RITS BIZARRES BANNIS DE L'ÉGLISE
Montus (1496), contre son chapelain, qui l’a blessé d’un coup d'épée !.
Les fruits de cet enseignement sont attestés à Troyes par la belle écriture que présentent les documents de la fin du XVe siècle ; la bourgeoisie du moins a abandonné le sceau dont elle faisait usage au siècle précédent, pour signer avec une netteté de caractères et
une élégance de paraphes qui décèlent une grande habitude de l’art. Quant aux artisans, ils sont moins avancés, pressés qu'ils sont par les nécessités de la vie, qui abrè gent pour eux le temps de l'étude, quand elles leur permettent de s’y livrer ?.
Le clergé lutte contre les rits bizarres que la célébration des solennités religieuses avait introduits dans la plupart des églises. L'ordonnance de Charles VII ne les avait pas tous mis à néant. Si la Féte des Fous avait disparu, celle des Znnocents avait persisté, et on voyait encore, en 1508, à Reims, des prêtres vêtir, ce jour-là, un enfant de chœur en évêque, l’introduire en ce costume dans l’église, où il donnait des bénédictions au peuple, puis le promener par les rues de la cité « avec des risées et des mômeries indignes « de la cléricature ». Le chapitre, chaque année sollicité d'accorder aux enfants de chœur cette licence, avait fini par mettre à sa faveur la condition (1479) que la cérémonie se ferait sans masques, ni
1 Les autres recteurs d'écoles mentionnés sont : En 1464, Guillaume Tassin, à Blacy, pour voies de fait ; 1477, Mathieu de Bourlon, à Vitry-le-Château ; — Jean Guillaume, à Ecrienne ; 1479, Jean Hemardel, à Vertus ; 1489, Jean de la Roche, à Heiltz-l'Evêque, accusé d’avoir joué aux cartes le dimanche et jours de fête ; — Jean Marlier, à Saint-Urbaïin (de Joinville) ; 1506, Jean Couvrot, à Notre-Dame-en-Vaux ; 1507, Jean Colin, à Jâlons, pour inconduite ; — Pierre de Souze, à Thiéblemont, pour le même motif ; 1511, Pierre Lasse, à Vanault-les-Dames ; 1514, N***, à Moncetz; — Jean Rochard, à Nettancourt.
2? Théophile Boutiot, Hist. de l'instruction publique et populaire à
Troyes pendant les quatre derniers siècles, p. 24 et sq.
trompettes, ni chevauchée! ; mais, à la requête du grand archidiacre, il alla plus loin en 1560 ; et conelut (6 mai) qu’il ne serait plus permis à ces enfants de porter les insignes de la dignité épisco-
Li pale, ainsi que l'avaient défendu les concordats et la pragmatique
LÉ sanction.
n L La fête des Innocents de l’année 1490 ne s'était pas passée sans " graves incidents. Les diacres, sous-diacres et enfants de chœur
s'étaient avisés de représenter, après le diner, sur un échafaud dressé en face de l’église, la nouvelle façon de chaperon inventée ë à Paris et stngée par les bourgeoises de Reims, non sans accompagner cette représentation de quelques rimes peu galantes pour les Rémoises. Les maris y répondirent par une sottie contre les chanoines, qui avaient paru encourager la licence du jeu. Le chapitre indigné fait alors défense de continuer. Les mutins, à leur k tour, de mener par les rues «un homme déguisé en femme grosse :| « deschevestrée et criant à haute voix: Pourquoy ne payeront-ils « tailles les prestres de maintenant? Et auleuns donnoiïent coups « de leurs armes dans les portes des gens ecclésiastiques, en deman- | « dant : Y at-il ici nul chanoine ? Et dura cette action deux jours, ; « tant de nuit que de jour. » Le chapitre ne mit fin à ce scandaleux charivari qu'en excommuniant les tapageurs par actes des 18, 21, 23 février et 9 mai 1490.
À Troyes, le jeu de la Pelotte, qui avait lieu le jour de Pâques, après None, dans la salle capitulaire, et qui consistait pour les assistants, à la tête desquels était l’évêque, à jeter chacun par trois fois une balle sur une toupie, ne fut supprimé à Saint-Etienne que le 23 mars 1506. À Saint-Pierre, selon Grosley, il aurait subsisté jusqu’en 1564 #,
: Ces usages, ainsi que plusieurs autres qu'il ne faut pas confondre avec la représentation en action des enseignements divins, tels que l'entrée triomphale de J.-C. à Jérusalem, la scène du lavement des
