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CREDITS

DÉPENSES EXTRAORDINAIRES. »««AH»ti TOrfa

pour 1852. pour l8!^l.

MioUlère des travaux publics 66,527,968 f. 59,476.538 f.

— de la guerre 5,710.000 5,710.000

— de la marine,«,.»«»*,.,«.,*« 5,875,000 5,955,0( 0

— des cuites «... > * 250,000

Total des dépeoMt eslMordioairtf . . 74,1 11,188 f. 87,501 ,888 f. To*Ai. «ncBEAi. des dépensea ordiu. et eitraord. 1,447,091,098 f. 1,434,634,047 f.

- La comparaison des crédits demandés pour 1852 avec

les crédits accordés pour \ 851 fait ressortir une augmentation de 12,457,049 francs dans les évaluations du prochain exercice. Ce résultai se coin pose d'un accroissement d'environ 1 1 millions sur le budget ordinaire et

Y thiffioiis mt le budget extraordinaire, compensé par une réduction de 5 millions daus le budget ordiuaii^e sur le chapitre des travaux publics.

L'accroissement (pie Ton renianiue dans les dépenses pi^vues pour 1852 est loind^accuser un défaut d'économie dans la gestion de la fortune publique. Quand on l'analyse de plus près, on trouve d'abord, au chapitre de ladetle publique, 4 millions de plus qui sont la conséquence du la consolidation des réserves de ramoriissement. Viennent ensuite près de 1,500,000 francs ajoutés anx chapitres des frais de perception et de restitution à laire aux contribuables, qui s'expliquent par le développement même du revenu. Les dépenses départementales s'augmentent de 1,500,000 francs par la libéralité des conseils géneiaiix, jaloux d'améliorer les conditions de la voirie. L'instruction publ ique et les cultes surchargent leur budget de 2 millions, destinés à mieux doter le clergé paroissial et l'enseignement, primaire. On n(^ saurait faire trop de sacrifices pour Péducation morale du pays en présence des doctrines sauvages et impies qui le désolent.

Ën dehors de la dette publique, qui représente les charges léguées par le passé à la généra lion présente, des dépenses qu'exige Tentretien sur un pied respectable de la marine et de rarmée, des dépenses comninnides et départementales qui ne se rattachent que pour ordre an budget de TËtat, enfin des frais de perception, de

régie et d^exploitation qui sont à déduire du revenu brut, radministration intérieure et extérieure ne coûte guère plus de 200 millions à la France. Encore les travaux publics, l'entretien et le développement des routes, canaux, ports, rivières, ponts et phares, ligurent-ils dans ce cbilTre pour environ 60 millions. Les cultes et Tinstruction primaire réclament près de 65 millions, en sorte qu'il reste à peine 80 millions pour les dépenses de radministration proprement dite. Ces faits, s'ils étaient mieux connus, réduiraient très-certainement à néant les griefs que Tesprit de parti élève contre un système de gouvernement dont l'assemblée constituante jeta les fondements en 1790, et qui reçut, au commencemeat du siècle, sa forme définitive de la main puissante du premier consul.

Je ne présente pas, il s'en faut, un budget de 1,500 millions (^), l'ordinaire, Textraordinaire et le supplémen-. taire compris, comme l'état définitif et conime le type de nos finances ; mais, si Ton ne veut pas désorganiser les services administratifs, je ne vois d'économie possible dans les dépenses que par la diminution des forces militaires et des travaux extraordinaires entrepris par PÉtat.

On sait déjà qu'il y a lieu, non de réduire l'effectif, mais plutôt d'ajouter sur ce point aux évaluations du budget, pour maintenir à l'extérieur de la France une armée qui, en fournissant 70,000 hommes à l'Algérie^

(^) Les dépenses de la France ont été en 1848 de i,765 millions, en 4849 de 1,762 millions, en mOée i,5i5 millions;

pijiir l'année 1851, elles s'élèvent jusqu'à présent à 1,455 millions.

