni pouToir de contester les réformes vraiment nttles; en revanche, il n'y a pas de sympathies pour la politique d'aventures, ni pour les plagiaires de Saintp-Just ou de Babceuf. Après denx années de tâtoniienients, on veut sortir enfin de Tincertaia et du précaire ; une halte n'est pas plus permise dans le vide que dans la boue. Reprenons donc notre marche au point où les événements l'ont interrompue. La société firançaise, que Touragan révolutionnaire a repoussée vers le désert, ne s'y abritera pas longtemps sous la tente. Le moment de la reconstruction est venu. Replaçons résolûment surPautelles principes que nous avons sauvés du naufrapre. Les hommes qui ne voudront pas que la société se rejette vers ce qu'ils appellent l'an* cien monde auront à lui présenter et à lui faire accepter un moude uouveau. Assez de négations comme cela. Désormais les sectes et les partis n'auront de valeur que par les matériaux qu'ils apporteront à l'édifice.

Les socialistes eux-mêmes conunencent à comprendre ces nécessités de notre époque. Les écrits et les discours quMls mettent aujourd'hui en circulation ont perdu de leur âpreté sauvage. Ils cherchent à se rallier derrière un principe commun, ils bégayent des formules, ils prennent un air doctrinaire, et rendent ainsi un hommage invdontaire à Taseendant de l'esprit public. On les a si souvent mis en demeure de faire connaître ce qu'ils veulent et ce qu'ils sont, qu'ils ont fini par relever le défi, quoique sans aller au fond des questions et d'assez mauvaise grâce. Après la liste des institutions qu'ils s'efforcent de détruire est venue l'esquisse de celles qu'ils ont la prétention de Ccmder. Un d'eux s'était

188 LK UlDGEl SOCIALISTE.

écrié, dans un accès de franchise : « pouvoir! eh ! qu'eu ferious-uous ? » Un autre lui a répondu de Londres par UD programme complet , qui reproduit mot à mot le programme déjà trop codiui du Luxembourg sous le gouvernement provisoire. Les manifestes pullulent de toutes parts. Après la montagne de Paris, la montagne de Londres a publié le sien, sans parler des définitions de M. Pierre Leroux, qui s est cru appelé, par je ne sais quelle mission d'en haut, à faire cesser dans les rangs des frères et amis l'inévitable confusion des langues.

Qu'est-il résulté de ce changement de front ? Je ne me propose pas de le rechercher dans toutes les directions ni de parcourir, au point de Tue doctrinal, Fencyclopédie du socialisme ; mais les théories de a^tte école, en matière de budget, étant celles que les sectaires ont principalement travaillé à mettre en relief et formant leur vrai champ de bataille, il semble plus utile et plus op* portun de les suivre sur le terrain qu'ils ont choisi. Défendre contre les socialistes le budget deTÉtat et l'assiette de rimpôt, faire, dans l'intérêt de la paix publique et de la vérité, Tautopsie du budget socialiste, voilà l'objet de l'étude à laquelle je me suis livré.

Quand on discute les systèmes que la maladie du jour a produits, on s'efforce généralement d'en saisir et d'en signaler les différences. L'argument est excellent, si l'on veut se borner à démontrer que le socialisme ne peut engendrer que ranarchie. Nous avons vu M. Prôudhon et M. Louis Blanc aux prises, déversant l'un sur l'autre, de la main la plus libérale, la haine et le mépris. Il n'y a pas de mai à prouver que cette guerre intestine existait

LB BVD6IT SOCUittTV. 189

entre les idées avant de se déclarer entre les hommes ; le

spectacle de leurs contradictions est aussi instructif que celui de leurs passions et de leurs fureurs.

Cependant je me suis placé à un autre point de vue. Au lieu d'exantiiner si le parti socialiste, à raison de son personnel et de ses doctrines, avait qualité pour aspirer au pouvoir, je Fai supposé (que Ton me pardonne une hypothèse aussi éloignée de la réalité) maître du gou« Ternement, et je me suis demandé, en recherchant ce qui était commun à toutes ces sectes et à tous les chefs de sectes, dans leurs projets, dans leurs discours et jusque dans leurs préjugés on dans leurs chimères, ce qu'ils feraient, comme ministres ou comme membres de la majorité, des finances du pays. En partant de cette donnée, l'on comprendra que je me sois préoccupé surtout des analogies et des ressemblances.