1 Modo fiat sine larvis et strepitu tubicinis, ac sine equitatione per villam.
2 Marlot, Hist. de Reims, t. HE, p. 205 et 206. $ V. le Théätre à Reims, par Louis Paris, p. 29.
# Boutiot, Hist. de Troyes, t. IL, p. 244.
pieds, celle des trois Maries au tombeau du Sauveur !, le bienfait de l'émancipation de l'humanité figuré par des oiseaux en liberté, la descente du Saint-Esprit, par une pluie de pétales de pivoines ou d’étoupes enflammées qui tombaient des voûtes, etc. ; ces usages, disons-nous, étaient communs à beaucoup d'églises; mais celle de Reims en avait deux particuliers qu’il convient de rappeler ou de signaler. L'un était la procession des Harengs, dont nous avons déjà parlé et qui avait lieu le mercredi saint, après les Ténèbres, alors que le clergé de la cathédrale allait en station dans l’église de Saint- Remi ; l’autre, la célébration de la Pâque par le chapitre à la suite
de la messe du jour de Pâques ?. Les chanoines se rendaient alors processionnellement dans le cloître, où les attendait un agneau rôti posé sur une table nue. Le semainier bénissait cet agneau, et au risque de se brüler, chacun aussitôt d’en arracher avecles mains ce qu'il pouvait, et de le manger sur place, tandis que le bas chœur chantait l’antienne Ææc dies, ete. : « d’où est venue, dit Anquetil, « la coutume de nommer ainsi les principaux mets des repas qui « rassemblent les parents et les amis dans le temps pascal? ». Ces rits singuliers ne disparurent que bien lentement; il fallut, en dépit de l'interdiction de 1439, supprimer la procession du mercredi saint, pour faire disparaître le jeu ridicule des Harengs.
Les esprits sérieux ou délicats goûtaient d’autres plaisirs et se faisaient honneur d'y prendre part : je veux parler des mystères, c’est-à dire de la représentation du mystère dont la fête portait le nom, comme le mystère de la Passion, le mystère de l'adoration des Mages, et d’autres semblables. Sorti du sanctuaire, où il avait eu pour acteurs les membres mêmes du clergé, — car c'était un ensei-
1 On peut voir dans les Documents sur l’abbaye de Notre-Dame aux Nonnains par M. l'abbé Lalore, pages 198 et sq., la façon dont était particulièrement représentée cette scène dans ladite abbaye.
2 Les religieuses de l’abbaye de Notre-Dame aux Nonnains célébraient à peu de frais la céne le jeudi saint. Le clergé se rendait après l'office au réfectoire de l’abbaye, où lui étaient servis des aichadez (échaudés) ; on en donnait également aux écolières, lesquelles étaient, ainsi que la Congrégation, assises à des tables emmi le cuer. La beneyçon faite, chacun se retirait, emportant son échaudé (Documents sur l’abbaye par M. l'abbé Lalore, p. 197 et sq.).
3 Anquetil, Hist. de Reims, t. LL, p. 407.
gnément destiné à continuer celui de la chaire, c'était la traduction sensible et pathétique, pour ces temps-là, des vérités que le clergé a mission de répandre, — le drame religieux, après s'être joué à la porte de l’église, avait fini par se transporter sur les places publiques, où la libéralité des magistrats municipaux et le concours de quelques prêtres l’encourageaient et l’aidaient à charmer les populations en les édifiant. Le XIVe siècle avait été ailleurs l’époque la plus brillante de ces sortes de spectacles ; mais, en Champagne, les guerres ou les alarmes continuellesn’avaient pas permis d’en donner si tôt au peuple la récréation ; les confrères de la Passion, établis, dès 1398, à Paris!, où, munis d’une patente et d’un privilège, qui date de 4409, ils exploitaient leur brevet avec plus de profit pour eux que d'avantage pour l’art, ne devaient apparaître au sein des cités champenoises que vers la fin du XV° siècle. C’était l’époque de la décadence du drame sacré. Exploité par des artisans qui ne songeaient qu’au lucre, il perdait de jour en jour le caractère à la fois sérieux et naïf qui l'avait jusque-là recommandé, et le moment n'était pas éloigné où, prêtant à la raillerie bien plus qu'à l’édification, la représentation des mystères de la Sainte-Ecriture allait être interdite par le Parlement ?. Mais la foi des populations de la Champagne était encore trop profonde pour ne pas s'intéresser à ces jeux, et ne pas porter les gens les plus considérés, les prêtres les plus éclairés, à en seconder les préparatifs et même à y remplir certains rôles.