ET Dl BIDGËT i)Ë Wrl. ' 285

10,000 Iioinmesàrocciipation de Homo, et 20,000 hommes à la geudarmeriey présente encore, déduction laite du sixième pour les incomplets, 250,000 hommes sous les armes. N'oublions pas iiiren 1852 comme en 1851, ces 250^000 soldats, avec Tadmirable discipline et avec le patriotisme qui régnent dans leurs rangs, deviendront le boulevard de Tordre, comme ils sont déjà Tespoir et l'orgueil du pays.

L'exéciiiioii des travaux publics, ralentie en 1851, parait destinée à n^ccvoir de TÉtat, en 1852, une impulsion plus féconde. Les dépenses sont accrues beaucoup au delà de ce qu'indiquent les chiffres globaux. Dans le service ordinaire, 7 millions figuraient au crédit de l'exercice 1851, pour représenter les frais des chemins de fer exploités par TKtat. Cette somme se trouve retranchée du budget de 1 852, les lignes de Lyon et de TOuest devant être concédées à des ctJnipagnies financières. En revanche, Ton augmente de 1 million le fonds de grosses réparations des routes nationales. Les réparations qu'exigent les palais et bâtiments publics entraînent une augmentation de crédit de 700,000 fr. : il s'agit du Louvre, de rÉlysée, de la Sainte-Chaj)elle, du bâtiment des Affaires étrangères et de l'aqueduc qui porte les eaux de la Seine à Versailles. Dans l'abandon où sont aujourd'hui les travaux de construction à l'intérieur des villes, et principalement dans la capitale, cette allocation supplémentaire ne peut pas recevoir un meilleur emploi.

Le budget extraordinaire des travaux publics ne comporte en apparence qu'un excédant de 7 millions sur celui de 1851 ; mais celui-ci renfermuil une allocation de 13 millions pour les travaux du chemin de fer de

Lyon entre Dijon et Tonnerre, qui disparaît complètement dans la nomenclature des lignes exécutées par rÉtat pour le prochain exerdce. C'est donc au profil des ouvrages qui se continuent un accroissement de 20 millions. Le gouvernement propose de consacrer 16 millions au chemin de fer de Paris à Strasbourg, qui est la grande ligne stratégique et commerciale dans la direction de r Allemagne ainsi que de la Suisse, et 1 6 millions à Tachèvement de la ligne de Paris à Bordeaux, qui est la grande artère des relations avec le sud-ouest de la France et avec l'Espagne. En i849, le crédit affecté àTexécution des chemins de fer entrepris par TÉtat s'élevait à 82 millions; l'allocation était encore de 63 millions en 1850; après être descendue à 41 millions en 1851 , on la fait remonter à 46 millions en 1832.

Les lignes entreprises par l'Etat, dans le système de la loi de 1842, devaient coûter, si Ton excepte les chemins du Nord et de Lyon, environ 450 millions, 340 mitlions ont été dépensés ; pour terminer les travaux et pour livrer le réseau à Texploitatiou, nous aurons à dépenser encore 125 millions, en comptant les suppléments de crédit qui deviendront nécessaires. Il restera donc environ 80 millions à porter au budget des exercices qui suivront celui de 1 852. Le gouvernement et l'assemblée, au milieu des perturbations de Tannée prochaine, pourront être entraînés cependant à porter quelques millions de plus sur l'embranchement de Reims, sur la ligne de rOuest, sur les chemins de Clermont et de Limoges. L'intérêt public n'exige-t-il pas d'ailleurs que le réseau des chemins de fer, aucjuel l'Etat consacre de si grands sacrifices, soit livré à l'exploitation au plus tard en 1854?

et ne sera-ce pas assez d'avoir mis douze années, à partir de 1842y à doter k France de ces voies rapides de oommuDicatioD dont TAnfrleterre et la Belgique jouis- ^ot dt<'puis cinq ans, dont rAllema^uo était vu posôeâ- «ioiM»rant que les troubles de 1 848 vinssent interrompre

ructivité des entreprises industrielles?