Que les socialistes s'accordent dans la critique de notre état financier, en vérité ce n'est pas merveille. Une faut pour cela que servir d'écho, à tour de rôle, aux cinq ou six lieux communs qu'un journalisme nauséabond à force de cynisme et d'ignorance a mis depuis Février en circulation. Dites hardiment que les dépenses publiques sont excessives, sans examiner les causes qui ont concouru à aggraver les charges de l'État ; allez vous récrier, dans les réunions électorales ou dans les banquets, contre l'accroissement de la dette, sans y reconnailre la carte à payer des révolutions ; plaignez-vous amèrement du fardeau des impôts, sans tenir compte du dégrèvement récent de 17 centimes, de la réforme opérée dans la taxe des lettres, et de la réduction des deux tiers qu*a subie rimpùt du sel, comme aussi en oubliant que ce lut le

L« BUDGBT 80GIALI8TB.

gouvernement provisoire qui, pour combler l'abtme our

vert par ses mains, surchargea de 45 centimes , dans Tannée la plus calamiteuse et la plus agitée, les quatre contributions directes; accusez Vinfftme capital de tous les maux qui affligent le monde ; dites que les salaires sont trop bas, comme si les révolutions avaient pour effet de développer le commerce et l'industrie; versez enûu des larmes hypocrites sur le sort de ragriculture^ qui emprunte à un taux plus élevé et qui vend ses produits à plus vil prix depuis la lépublique, comme si les temps de trouble étaient propices pour fonder des institutions de crédit, et avec ce bagage de mots, qui devien* dra une sorte de passe-port socialiste et un signe infaillible de reconnaissance, vous serez admis à fraterniser avec toutes les sectes de Tanarcbie d'un boutàTautre de l'Europe.

Mais ce n'est pas seulement dans la critique de notre

système linancier que les anarchistes s'accordent; à quelque école qu'ils appartiennent, on démêle à travers leurs divagations un certain nombre de vues communes qui peuvent leur servir à dresser le budget de la république démocratique et sociale. Oui, la chose est certaine, les socialistes ont inventé un budget. Que ce soit M. Lcdru-Rollin qui arrive au pouvoir ou M. Mathieu de la Drôme, que la direction échoie à la montagne de Londres ou à la montagne de Paris, le résultat sera absolument le même. Nous ne changerons pas de dictature en changeant de dictateur; les finances de la république sociale, quelles que soient les mains qui étreignent alors le pays et qui tiennent les cordons de la bourse, seront soumises à la haute pression des mêmes

LB BODGBT SOCIAUSTB. 491

idées et abandonnées au péril des mêmes expériences. Le 22 mars dentier, lorsqo^un socialiste plus hardi et

plus naïf que ses pareils, M. Pelletier, vint à la tribune de rassemblée nationale traduire en chifires les \isions du parti et nous dire à quel prix le guuverueuieut de la fraternité pourrait s établir et se charger de nous conduire, la montagne parut effrayée de cette révélation, et Ton entendit courir sur ses bancs un muruuire de désaveu. Ainsi que Ta fait remarquer M. Mortimer-Temaux, réditeur du budget socialiste se vit un moment abandonné par les sieus, et n'eut pas même d abord, comme M. Proudhon, un adhérent pour le suivre dans sa solitude. Toutefois cet isolement dura peu. Si la montagne n'a pas encore revêtu d'une sanction oflicielle les chiU'res de M. Pelletier, elle a du moins adopté solennellement les bases sur lesquelles reposent des calculs qui u avaient d'autre tort à ses yeux que la publicité qu'ils avaient reçue. Quatre-vingt-neuf représentants, sans compter les adhésions postérieures, ont signé le manifeste du 9 août 1850^ dont nous extrairons les lignes suivantes :

« De ce concours de forces, de cette fusion des idées républicaines et socialistes, il résulta bientôt nn accord complet sur les mo|ea8 à employer pour traduire en fait les vouloir!) du peuple, pour poser les bases de la société nouvelle :

