COMMERCE ET INDUSTRIE. LA
Grâce à la libéralité épiscopale, les boulangers de Châlons, qui jusque-là n’avaient pu cuire que dans les grands fours communs de l'évêché, commencent, en 1474, à établir des fours particuliers sous la seule condition de payer à l’évêque une rente annuelle de vingt sols, et de prendre leur bois dans le bois de Forêt (Règlements du 24 mars 1474 et du 4 janvier 1508).
On voiten même temps les corporations de métiers faire dresser ou régulariser leurs statuts. Celle des barbiers a l'honneur d’avoir à sa tête le premier barbier de Louis XI. Olivier le Daim, le Diable ou le Mauvais, a obtenu de ce prince d'être institué « Maître et « garde des métier et artifice de barberie », avee pouvoir d’instituer dans toutes les bonnes villes de France des lieutenants investis du droit de visite chez tous les barbiers de leur résidence et des villages voisins. Comme les barbiers saignent aussi bien qu'ils rasent et peignent, le premier barbier du roi, pour le bien de la chose publique, est tenu de délivrer à tout maître barbier du royaume une copie de l’armenac (almanach) fait pour l’année, et ce, moyennant deux sous six deniers parisis !.
La population des villes et des campagnes se relève de son abaissement. Troyes voit la sienne, qui était fort diminuée auparavant, grandir de 1482 à 1500, et s'élever de 15,309 jusqu’à 23,670 habitants.
Le bien-être tend à se répandre, et avec le bien-être l'amour du luxe. Les modes parisiennes commencent à faire sentir leur influence, et nous venons de voir les dames rémoises singer, en 1490, la nouvelle façon de chaperon inventée à Paris depuis un an. Ce ne fut pas sans éveiller la verve poétique des beaux esprits de la cité ; mais il y a tout lieu de penser qu'en dépit de la critique elles auront trouvé, dans plus d’une ville de la province, des imitatrices.
En même temps la vie intérieure prend un aspect plus riant, et la table présente aux exigences du goût une plus large satisfaction. Par les soins du nouvel échevinage, Troyes est approvisionnée de marée fraiche expédiée d’Abbeville ; mais les communications ne sont pas faciles, les transports sont coûteux, et le chasse-marée,
1 Boutiot, ibid., t. Ill, p. 86 et sq. et p. 247. — E. de Barthélemy, ibid., p. 410.
qe
Jean Castelan, qui avait entrepris ce service en 1493, est impuissant à le continuer au-delà de 1496.
Le poisson de mer était alors mets d'autant plus friand qu'il était plus rare en Champagne ; aussi ne faut-il pas s'étonner qu’en 1511 le conseil offre, comme présent de ville, à trois personnages « une tête de saumon frais, deuxsoles, deux tronçons de marsouins, « une raie et deux lamproies ? ».
Malheureusement les agents royaux avaient commencé, sous le règne de Louis XI, à se montrer beaucoup trop sensibles aux gracieusetés dont ils étaient l’objet. Comme le souverain ne les prisait qu’en raison de leur servilité, l'intérêt, qui seul les attachaïit à son
service, les rendait facilement accessibles à la corruption. S'agit-il EL pour la ville de Troyes d'envoyer à Arras 60 chevaux, ceux qui sont LL ÊE chargés de les conduire, fidèles à la mission qu'ils ont reçue, obtiennent par des Lots de vin habilement distribués de ramener leur convoi et de décharger la ville de cette fourniture (1477)3. La ville
est-elle, en 1482, frappée d’une lourde taxe, par une autre gra-
cieuseté elle amène le trésorier Raguier à s’entremettre « pour
« l'amour d'elle ». Mais voici qu'en 1492 de nouveaux besoins
d'argent contraignent Charles VIITà demander aux Troyens, à titre
d'impôt, une somme de 7,500 livres. Des commissaires spéciaux
sont venus en opérer la levée: la ville n'entend pas qu'ils aient à
supporter la moindre dépense, elle leur fait faire bonne chère, et
cependant les entretient de sa pauvreté et des charges considérables
qui lui incombent. En présence de cette situation, le roi ne pour-
rait-il se contenter de 3,000 livres ? Les commissaires, touchés, ne
se refusent pas à un accommodement ; mais la proposition du
conseil, en vérité, est trop mince ; on s’accorde enfin sur 5,000.
Trouvant qu'ils s'étaient « conduits en toute douceur », le conseil
ET
fit présent aux femmes des commissaires et à chacune d'elles de linge de table pour 50 livres tournois. Ce qui se passait à Troyes se reproduisait ailleurs, comme nous l'avons vu et le reverrons
1 Boutiot, ibid., t. IT, p. 207.
2 Id., ibid., p. 265.
3 Id., ibid., p. 416.
# Jd., ibid., p. 198.
5 V. plus haut, p. 10 et 44, note 3.