Les travaux de canalisation, les ports et les phares sont suffisamment dotés par le budget de 1 852, si Ton ne veut pas mener de Iront tous les ouvrages. Nous avons déjà tait beaucoup, nous aurons bientôt assez lait pour améliorer le régime des transports. 11 nous reste à mettre plus directement le sol en valeur par TendiguelDeDt4i» cours d'eau, par les irrigations et par le reboisement des terrains en |)cntc. l.'irriLraliun du sol (>l surtout d'une utilité immédiate et, tout en augmentant la richesse de Tagriculture, promet au trésor public, en échange de iaibles sacriiices, un niaguilique revenu, tu établissant ou en augmentant les retenues sur les cours

d'eau de (luclque importance aux deux versants des Vosges et des Cévennes, dans la chaîne du Jura, dans les montagnes du centre et à rorigine des vallées pyré^ néenncâ, ou doublerait probablement la suriace arro-

sid>le*

J'ai sous les yeux un travail plein dMntérêt de M. Colomcsde Juillau, ingénieur en chef des [)oiits et chaussées^ qui établit, comme conclusion des études auxquelles il s'est livré dans les Pyrénées, qu'en auj;uienlant Tétendue des réservoirs naturels qu'oilrcnl les lacs de C^tte région aux pluies et aux neiges, on peut, dans la .partie occidentale delà chaîne, dériver à Tetiagc 100 mèti;^ i^bes d^eau par seconde, qui suffiraient à arroser

i88 DB LA SITUATION PINAMGIÈRB

dans six départements I3O9UOO hectares. L'exécution de

cette belle entreprise coûterait 9 à 10 millions, et produirait chaque année un surcroit de revenu au moins égal pour les propriétaires riverains. Qne le trésor en reçût pour sa part le huitième, et il retirerait encore un intérêt de plus de 12 pour 100 du capital consacré à une œuvre aussi utile.

Une partie de ce projet, ne iùt-ce qu'à titre d'essai, devrait trouver place, en 1852, dans le budget des travaux extraordinaires. 11 s'agirait de conduire les eaux de la vallée de la Neste, par une rigole, sur le plateau de Lannemezan, d'où Ton verserait à Tétiage deux mètres cubes par seconde dans le bassin du Gers, autant dans celui de la Bayse, et autant dans celui de la Save, en réservant un mètre cube pour Tarrosage même de ce plateau, élevé de six cents .mètres au-dessus du niveau de rOcéan. Ces travaux ne coûteraient pas 1 million, et seraient répartis sur deux exercices. On pourrait encore, avec une dépense supplémentaire de 3 à 400,000 francs, doubler la capacilé des lacs qui dominent le cours des deux Nestes, alin de verser à Tétiage dans la Garonne huit mètres cubes de plus par seconde, qui alimenteraient plus tiird le canal de Saint-Martory ; ce que Ton enlèverait à la puissance torrentielle et dévastatrice du fleuve dans le temps des crues, viendrait ainsi, dans la saison sèche, se répandre, comme une inlaillible rosée, sur des champs auxquels l'humidité et la chaleur heu** reuscment combinées peuvent faire tout produire.

En résumé, la situation ne comporte pas de retranchements sur l'évaluation des dépenses pour Tannée 1852. Ln accroissement est beaucoup plus proba-

£1 DL BtOGET DE 1852. 289

ble. Avec les 17 à 18 millioDS de supplément que

réclameront, dans le budget ordinaire de 1 852, refTectif militaire et les paquebots de la Méditerraoée, avec les 5 à 6 millions qu'il devient utile d'ajouter aux dépenses extraordinaires, l'ensemble des dépenses s'élèvera, d'entrée de jeu, à i ,472 millions.

ni. — RECETTES.

Le revenu de l'État est évalué, pour l'année 1852, à 1,382 millions, j compris les 79 millions de l'amortissement, qui sont un article purement fictif du budget des receltes. Pour toute ressource extraordinaire, on y voit figurer un remboursement de 4 millions à faire par la compagnie du Nord. L^évaluation des ressources ordinaires excède d'environ il millions celle qui avait été adoptée pour les recettes de l'année 1851. Voici les détails de cette comparaison :

ÉVALOATlOnS Contribaliont diraotef.