« La chaire de renseignement relevée> rehaussée jusqu'à la dignité de la magistrature la plus honorée ;

« L'instruction mise à la portée de tous, faite gratuite aux abords de toutes les carrières qu'einbrdsse l'activité humaine et préparant ainsi le libre développemeut des facultés de chacun ;

«( L'impôt établi, réparti sur les bases absolues de réiernelie justice, siiiipliQé, uniformisé, exigeant beaucoup de qui pos^

us BUDGBT SOaALISTB.

sèdc beaucoup, peu de qui a peu, et oe demandaDt rien à qui

n'a rien ;

u L'accès du crédit ouvert à tous les citoyens, et, par le crédit, le droit au travail ;

« L^association, cette expression suprême de la puissance du labeur intellectuel et physique, excitée, encouragée^ aidée dans

ses efforts ;

« L'assistance publique moralisée, ennoblie, substituée à l'aumône qui dégrade rhomme et asservit le citoyen ;

« Cliaque peuple disposant librement de lui-même, chaque race malti'esse souveraine de son territoire. »

Le budget indiqué dans ce compte rendu de la montagne tend évidemment, comme celui de M. Pelletier, à la destruction des receltes et à rexagéralion des dépenses publiques. U y a là de quoi réduire le revenu du trésor à zéro, et de quoi élever ses déboursés annuels à trois ou quatre milliards. Ce manifeste consacre, dans riniérètde chaque citoyen, le droit au crédit, le droit au travail et le droit à l'assistance; est-ce trop d'un milliard pour défrayer les largesses qu'entrâunerait chacun de ces droits? Encore n'avons-nous pas compris dans le budget montagnard les frais de cette propagande extérieure qui n'e§t qu'une autre forme de la conquête.

Les vues financières du socialisme, à moitié dissimulées ici sous Fenveloppe emphatique du langage officiel, se précisent davantage dans les publications d'un exilé qui n'a pas de situation à ménager. Voici ce qu'où lit dans le Nauveau^Mande du 15 juin :

(( Si le socialisme arrivait au pouvoir, voici ce que le socialisme ferait :

«ilattacherait une indemnitéàrexercicedes fonctions de juré*

ut BDD6BT 80GULI8TB.

« Il introduirait dans radmiiiistration de la justice celte gratuité sans laquelle Tégalité devant la loi est un mensonge.

« H rendrait Féducation oommuoet gratuite « obligatoire; par renseignement, il hAterait l'heure désirée où chacun, dans Tatelier social, sera employé non plos d*après le hasard de sa naissance, mais suivant les indications de la nature.

« Il changerait complètement les bases de la répartition de rimpôt, et au système actuel il substituerait, par rétablissement d*un impôt unique, le régime de la proportionnalité des charges.

« Son but, sa irolontë, sa passion étant d'extirper la misère, de détruire le prolétariat» d'affranchir le travail» d'élever rhomme du peuple de la condition de salarié à celle d'associé^ il aurait besoin pour cela d'un bud^'et spécial, et il le formerait par la concentration aux mains de l'État des bénéfices énormes que dispersent aujourd'hui aux mains de quelques privi^ l^és la Banque, les chemins de fer, les mines, les assurances.

« 11 créerait des bazars et entrepôts sociaux où seraient admis des produits en échange des(iuels seraient délivrés desrécépttsés Iransmissibles par endossement, pouvant faire office de papier-monnaie, et destinés à augmenter la masse des valeurs circulantes.

« En substituant à la commandite du crédit individuel la commandite du crédit de VÊtat, il fraierait les voies au régime de Fassociation universdie, lequel revient à la gratuité du cré- * dit pour tous.

« Alin de sauver des effets du morcellement Tagriculture agonisante, afin de sauver de la concurrence Tinduslrie, que la concurrence transforme en combat meurtrier, il créerait, eu égard aux ressources dont le budget du travail lui permettrait remploi, des associations agricoles et des associations industrielles fondées sur le principe de la fraternité, faites à l'image de la famille, solidaires les unes des autres, et destinées, en s'étendant par rexern|ilc et par raltrait, à devenir le système général du pays .. si bien que, sans précipitation, sans violence, sans spoliation^ sans secousse, et rien qu'en descendant la pente tw laquelle eUe aurait été placée, la société se trouverait, au bout de quelque temps, dans un monde nouveau.