C’est à Châlons et le 18 mai 1467 que nous trouvons pour la première fois une demande adressée au conseil « par auleuns compai- « gnons disposés à jouer brief la Passion de Nostre Seigneur, afin « qu’ils soient aydés au moing pour leurs echaffauds». Le conseil ne crut pas devoir agréer la requête (26 mai); mais la curiosité
1 Leur existence est constatée par une ordonnance du prévôt de Paris (3 juin 1398) qui interdisait les représentations qu'ils donnaient à Saint- Maur-les-Fossés. Ils en appelèrent au roi Charles VI, qui, par lettres patentes du 4 décembre 1402, reconnut la confrérie et lui accorda tous les privilèges des corporations les plus favorisées {V. Petit de Julleville, les Comédiens en France au moyen âge, p. 59-62).
2 Cest ce qu’il fit, le 47 novembre 1548, en renouvelant le privilège des confrères de la Passion, à qui il ne laissa que la représentation des sujets
licites, profanes et honnêtes.
publique n’en fut pas refroïdie ; et après avoir de nouveau, deux ans après (3 juillet 1469), pour ne pas créer de précédent, refusé toute indemnité à des acteurs qui avaientreprésenté la Ve de saint Vincent, les magistrats châlonnais se décidèrent, quelques années plus tard, à sortir de leur réserve : cette fois les metteurs en scène étaient les frères précheurs, et le mystère devait se célébrer le dimanche 30 avril 1486. Le conseil décide, le 24, que « on donnera « à Jehan Dorigny quatre à cinq livres de poudre pour le mystère de « l’enfer de la dicte Passion » ; puis, « comme le prieur des pres- « cheurs, Pierre Odion, a eu grant vacation et labeur, et faict de « grans fraiz en la conduite dudict mystère de la Passion tant en « l’escripture des rooles et cayers comme aux recordz faiz par long « temps au couvent des Prescheurs, où ledit prieur a fourni du « bois pour chauffer les joueurs durant l’iver, et à cause de ladite « charge il n’a pu précher le karesme dernier et mis toute sa labeur « en ladicte matière, dont il n’avait eu salaire ne récompense », conclut qu’il lui sera donné vingt livres. Les ménestriers et trompettes « qui étaient au mystère recevront vingt-quatre livres qu’ils « ont bien déservies, et Jacques Loyer, commis à semoncer, soixante « sols (6 mai). » Le conseil n’avait pas oublié les mesures de sûreté: les portes Saint-Jacques et Curie ! étaient seules ouvertes avec une bonne garde de six à huit hommes ; un guetteur veillait au clocher de Saint-Etienne, et les trois principaux carrefours étaient pourvus chacun d’un poste de gens armés?
La prudence municipale devait aller plus loin encore, en 1507, où, dans l'antique hôtellerie du Pourcelet#, fut joué, le 23 mai, jour de la Pentecôte, de dix heures du matin à cinq heures du soir, le mystère de la Passion ; ear il fut ordonné à chacun d’y venir avec « salade, armure et baston de deffense ». Cette représentation, qui avait été arrêtée dès les premiers jours de février et organisée par les soins de Jean le Cerf, Jean Dorigny et Pierre de Morillon,
1 Porte de Marne.
? On avait eu uninstant la pensée de donner la représentation du mystère de Sainte Catherine ; mais on dut l’ajourner à cause de la peste (Arch, mun., BB 1493).
3 Cette hôtellerie était en partie située sur l'emplacement de l'hôtel de ville actuel.
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bourgeois de Chälons, après avoir rencontré plus d’un obstacle, faillit échouer à la dernière heure. Aucun des acteurs ne voulant se charger d’habiller celui qui remplissait le rôle de Lucifer, il fallut que les abbés, le bailli de Châlons et autres gens de bien qui ne jouaient pas, promissent de l’accoutrer à leurs dépens, parce qu’il était « pauvre et bon joueur ». C'était un rôle odieux aux yeux de beaucoup de gens, dangereux pour l'acteur exposé à être rôti : que devenait alors la dépense du costume ? Toutse passa bien du reste, si bien que l’évêque consentit à ce qu’on rejouât la pièce le jeudi et le vendredi suivants, après la célébration de la messe sur les échaffauds. Plusieurs seigneurs et grands personnages étaient venus jouir du spectacle, et la ville avait fait acheter des « pots de bon vin » pour les rafraichir ".