Revenus et prix de vente de domaioet. ••••••

Produits des forêts et de la pèche

Impôts /Eoregistr. et tinib. 271,566,000 f.

el 1 Douanes et sels... 154,336,000 revenus jr.ontnb indirectes. 309,688,000 indirects. \Produil .los postes. 45,586.000

Taxe anu'i* sur les biens de maia-ni*« Produits uoiversitaires, ^ , Prodoitt éTratndt pSiselét au ter-

Produits et reftout de TAlgérie.. . .

Renie de riDde.....

, Recettes des colooiet (loi de 1841).

Produit! dhrert du budget

Remboursements (cheroio du Nord)

Réserve de ramortis^emcnt

Remboursemeatt (chemio d'A^ignoo)

Total oéiifoAi. .. l,Mt,MM«< f* 1,571,579,7*8 f.

raovoeiee

pour I8it«

pour 1851.

7IS,lU.lt7

lt,t05,000

Les augmentations de 1851 sur 1852 s'élèvent à

27,807,189 francs, compensées par les diminutions jusqu'à concurrence de 16,523,531 fr. L'accroissement estdoncde 11,283,658 fr. en résultat

Voilà pour la différence apparente. Au fond, ce qui distingue les évaluations de 1852 de celles de 1851 » c'est d'abord un retranchement de 12 millions sur le chapitre des produits divers, retranchement qui s'explique par la concession projetée des chemins de 1er de Lyon et de r Ouest à l'industrie privée ; ces lignes ne devant pas mter dans les mains de rEtat, il n'y a plus lieu d'en faire figurer les produits dans les éléments du revenu publie, pas plus que de porter les frais d'exploitation en dépense. C'est ensuite un accroissement d'environ 1 8 millions dans le revenu des impôts indirects.

Cet accroissement est au moins problématique* On a pris pour base des évaluations de 1852 les produits réa-* lisés en 1850, sans tenir compte du ralentissement probaUe du travail et de la consommation. L'on a supposé que le conimencement de prospérité qui s'était déclaré pendant une année de repos et de trêve, à une égale distance des époques climatériques de 1848 et de 1852, irait se continuant, peut-être même se développant, dans d autres circonstances» On a fait plus, on a oublié que des modifications proposées ou à proposer dans certains impots devait résulter une diminution très-sensible dans le revenu.

Prenons pour exemple les droits établis sur les boissons. Le budget adopte pour base des évaluations de 1 852 les produits de 1850, augmentés d'un jour de perception eu raison de l'année bissextile , soit un peu plus de 101 mil*

lions. Cependant les faits doivent se modifler, et Tassiette

de rimpôt De restera pas la même. La commission d'enquète, d'accord avec le ministre des finances, demandera une réduction de moitié dans le iarif des entrées, d'où peut résulter pour le trésor une perte de 5 à 6 millions. 8i rimpAt n'est pas énergiquement défendu, la discussion entraînera d'autres sacriiices. Eu tout cas, l'on se ferait une illusion étrange, si Ton espérait la conservation intégrale de cette branche de re- Tenu.

J'en dirai autant des droits sur les sucres. Le projet

de loi soumis en ce moment à la discussion de rassemblée est la première application que Ton ait tentée en France de la politique qui consiste à provoquer raccroii» sèment de la consommation par la modération des tarifs. Cette politique est vraie, elle favorise les progrès de Vaisance générale ; mais, si Teffet en est direct et certain sur ralimentation, elle ne tourne pas toujours à Tavantage du trésor public. C'est ce qui me parait complètement démontré par Texpérience de rAngleterre. Le gouvernement britannique a réduit, en quatre années, le droit sur les sucres de ses colonies de o9 fr. 5 cent, par 100 kilogrammes à 24 fr. 50 cent. Une diminution aussi énorme, environ 60 pour 100, devait imprimer à la consommation des sucres un développement rapide. .En effety le stimulant a été si énergique, que les quantités consommées annuellement se sont élevées en six années de 210 millions de kilogrammes à 300 millions; mais cet accrmsseroent n'a pas suffi pour combler les vides du revenu. En 1845, la première année de la réforme, le produit des droits sur les sucres tombait de

130 millions de francs à 89 ; aujourd'hui la perte st encore de 20 millions fiar année.