It

« En ce qui concerne la politique extérieure, le soLialisnie prendrait pini" devise : la conquête jamais^ la propagande toujours, Paciti)|ue par princip 'S, il saurait être guerrier laul qu'il resterait eo Europe des aristocraties ou des rois, et, convaincu que notre nalion est la nation dmancipatrice par excellence, que son rôle historique est de représenter le mouvement et de le conduire, que son sang appartient à toute la terre, il tiendrait à la disposition de chaque peuple opprimé Cépée de la France et U courage de ses enfants, »

M. Louis Blanc conclut en affirmant qu'il n'y â rien,

dans ce vaste plan, « qui n'ait un caractère parfaitement pratique et qui ne soit immédiatement réalisable. » Ce n'est, selon lui, qu^un premier pas, un pas prudent et sûr dans les voies qui mènent à la vérité absolue ; il aurait craint de doubler la dose et de transporter dans les régions pures de Tidéal une société aussi corrompue que la nôtre et aussi profondément ignorante» C'est probablement à son ignorance et à sa corruption que la société doit de n'être pas soumise par M. Louis Blanc à une expérience encore plus large et plus décisive. Sans cela» le budget des dépenses, tel que M. Pelletier Ta proposé, ce premier pas dans le nouveau monde, s'arrondirait assurément de quelques autres milliards. Cependant les sociétés secrèti?s, qui renferment les mystères du parti, ne sont pas tenues de composer avec Tordre social, et peuvent étendre leur programme. C'est ce qu'a fait la Société de résistame^ comme on le verra par les articles flnanders de son manifeste récenmient découverté

u 13. — Instruction communo, craluite, obligatoin* et professionnelle, avec entretien des on/ants aux frais de l'Etat. c( 14. — Organisation du travail induâtiiei et agricole par

t*a880ciation solidaire ; larges commandites données par VÈiai

aux travailltMirs ass-^rii'-s.

et 15. — Ueconnais.^ance du droit de vivre; création d'établissements naiionaux pour l'enfance^ la vieillesse et les invalides du travail,

c 16. — Rétribution des magistrats municipaux et des ofB* ders judiciaires ; gratuité absolue de tous les services résultant

de Texercice de K iirs fiuu lions.

(( 17. — Réduction des gros traitements et augmentation de ceux qui sont insulfisanls.

« 18. — Réduction des grosses pensions et suppression de celles indûment accordées.

fic 19. Abolition de la prestation en nature. - m^O, — Abolition de Texercice et des impôts sur les boissons, le sel, la viande, etc.

u 2 1 . — Abuiilioa des livretSi des patentes et des caution* nements.

« 22. ^ Impôt sur le revenu, les actions industrielles, les rentes hypothécaires, et généralement toutes les valeurs qui en ont été jusqu'à ce jour abusivement eiemptées.

«23. — Destrucliou de l'usuie ]yM l'crL'anisalion du crédit national ; toutes les banques i éniiifsen une seule dans li's mains de TEtat et prêtant aux propriétaires, aux agriculteurs, aux commerçants, aux industriels et aux associations ouvrières, avec un intérêt modique, destiné à affranchir les contribuables d*une partie de Timpôt.

« 24. — Exploitation par TÉtat de toutes les entreprises d*utilité publique, telles que chemins de fer, canaux, usines à gaz, assui'ances, etc.

« 25. — Révision des baux, des fermages et de tous con trats qui porteraient manifestement un caractère de spoliation.

« 26. — Restitution intégrale et solidaire du milliard des émigrés avec les intérêts.

