LES ABBAYES EN COMMENDE
l’évêque d'Arras, que les évêques de la province devraient, après la prestation du serment, continuer de remettre au chapitre une chape de soie ou de velours du prix de 300 livres et marquée à leurs armes (1474) ; mais, onze ans après (1485), le vénérable chanoine Pierre Vignon n’en recevait pas moins la mission de passer par les villes de Cambrai, d'Arras, d'Amiens, de Noyon et de Laon pour rappeler aux évêques le tribut auquel ils étaient soumis !. Cette tendance des évêques à l'émancipation s'explique.
La Pragmatique sanction, invoquée par le chapitre de Reims, n’était pas en honneur auprès des successeurs de Charles VIT; et comme ceux-ci, assurés de l’appui du Saint-Siège, trouvaient plus avantageux de choisir eux-mêmes les pasteurs des églises que de les recevoir de l'élection du clergé, les prélats inclinaient naturellement vers la source nouvelle de leur élévation, sans souci des rapports qui pouvaient les unir au siège métropolitain. Ainsi, la suppression de l’élection dans les abbayes permettait-elle de les mettre en commende au grand profit des courtisans, si ce n’est de la vie religieuse. Les mœurs étaient alors fort relâchées dans beaucoup de monastères, et si les commendes, qui tiraient leur origine du dessein de recommander un bénéfice vacant à une personne capable d'en maintenir les droits, avaient quelquefois répondu à cette pensée, il s’en fallait le plus souvent qu'elles favorisassent la sainteté des religieux et la prospérité des abbayes. La commende Zaïque avait bien, dès le XI siècle, cessé d’affliger les uns et les autres; mais les grands seigneurs n'avaient pas tardé, pour échapper à la loi, de faire tonsurer ceux de leurs enfants qu’ils voulaient enrichir des biens d'église, et delà était née cette espèce d'abbés non prêtres qui venaient consommer scandaleusement dans les grandes villes les revenus d’une riche abbaye. Le grand schisme d'Occident ne contribua pas peu à propager le régime de la commende. Privés des revenus du Saint- Siège, les papes français y suppléèrent par des bénéfices en France eten pourvurent leurs cardinaux ? ; après quoi, il leur fut difficile de refuser aux rois ce qu’eux-mêmes avaient les premiers pratiqué. C’est de la sorte qu’à la mort de Jacques Champion, abbé de Saint-
4 Marlot, t. IL, p. 247, 229 et 249.
2 « Le cardinal de Pavie rapporte que plus de cinquante monastères
étaient en commende du temps de Pie I ». Marlot, {. Il, p. 247.
Nicaise, en 1462, « Richard de Longueil, cardinal de Coutance en « Normandie, fut pourvu de l’abbaye par grâce expectative, au « préjudice de l'élection de dom Pierre Boisleau, faite par les reli- « gieux ! ». Ceux-ci protestèrent, mais le cardinal, qui avait assisté à la révision du procès de Jeanne d’Arc et au sacre du roi, n’avait pas moins de crédit à Rome qu'auprès de Louis XI : il fut maintenu en possession des revenus de l’abbaye.
D'un autre côté, le commerce s'exerce plus librement; il n’est plus renfermé dans des halles spéciales, il étale dans les rues, et celles-ci en prennent la plupart leur nom : c’est la rue de la Draperie, la rue de l’Epicerie, ete. Les marchandises ne sont plus visitées en foires que sur plainte, et celles qui n’ont point été vendues sont estampillées pour passer en franchise *.
Les postes existent depuis le règne de Louis XI, qui les a créées par son ordonnance datée de Luxies, près Doullens, 19 juin 1464 ; mais les transactions commerciales sont encore loin d’en pouvoir profiter ; car, outre que l'institution ne devait d’abord servir qu'à la royauté, l'existence des premiers postes (postillons, courriers) ne se révèle qu'au temps de Charles VIII, qui en avait un à Troyes, en 1495, établi à l'hôtel de la Piolée (du Prieuré). La ville ellemême de Troyes, qui, dès le premier quart du XV: siècle, avait ses messagers particuliers, ne les employait que dans un intérêt public.
Avec le commerce, l’industrie se ranime et se développe; les moulins endommagés ou détruits par les guerres se réparent ou se reconstruisent ; d’autres viennent en accroître le nombre. Troyes a 20 roues servant à la mouture du blé, 14 à la fabrication du papier, # au foulage des draps.
La draperie rémoise tend à se relever de sa décadence, grâce à la protection des archevêques. La teinturerie rémoise suit le progrès de la draperie, et Gilles Gobelin la rend célèbre à Paris, en y transportant son industrie, vers 1450, sur les bords de la Bièvre‘.
4 Marlot, t. IE, p. 247.
2? Boutiot, t. IE, p. 266, ann. 1510.
8 Id., ibid., p. 210.
# Gobelin mourut en 1476. On lira avec intérêt les statuts d'août 1689 sur la teinturerie, et le réglement du 15 janvier 4737 (V. Varin, Arch. législ., Statuts, 2° vol., p. 873).