Le gouvernement français a proposé de réduire les droits sur les sucres de 49 fr. 50 cent, à 27 fr. 50 cent., soit de 22 fr. ou de 44 pour 100. Cette réduction s'opérerait en quatre années et par fractions égales, à raison de 5 fr. 50 cent, par année. Les 116 millions de kilogramnnes que la France a consommés en 1849 ont rendu au fisc 58,569,000 fr. La perte serait de 25,770,000 fr., si la consommation devait rester stationnaire. Pour que le trésor retrouvât, sous Tempire du droit réduit, le même revenu dont il jouit à cette heure, il faudrait un accroissement de 64 millions de kilo^mmes dans les quantités consommées. Les causes qui ne permettront pas d'obtenir ce résultat sont nombreuses et puissantes. Premièrement la France n'est pas, comme l'Angleterre, le pays des boissons chaudes. Nous ne prenons pas du thé ou du café deux ou trois fois par jour. Les peuples qui récoltent et qui boivent du vin ne font qu'une faible consommation de sucre ; pour augmenter sensiblement cette consommation, des mœurs et des habitudes différentes ne seraient pas moins nécessaires que le bas prix de la denrée. On a d'ailleurs exagéré, dans des appréciations peu exactes, les quantités de sucre qui entraient dans l'alimentation des peuples étrangers. Si TÂngle- * terre en consomme 11 kilogrammes par individu et par année, en Hollande, quoi que l'on ait dit, la proportion n'est que de 5 à 6 kilogrammes. En Belgique, les droits sont modérés, et le sucre se vend à meilleur marché qu'en France; cependant la consommation n'excède pas sensiblement 3 kilogranmies par individu. Ëst-il

raisonnable d'espérer que, dans un pays comme le nôtre, où Taisance ne descend pas aussi bas qu'en Belgique et ne se répand pas aussi loin, Tusage du suere fera de plus grands progrès?

Ce n'est pas tout. En supposant la thèse du projet de loi fondée en raison, le moment paraît mal choisi pour le mettre en pratique. Le trésor public n'est pas riche et ne peut pas courir les aventures. Une expérience à faire, un problème à résoudre en matière de finances, Toilà ce que Ton doit par-dessus tout éviter aujourd'hui. Quand Tabondance sera rentrée dans les caisses de l'Etat, quand les colonnes^'du budget cesseront d'étaler des découverts annuels, alors on pourra modérer, au risque de Toir baisser le niveau du revenu, les tarifs étabhs pour les sucres ; mais, dans un temps aussi incertain et avec un trésor indigent, nous n'avons pas le droit de faire des remises d*imp6t. On n'est pas homme d'État ni financier en jetant le budget par la fenêtre.

Les mêmes raisons s'opposent, et plus fortement encore, à rabaissement des droits sur les cafés. Sous l'empire de ces droits, qui sont modérés après tout, la consommation du café a doublé depuis dix-huit ans en France. Ainsi Ton ne peut pas dire que les tarifs en gênent le développement. En Angleterre, il est vrai, la ré* duction des droits a concouru à répandre l'usage du café dans les rangs les plus humbles de la population ; mais cette taxe était, avant la réduction, deux fois plus élevée que chez nous. On propose d'abaisser le tarif de 50 pour 100. La consommation est aujourd'hui de 18 millions de kilogrammes ; il faudrait donc une consommade 28 à 30 millions de kilogrammes pour ne rieu perdre

m LA SITUATION FINAHGitRB

du reyenu. Je ne crois pas prudent de se lancer dans cet inconna. Maintenons anjourd*hui les impôts tels qu'ils sont; nous songerons plus tard aux réformes.