A Langres, « les confrères de la confrérie de Monseigneur sainct
« Didier, martyr et évêque de cette ville, faisaient représenter en « 1489, la vie et la passion du saint composée par vénérable et « scientifique personne maistre Guillaume Flamang, chanoine dudit « Langres ». Le mystère, qui ne comptait pas moins de 17,258 vers, fut joué en trois journées par 68 personnages, dont celui qui débitait le prologue ne manqua pas de faire la montre aux spectateurs :
.. Afin que facilement,
Vous cognoissiez nostre entreprise,
Cest raison que premierement
Je vous en montre la devise:
Vees là Langres, en haute assise,
Plus noble que tous aultres lieux;
Vees là les seigneurs de l'Eglise
Et les borgeois jeunes et vieux.
Vees là Didier au labourage,
Qui tient la charrue à deux mains.
Vees là un hautain personnage,
Nommé l’empereur des Romains ;
Croscus et le roy des Alaïins Ont illec leurs gens amassez.
Je n’en diray ne plus ne moins, Le demeurant se montre assez.
1 Conclus. du conseil de ville.
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Le drame était trop sérieux, pour qu'on ne sentit pas le besoin « d’en assaisonner l’austérité par quelques intermèdes grotesques » : c'était le rôle du /o7 ou du sof (on dirait aujourd’hui du comique de la troupe), dont parfois les bouffonneries sont d’un goût assez douteux; mais qui parfois aussi signale et poursuit d’une vigoureuse critique les travers du temps. Ainsi a-t-il son couplet obligé contre les usurpations ou le ridicule des modes :
Dea ! Appartient-il que Robin
Ou Jehannyn, Jehannot de villaige Soit fourré de divers plumaige, Comme s’il était de bon lieu ?
J'y pourvoyré, par le sang bieu !
Puisque je l’ay mis dans ma teste. Vous semble-t-il qu’il soit bien honneste De porter ces robes trainans ?
J'ordonne qu'aux gentilz galans
Qui les traynnent parmy l’ordure, Qu'on leur retranche, à bout taillans, Deux doiz par dessoubz la saincture ; Et ceux qui ont si longue hure
De cheveulx dessoubz leur chappeau, Roignez seront par aventure
Si prez qu’on tranchera la peau.
On n’oublie pas de clore la représentation par une prière.
A Troyes on voit, en 1490, frère Nicolas Molu, prêtre jacobin, remontrer àses concitoyens dans l'assemblée de la Saint-Barnabé, que, depuis plus de sept ans et à leur prière, il avait joué le personnage de Jésus, qu'il avait fait de grands frais de costumes, délaissé sa vocation et ses prédications pour étudier son personnage. L'assemblée lui aecorda vingt livres tournois d’indemnité. Cette
! V. dans les Mystères par Petit de Julleville (t. Ier, p. 231 à 240) l’analyse du Mystère de S. Didier. Celui-ci doit d'autant plus nous intéresser qu'il est le seul connu qui soit sorti d’une plume champenoise. Il n’en existe d’ailleurs qu'un seul exemplaire qui se trouve à la bibliothèque de Chaumont ; il a été « escript par Philibert Prévost, procureur es cour de Lengres, et par Estienne Roland, mon serviteur, le dernier jour de mai l'an
mil cinq cens et sept. Signé Prévost » (Ibid, t. IL, p. 508 et 509).
Es \ pr: h} v à NE Ë 36 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE LÉ EL année-là même 1490, fut joué le Mystère de la Passion. Le drame É À 2 e Ë : : va 1x s'ouvrait par la création du monde, et la représentation dura trois LE: journées consécutives, sans que personne songeât à se plaindre 11 que la pièce fût trop longue. Quand les acteurs étaient fatigués et \ Ê fi C2 A Ass » .
à que les spectateurs commençaient à bâiller de faim, le sof congédiait À ; sl le publie en ces termes toujours bien accueillis : DEL ; PER Il faut parler d’une autre metz; | ë Je m'en vais voir à la cuisine ; | Ë Car il est bon que chacun disne.
fl à Les rôles étaient remplis par des bourgeois, des artisans de à. É bonne volonté, et le nombre des personnages était grand : 9,5 le premier jour, 107 le second, 90 le troisième, tous habillés à la mode du jour. Quand l’un d'eux avait cessé de parler, il allait s’asseoir sur l’un des bancs rangés des deux côtés de la scène. À mesure que le drame se déroulait, on entendait tour à tour les suaves concerts du paradis et les affreux hurlements des démons.
