PARTAGE DES VILLES ENTRE LA LIGUE ET LE BÉARNAIS
Pressé de prendre un parti, et de donner satisfaction aux seigneurs catholiques, il ne le fit qu'imparfaitement (8 août), et ne le fit pas sans éveiller les défiances des protestants ‘. Il s’ensuivit de nombreuses défections, et il ne resta au pauvre Henri, devant la grande et puissante ligue, que huit à dix mille hommes, la plupart étrangers et sans solde. Dans cette situation, Henri leva le siège de Paris, et faisant trois corps de sa petite armée, tandis qu’il partait pour la Normandie et dépéchait Longueville et la Noue en Picardie, il chargea le maréchal d’Aumont d'aller avec Dinteville « nettoyer la « Champagne et rétablir ses bons sujets en repos? ».
Cette province était plus divisée que jamais. Les cités ligueuses y avaient accueilli avec transport la bonne nouvelle du trépas du roi, et pensant ébranler la fidélité des villes ennemies, elles n’avaient rien eu de plus pressé que de leur en donner avis. Le conseil
! Dès le 2, il avait fait expédier aux villes du royaume une cireulaire où, après avoir fait connaître l’assassinat du roi, il ajoutait qu'avec le conseil des princes et seigneurs il donnerait le meilleur ordre possible à la conservation de l'Etat et de la religion catholique, apostolique et romaine (Registre XIX des conclusions du conseil de ville de Châlons, f° 101). Si, dans le serment prêté, le 4, au camp de Saint-Cloud, il écarta comme ignominieuse une abjuration immédiate, il s’'engagea à respecter les pré rogatives de la religion catholique, et promit, en ce qui concernait sa personne, de se soumettre aux décisions d’un futur concile général et national, qu’il convoquerait dans six mois ou plus tôt, sil était possible, tenant à cet égard le même langage que ses coreligionnaires les plus ardents, qui entendaient par là se soustraire aux décisions du concile de Trente. (V. Harangue et déclaration faites par le roi Henri IVe de ce nom, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre, et par lui-même prononcée aux seigneurs devant la ville de Paris, le 4 août 1589 (Mémoires de la Ligue, t. IV, p. 34). — Isambert, t. XV, p. 3).
2 C'est ce qu'après Henri(18 août) d'Aumont écrivait, le 28, de Château- Thierry aux Châlonnais. Henri ne faisait du reste, en ce qui concernait la Champagne, que se conformer à la résolution exprimée par Henri II aux Châlonnais, le 2 juin 1589, de leur envoyer le maréchal d’Aumont pour la défense de la province. A l’avis qu’il leur en donnait, le roi ajoutait qu'ils avaient dû recevoir les lettres relatives à l’établissement d’une chambre de parlement et à la translation du siège de Vitry ; que le res. sort de leur élection et grenier à sel était établi comme par le passé (Arch. mun. AA 6. — Hérelle, Lettres, p. 225. — Henri, p. 152).
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de Troyes, comme celui de Reims, en avait informé, dès le 4 août, celui de Châlons, en l’engageant à repousser les propositions du roi de Navarre ; mais les conseillers de Châlons, réunis, le 6, sous la présidence dugouverneur Thomassin, et après eux, le 7, les délégués du clergé, les capitaines et les cinquanteniers appelés au conseil décidèrent « qu’ils se conserveraient en l’obéissance et dévotion du « légitime successeur roy de la couronne de France, suyvant la pré- « sente résolution des habitants de vivre et mourir en l’obéissance « du dit seigneur roy, à la charge d’être conservés par lui en la « religion catholique, apostolique et romaine ! ». Et ils demeurèrent fidèles à leur résolution, malgré les sollicitations multipliées dont ils furent l’objet, dans le cours du mois d’août de la part de Reims, de Saint-Pol, du chevalier d'Aumale et du duc de Lorraine ?.
Ils n’eurent du reste qu’à se féliciter de leur conduite. Car, le 29 octobre, Henri, après les avoir loués de leur fidélité et assurés de son désir de les gratifier en toute occasion, leur annonçait qu'il venait de faire dépescher ses lettres de confirmation des bailliage, siège présidial et prévosté de Vitry, avec le tablier de la monnoy de Troyes, que le feu roy, son très honoré seigneur et frère, avait transféré en sa ville de Chaalons, ensemble du restablissement de l'élection de la dicte ville de Chaalons en son entier 3.
A Langres, quand le messager troyén, qui était boiteux, présenta ses lettres à Roussat (5 août) : « Quelle nouvelle apportes-tu ? » lui dit le maire — « Le roi est mort ». — A ce mot, Roussat lui donna un soufflet et le fit arrêter. Le conseil ne parlait de rien de moins que de le marquer au front d’une fleur de lys. Cependant, avait dit Roussat les larmes aux yeux : « Jamais messager boiteux n'apporte « fausse nouvelle ». On se borna done pour le moment à décider le désarmement des ecclésiastiques‘. Puis, la nouvelle confirmée, le peuple fut convoqué, et sur la proposition du maire, l’assemblée fit serment de reconnaître « Henri de Bourbon, quatrième du nom, « pour son souverain roy, comme légitime héritier et successeur de
! Archives de Châlons, Livre des conclusions, ibid., p. 151.
? Charles I. — Hérelle, La Réforme et la Ligue, Lettres, p. 291 à
3 Arch. mun. AA TT. Voir notre Appendice.
4 Délibérat. du à août 1589.