En se référant à ce qui vient d'être dit, on reconnatira cpi'il n'y a guère lieu d^espérer que les receltes de 1852 égaleront les évaluations portées au budget. Pour rester dans le yrai, pour se tenir plus près des résultats probables, il convient de ramener le chiffre global du budget aux estimations adoptées par la commission qui a examiné celui de 1851, soit à 1 ,371 miHimis.

GONCUJSIOll.

En résumé, rexercice 1 852 va s'ouvrir avec un dé^ couvert de 640 millions. La différence entre les dépenses de l'État et le revenu public ne paraît pas devoir s'élever à moins de 100 millions dans le cours de cet exercice. Il faut donc compter sur un découvert total de 740 millions au 31 décembre 1852.

Nous avons indiqué déjà les moyens à Taide desquels on pouvait soulager la dette flottante d^une partie de cet énorme poids. Ces moyens consistent à réaliser, par une cession faite à la caisse des dépôts, j usqu'à concurrence de 57 millions, la valeur des ol)ligations souscrites par les compagnies du Mord et de Houen, à concéder à une compagnie financière, en stipulant en remboursement d'au moins 100 millions, le chemin de fer de Lyon, qui va être terminé jusqu'à Cbàlons-sur-Saône ; enfin à donner au trésor raiitorisation d'émellre des rentes, jusqu'à concurrence d'un capital de 40 à 50 millions, pour la consolidation des livrets qui excéderment

n DU BUMBT m 4952.

ie maximum de l,2â0 francs. On réduirait ainsi de 200 millions la somme des découyerts, et, comme Tan-

ticipaiioo des recettes sur les dépenses fou mit en moyenne line ressource de 70 millions, la dette flottante se trouverait ramenée à i70 millions : ce serait là une situation, je ne dirai pas complètement satisfaisante, mais qui éloignerait du moins toute idée de péril et même toute crainte d'embarras.

Je sens bien que je me borne k proposer des expédients, et que ce système de palliatifs ne rétablit pas l'équilibre dons les imances publiques ; mais les solutions proTisoires sont les seules possibles aujourd'hui. Nous wons au jour le jour en toutes choses ; nous faisons des lois pour une année ; nous plantons à la bâte sur quelques piquets la tente du parlement, comme des nomades politiques destinés à des migrations perpétuelles, l^puia le commencement du siècle, à Texemple de l'ancienne Ég^ypte, nous comptons les semaines d'années par dynastie. Chaque gouvernement s'abrite sous les ruines de celui qui l'a précédé, menacé de fournir le même genre d'abri à ceux qui vont le suivre. Comment fonder de véritables finances dans un pays où la scène, les personnages et le sol, tout se dérobe devant tous?

Lie temps est aux moyens extraordinaires ; mais, comme on ne pèut pas employer ces ressources d'une manière permnnei»te et à Télat de système, le moment tiendra certainement de fortilier les ressources ordinai- ^ et d'accrottrc le revenu. Les impôts indirects sont ^ne espèce d'échelle mobile de la fortune publique; leur produit s'élève avec la prospérité et s'abaisse dans Vadversité. Le trésor fait une récolte abondante lorsque

la nation consomme beaucoup ; par ce côté, les finances dépendent entièrement de la politique. Ën 1848, le produit des impôts indirects, très-considérable pendant les deux premiers mois, tomba de 150 millions, après la réTOiution de Février, pour Tannée entière. Il s'est relevé de 50 millions eu 1850. Le revenu indirect suit naturellement Tessor que prennent l'industrie et la richesse. C'est un progrès qui va de soi quand Tordre règne dans les rues et la sécurité dans les esprits.

