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CONCILE PROVINCIAL DE REIMS

compagnie du prince de Porcien : (8 janvier), était peu propre à l'y retenir : car son escorte, traitreusement * attaquée, fut mise en déroute, et lui-même n’échappa à la mort qu’en se réfugiant dans l’humble habitation d’un cordier. Délivré par une heureuse intervention du duc d’Aumale, et ne pouvant songer à embraser la capitale pour satisfaire une misérable vengeance d’amour-propre, il se décida à se retirer à Meudon, le mercredi 40, « deux heures avant « le jour, aux lanternes », pour regagner aussitôt la ville de Reims.

Là, tandis qu'en pamphlets violents s'épanchait contre les Guise la verve poétique des huguenots?, le cardinal n’omit rien de ce qui pouvait échauffer et fortifier la foi de son troupeau : visites pastorales, prédications, processions auxquelles il assistait les pieds et la tête nus. Jusqu'à lui, ou, pour parler plus exactement, jusqu’à la mémorable assemblée de Trente, les jeunes gens destinés au service des autels s’élevaient comme d'eux-mêmes sous la direction de leurs curés, ou, s'ils fréquentaient les universités, retournaient, après les cours, dans leurs propres logis, maîtres de l’emploi du reste de leur temps et exposés à tous les pièges d’une indépendance absolue. Frappé des dangers de cette éducation, Charles de Lorraine travailla à établir à Reims, pour l'instruction des jeunes clercs, un séménaïre, dont il avait rapporté de Rome la bulle d’érection (1563)4, et qui devait être le premier fondé en France. « Il encourageait les jésuites, « appelait à Reims le célèbre Edmond Auger, dont les protestants

1 De Thou, t. V, p. 15.

? Dès le 15 décembre, Montmorency, dans l'intérêt de l’ordre et de la paix, avait fait interdire à tout prince ou seigneur de marcher suivi de gens armés ; mais pour la circonstance le roi avait affranchi de la défense le cardinal, et Montmorency ne pouvait l’ignorer.

* Les amis des Guise ne laissèrent pas ces libelles sans répliques. La Lettre d'ungentilhomme champenois escrivant à un sien ami parisien, entre autres, voyait dans ces attaques passionnées des « excès dont l’on ne pouvait attendre que changement de monarchie en anarchie, et conséquemment l'entière éversion d'un royaume » (Hist. des ducs de Guise, t. I, p. 346 à 349).

4 V. cette bulle de Pie IV dans Marlot, t. IV, p. 710. Installé en 1567 dans la rue du Barbâtre, en un endroit où se trouvait une maison dite Mont-Dieu, ce séminaire devait être, en juillet 4587, transféré au collège des Bons-Entants (V. Varin, Statuts, t. Il, p.773).

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« disaient que, s’il n'avait pas été catholique, il n'aurait jamais « existé un plus grand orateur: il ouvrait sa magnifique maison de « Meudon aux capucins; enfin il propageait partout où s’exerçait « son influence le zèle qui l’animait pour le rétablissement de la « discipline et la restauration des études. Son exemple fut bientôt « suivi par la plupart des évêques, et, en quelques années, la « réforme avait produit en France des résultats si considérables « que, au rapport d’un ambassadeur vénitien, le nombre des pro- « testants en 1580, avait diminué de 70 pour cent, et que le bas « peuple était redevenu tout-à-fait catholique {».

Le roi, de son côté, de retour à Blois après deux ans de voyage, s’occupait de pacifier les esprits, soit en réconciliant les Châtillon et les Guise, soit en donnant satisfaction aux intérêts populaires par des réformes dans les lois et l'administration. Après l'expérience qu'il venait d'acquérir, il ne lui avait pas coûté de suivre en ceci les inspirations de l’Hospital, meilleur jurisconsulte qu'habile politique, et de l'assemblée des notables de Moulins (janvier 1566) était sortie cette fameuse ordonnance (février) qui fut, jusqu’en 1790, le code judiciaire de la France, et qui, au milieu de beaucoup d’autres bienfaits, en confirmant la création à Paris d’un tribunal de commerce (novembre 1563), favorisa l'établissement des juges-consuls à Troyes, Reims?, Châlons # et Sens (1564).

Mais le baiser fraternel du cardinal et de Coligny n'avait pas engagé le jeune Henri de Guise ; les passions politiques n'avaient pas désarmé, et le chancelier, découragé, attristé, pouvait se dire avec vérité, en passant sa main sur sa barbe blanche : « Quand cette « neige sera fondue, il ne restera que de la boue ». Le roi n'avait pas vu d’ailleurs, dans le midi, sans un sentiment d'horreur à l'égard des rebelles qui avaient causé tant de ruines, les églises abattues, les couvents déserts, les croix mutilées, les tombeaux dévastés; et

1 Guillemin, p. 399 et 400.

? [l ne paraît pas cependant que cette juridiction ait fonctionné à Reims, avant 1587, grâce à l'opposition des seigneurs hauts-justiciers. (V. Marlot, t. IV, p. 467, n. 1.)

8 La création à Châlons de la juridiction consulaire eut lieu par édit du roi daté de Montpellier, décembre 1564. 50 marchands furent appelés, le 3 mars suivant, à élire les nouveaux juges [au nombre de trois]. (Concl. du conseil de ville).

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