Ainsi fut, six ans plus tard (septembre 1496), représenté le mysière sur la place de l’Etape-au-Vin, à l’occasion de la naissance du second fils de Charles VII. Deux ans après (1498, septembre), sur la nouvelle de l’arrivée de Louis XII à Troyes, la ville eut la pensée de renouveler le spectacle : « les joueurs de tabourins, de harpes, « de luths et autres doux instruments » avaient été invités à se tenir prêts à jouer sur les échafauds à peine d'amende et de prison, etun prêtre nommé Jean Royer avait ingénieusement disposé «les tuyaux « destinés à jeter du vin par les plaies d’un Dieu » ; mais le-roi ne vint pas. À Reims, on voit par une demande qu'adressèrent, le 21 septembre 1530, au conseil de ville quinze habitants, « tous bour- « geois, praticiens et marchans d'icelle », qu’il ÿ avait plus de quarante ans que le sacré mystère avait été représenté, « tellement « que la mémoire en est quasi passée ».
Cependant nous possédons sur la représentation même de 1490 des détails fort intéressants. « Le dimanche 23 mai, on avait fait la « montre de la Passion, tous les acteurs à cheval ». Le dimanche suivant, « 30, jour de la Pentecôte, après le service, se commença « à représenter les mystères de la Passion, et y fut-on jusqu’au soir;
1 Hist. populaire de Troyes, par M. Gustave Carré, p. 167 à 170.
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« les enfants de chœur de l’église chantaient musique en l’action ». Cela dura, presque sans interruption, jusqu’au lundi 8 juin, où, après le crucifiement de la veille, furent jouées la Résurrection, l’Ascension et la Mission du Saint-Esprit. « On disait chaque « jour la messe du Saint-Esprit avant que commencer », et quand le mystère fut fini, « tous furent en l’église de Reims chanter « le Ze Deum solennel, les acteurs estant en places éminentes. » Ce que j'ai eru devoir rapporter de Foulquart, dit Coquault, « pour « montrer la dévotion de l'antiquité, et combien elle est changée à « présent! ». Il y avait bien 16,000 regardants, parmi lesquels étaient plusieurs prélats, l'archevêque de Tours, Robert de Lénoncourt, abbé commendataire de Saint-Remi, l’évêque de Térouenne, avec le comte et la comtesse de Crouy, plusieurs autres hauts seigneurs, et toute la noblesse des environs.
Pour ces grands personnages, le conseil avait acheté deux poënssons de vin au prix de vingt-quatre I. t. « Et durant les actes, leur « en présentait-on tous les jours de la part de la ville ». Comme Mademoiselle la capitaineresse ne pouvait manquer d'assister à la représentation, le conseil avait décidé de lui faire aussi présent; mais quel? « on parlera aux gens d'église pour savoir quoy ». Quant à ceux qui jouaient, «les femmes étaient préposées pour leur
« présenter le vin et les pâtisseries... et y avaient des acteurs « qui avaient des buffets tout couverts de vaisselle d'argent
«et bien ornés, et faisaient présenter vins et fruits en leur « nom? ».
Nous apprenons aussi par la requête de 1530 que, treize ans auparavant (1517), avait été « advisé et conclud de faire jouer « le mystère par personnaiges, afin d'en avoir bonne et vraye « commémoration à l’honneur de Dieu et au salut des âmes « d’un chacun »; mais ce projet avait dû être « délaissé » à cause « de la grande stérilité qui survint lors, et mortalité et « guerre ».
Chaumont avait aussi vers cette époque ses représentations de mystères. Pour la première fois, en 1502, et par les soins
1 Que dirait Coquault, s’il revenait aujourd’hui parmi nous ?
2 V. Toiles peintes et tapisseries de la ville de Reims, par Paris, t, Le,
Introduction.
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du clergé, on y joua la moralité du Banque ; mais il semble qu'ici ces jeux n’aient pas tardé à dégénérer en farces scandaleuses : ce fut surtout l'effet des mystères de la vie de saint Jean- Baptiste, auxquels se rattache particulièrement la diablerie de
Chaumont.
La même simplicité de sentiment qui portait les populations vers ces représentations théâtrales pourrait rigoureusement expliquer les procès intentés par l'autorité judiciaire aux animaux coupables d’homicide, ou les sentences que rendait contre eux, dans certains cas, l'autorité ecclésiastique. Mais, à dire vrai, ces autorités agissaient chacune selon son caractère el ses attributions propres, comme le fera plus tard le pouvoir administratif. Tandis que celui-ci n'aura qu'à prescrire l’abatage des animaux dangereux, les magistrats, au moyen âge, usaient à leur égard des formes juridiques, les prêtres des armes spirituelles. Ainsi voyons-nous, d’un côté, en 1385, le juge de Bourgogne, séant en la châtellenie de Jaucourt, faire pendre un taureau qui avait tué un habitant du village d’Argançon, et en 1401 la même justice condamner à mort une truie qui avait étranglé un enfant
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