« 27. — Concours Traternel donné par la France aux peuples de l'Europe pour recouvrer leurs droits. »

La Société de résistance va plus loin que M. Louis

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Blanc, qui ne s'arrêtait pas lui-même, comme le compterendu de la montagne, aux limites posées par M. Pelletier. A la ruine de Timpôt, elle joint la destruction des fortunes particulières, qu'elle va ébranler jusque dans leurs bases par la révision des contrats. (7est peu de poser en principe le droit au travail et le droit à Tassistance; elle yeut ouvrir partout des ateliers, bâtir des hôtels des invalides, et suppléer la famille en se chargeant de nourrir les vieillards ainsi que les enfants. En proposant de rétribuer les magistrats municipaux, elle double la dépense des fonctionnaires. Il n'y a (ju^un point sur lequel la Société de rémtmce montre plus de prévoyance que n'en font paraître communément ses émules en socialisme; en chargeant l'Etat de tout faire pour les individus, elle a songé à lui en donner les moyens, et de là ce décret de restitution ou plutôt de confiscation qui est lancé solidairement, capital et intérêts, contre tous ceux qui ont pris part au milliard des émigrés. La méthode n'a rien de neuf, et la république sociale ne serait pas le premier gouvernement qui aurait fondé sur la spoliation des richesses privées la grandeur momentanée de la richesse publique.

IVinsistons pas cependant sur les conséquences de ces monstrueuses conceptions. Les textes que nous avons cités interviennent ici uniquement pour montrer que, dans le camp des socialistes, xM. Pelletier n'est pas nn rêveur solitaire, et qu'il s'est inspiré au contraire de la pensée du parti en donnant un corps aux combinaisons dont il voyait errer autour de lui les ombres informes. M. Pelletier nous promet le même avenir que font miroiter à nos yeux les quatre-vingt-neuf représentants de

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la montagne, M. l.ouis Uhnc et la Société de résistance. Seulement, et voilà son mérita selon nous, il condescend à nous dire, par francs et centimes, ce que le triomphe de ses amis et de ses idées doit nous coûter. Y a-t-il exagération ou plutôt atténuation dans les chiffres qui ont été produits? C'est im examen qui peut se mêler à la discussion des doctrines.

M. Pelletier débute par constituer dans les mains de rÉtat tous les monopoles qu'avait ambitionnés le gouvernement provisoire ; il s'empare des assurances, des chemins de fer, des mines de houille, de cuivre, de fer et d'argent, des salines ainsi que des banques. Le but apparent de cette opération est de garantir à chacun sa place au soleil, de créditer riioinnio bcsoigiicux, de mettre tous les citoyens à Tabri de la misère. Pour rendre ainsi le gouvernement arbitre de la production et maître du capital social, M. Pelletier adjuge aux possesseui^s actuels la faible indemnité de 90 millions de rentes : tmc inscription de 90 millions de rentes au grand-livre de la dette publique, voilà tous l( s sacriliccs qu'il prétend imposer à la société, pour.la faire passer du monde ancien dans le niondiî nouveau î

L'Etat, devenu banquier, assureur, exploitant de houillères, de salines et de chemins de fer, détenteur en un mot de la richesse et des instruments du travail, ne commettra pas la faute de nous donner un de ces petits budgets que nous avaient annoncé, dans l'inexpérience de leurs dél)iils, les premiers révélateurs de la république rouge. M. Pelletier nous demande 1,799 millions pour les dépenses, et il place on regard 1 ,899 niillions de recettes. Qui voudrait chicaner sur cet accroissement

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des charges publiques le financier socialiste, qui, noiï

content de nous présenter un budget en équilibre, nous promet un boni de 100 millions de francs ? Voyons donc de plus près les éléments de ce système.

BUDGET DES DÉPENSES DE Là EÉPDBLIQIIB SOGULE,

Dette publique 446,387»19S f.

InstractioD publique. • 100,000,000

lustiee 20,noo,ooo

Agriculture et todustrie 70,000,000

Travaux d'utilité publique • 130 000.000

Cultes 40,f00.(i00

Affaires inlernales et communales 7,000.000

Gii.Tre et Algérie I85,00(»,(i00

Marine et colonies 106,000,000

Exploitation des entreprises financières 637,000,000

Ge>iion lies propriétés de la France, perception des

droits prott ciciirs et conservateurs..... 60,000,000

Services de trésorerie • 5,000,000

Admiuistraliou générale de la France 62,000,000

Total 1,799,00.0,000 f.

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