SYNODE PROTESTANT DE LA FERTÉ-SOUS-JOUARRE
Une autre lettre du due de Bouillon « faisait entendre le bon vou- « loir de luy et de Madame sa femme. Briefvement il exterminera « la messe et les prêtres de ses terres; de quoy ne pense estre « empesché, d'autant qu'il les tient de Dieu et de son espée; il « demande des régents de Genève pour un collège qu’il veut ériger « à Sedan ».
Ces communications faites, on disserta longuement « sur la nature « du magistrat légitime, et semblaient-ils conclure à l’extermina- « tion de tout magistrat catholique ». La reine surtout leur paraissait un obstacle au repos des églises réformées, « car elle s’est « montrée résolue, dit Pérocelli, à employer contre les huguenots, « s’ils recommençaient les troubles, toute la puissance de la France « et de ses alliés». Du reste, le président termina la discussion par des paroles d'encouragement et de menace : « La reine ne fera « tout ce qu’elle voudra ! ».
Après plusieurs votes de réponses, remerciments ou recommandations à tous les protestants, le synode se sépara, non sans avoir prescrit un jeûne rigoureux pour la semaine précédant la Pentecôte, et convoqué, pour ce jour même, un prêche général à Crespy-en- Valois.
Bien différent fut l'esprit du synode assemblé par le cardinal de Lorraine. Depuis son retour d'Italie, ce prélat avait complètement rompu avec le chancelier, tant à cause de certains édits que celui-ci s'était permis de rendre en faveur des réformés sans l'avis du conseil ?, que pour l'opposition qu’il fit à la publication des décrets du concile. II s’était retiré à Reims, et là il s’occupait, selon l’autorisation qu’en avaient les évêques, de l'exécution de ceux de ces décrets qui concernaient la discipline. Il convoqua, à cet effet, au mois de novembre 156%, un concile provincial auquel assistèrent les évêques de Soissons, de Châlons, de Senlis, de Noyon et d'Amiens 5.
1 Granvelle, Papiers d'Etat, t. VII. — Henri p. 28-30. Ce fut durant ce synode que mourut Calvin, le 24 mai.
? Il avait entre autres, adressé au parlement de Bourgogne des lettres qui autorisaient ceux de la religion à appeler deux ministres pour instruire leurs enfants, ce qui était, au jugement des catholiques, un moyen indirect de rétablir les conventicules secrets, interdits par le traité d'Amboise.
3 On n'avait pas oublié, dans les lettres de convocation, les églises récemment distraites de l’archevêché de Reims, Tournay, Arras, Cambrai,
L’archevêque de Sens, Nicolas de Pellevé, et Nicolas Psaume, évêque de Verdun, qui étaient venus à Reims pour la circonstance, furent invités à prendre part aux délibérations. Vinrent ensuite les députés des chapitres et les abbés des monastères. Le concile s’ouvrit le 96 novembre et fut clos le 143 décembre, après avoir eu dix-neuf congrégations ou sessions. On y traita des devoirs des curés, de la résidence, de l'administration des sacrements, de la promotion aux ordres sacrés, de la répression du concubinage, etc.; et aux règlements publiés par le concile on proposa d'en ajouter quelques autres arrêtés par le concile de Trente et par l’assemblée de Poissy, touchant la célébration des offices divins, la réforme des bréviaires et des missels, du chant et de la musique, la vénération des reliques et des images, la publication des indulgences, l'établissement des séminaires, la proscription des jeux et danses, etc. !. On s’occupa aussi de l’érection de Cambrai en métropole, contre laquelle on crut devoir protester, attendu qu'elle s'était faite contrairement aux canons des conciles de Nicée, d'Ephèse et de Chalcédoine, et sans le consentement du roi très chrétien et de l'archevêque de Reims, particulièrement intéressé. Enfin le concile déclara contumace le cardinal de Châtillon, évêque apostat de Beauvais, qui n'avait daigné se rendre à l'invitation qu'il avait reçue, ni se faire représenter, et décida qu’on en écrirait au roi.
Le concile clos, le cardinal songea à se rendre à Paris, et comme il ne voulait point paraître s'affranchir des nouveaux décrets sur la résidence, il eut soin de se faire délivrer par les évêques de Soissons, de Châlons et de Laon, des lettres qui l’autorisaient à quitter son diocèse. Il ne le quitta point d’ailleurs (6 janvier 1565)? sans avoir assuré l’ordre dans le gouvernement de son Eglise, visité le grand hôpital de Reims et pourvu aux besoins des pauvres. Mais, s’il reçut à Soissons du prince de Condé un excellent accueil, celui que lui fit à Paris le maréchal de Montmorency, gouverneur de la ville, en
érigée en métropole, ef même Térouanne, complètement ruinée ; mais elles s’excusèrent, comme on l'avait prévu, par diverses considérations de force majeure. Après douze siècles de dépendance, la séparation était consommée.
4 Marlot, p. 353 à 401.
? Marlot (p. 402) dit le 6 juin, c’est une erreur.