Une nation tjui ne parvient pas à couvrir ses dépenses ne doit pas craindre de s'imposer pour faire face aux nécessités qui pèsent sur elle. J'ai déjà demandé le rétablissement d'un décime, par voie d'addition, à la taxe du sely dans l'espoir d'en obtenir 25 millions de plus ; mais, puisque le gouvernement ne Ta pas proposé et que l'assemblée n'a pas suppléé par son initiative au silence du gouvernement, aux approches de 1852 il me paraît impossible d'aborder unedifficultédecette nature. Nous ne devons pas fournir des armes aux ennemis de Tordre social. Le souvenir des 45 centimes a été exploité contre le gouvernement provisoire ; Timpôt du sel, si l'on commettait à cette heure Tim prudence de Taggraver, deviendrait un bélier d'attaque à Taide duquel pouvoir législatif et pouvoir exécutif seraient bientôt battus en brèche. U ne faut exiger de pareils sacrifices que lorsqu'on est en position de faire appel à la raison calme du pays. Je reconnais que les pouvoirs publics doivent s'adresser à Timpôt pour couvrir Texcédant des dépenses ; mais j'a joute que cela ne peut se faire qu'après Tépreuve de 1852.

Au surplusja crise que Ton redoute pour Tannée 1852

ne parait pas devoir se prononcer^ si elle éclate et quand

elle éclatera, sous la forme crune perturbation jetée dans les régions financières. Les portefeuilles des capitalistes ne sont pas aujourd'hui encombrés de valeurs de toute espèce comme dans les premiers mois de 1848. Ce sont lés épargnes des départements qui viennent à Paris s'échanger par fractions contre des rentes. Les banquiers n'ont pas rempli leurs caisses d'actions de chemins de fer achetées à un très-haut prix. 11 n'y a pas de grandes spéculations engagées dans l'industrie ni dans le commerce. Aucun emprunt ne surcharge la place. La Banque voit peu à peu se réduire ses escomptes, qui représententà peine le tiers des valeurs qu^ellea\ait Thabitude d'accepter. Les compagnies de chemins de fer ont de* mandé, ou peu s'en faut, à leurs actionnaires tout ce qu'elles avaient à leur demander. Les capitalistes ne se sentent pas gênés, les capitaux restent disponibles ; en un mot, les ressources abondent pour Theure du péril.

Le véritable danger qui nous menace, c'est la suspen* sion ou plutôt le ralentissement du travail. En 1848, les manufacturiers ne fermèrent pas leurs ateliers, parce qu'ils pouvaient préparer des approvisionnements, les magasins étant vides. Aujourd'hui, les magasins commencent à s'encombrer ^ pour entretenir la main-d'œu- . vre sans interruption, des commandes directes seraient donc nécessaires : il faudrait qu'une activité nouvelle, imprimée à l'exportation de nos marchandises, vint compenser la langueur du marché national. En 1848, l'État dépensa 150 millions en travaux extraordinaires, sans parler de la dépense complètement stérile et dégradante des ateliers nationaux ; en même temps, les compagnies

S98 DB LA SITUATION FHIAlIGliRB^ ETC.

de cbemiûs de fer, poursuivant leurs entreprises, occupaient an grand nombre d'oufriers. Anjotird'bai, la dépense de TÉtat en terrassements et en ouvrages d'art est réduite de moitié; presque toutes les compagnies ont terminé on sont à la Teille de terminer leurs travaux ; il faut donc susciter de nouvelles et grandes opérations, si Ton- vmt offrir à ractivité inquiète des esprits et aux bras sans emploi un large exutoire.

Déjà le travail se ralentit dans les fabriques, le bas prix des denrées n^ncourage pas les propriétaires fonciers à se jeter dans les dépenses d'amélioration que réclame la culture du sol. La production et par suite la consommation commencent à languir. 11 appartient aux pouvoirs publics d'apporter un remède prompt et sûr à cet état des choses. N^attendons pas qne les ateliers se ferment et que les multitudes affamées nous demandent du pain. Que la fermeté du gouvernement et la sagesse de l'assemblée rendent la conliance au pays. Appelons, en concédant les lignes de Lyon et d'Avignon, au secours de nos capitaux hésitants ou alarmés, les capitaux entreprenants qui surabondent en Angleterre. Ce qui n^était qu'une question de bonne politique devient désormais une question de salut public. Créons du travail à tout prix, ce sera, quoi qu'il puisse arriver, rendre la confiance aux intérêts et donner la sécurité à tout le monde. .

LES FINANCES DE LA GlIEHAE.

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