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de Beaujeu, laquelle avait toute la tête de son père, et était bien,
| comme il le disait lui-même, « la moins folle femme du monde ». Pierre de Beaujeu, son mari, n’eut rien de plus pressé que d'in-
4| former les bonnes villes du décès du roi et de l’avénement de Charles VIIL. Dès le 31 août, il les invitait à « prier et faire prier
\ « Dieu pour l’âme dudit feu seigneur en la plus grande dévo-
É « tion que faire se pourrait », et à garder au nouveau roi, son fils,
+ la loyauté qu'elles avaient toujours montrée à la couronne de \ France !.
; Bientôt, après avoir prodigué les concessions aux princes en vue F de satisfaire leur ambition, après avoir en particulier donné au duc F| d'Orléans, avec la présidence du conseil et une compagnie de cent Ï lances, le gouvernement de Paris, de l'Ile de France, de la Cham- | À pagne et de la Brie ?, Anne, pour combattre les prétentions renals- Es santes de la noblesse, avait recouru aux états généraux, mais non AS sans travailler à diriger les élections dans un sens favorable à ses
je vues. Louis XI, dit Comines, à propos des états de 1468, n’y avait
« appelé que gens nommez et qu’il pensait qui ne contrediraient pas « à son vouloir ? ». Anne, sans désigner elle-même les députés, prit soin de recommander certains noms au vote des électeurs“. « Elle fit « plus », dit l'Historien de son administration : « à l'exemple deson
d « père, elle tenta une sorte de fusion des trois ordres. Lorsque 4 « Louis XI avait convoqué l'assemblée de Tours, il avait adressé ses 4 « lettres à la fois aux gens d'église et aux bourgeois ; aujourd’hui a « ce sont les trois ordres, clergé, noblesse et tiers état, qui doivent x. «se confondre pour nommer en commun leurs mandataires *.
i « À Messieurs les bourgoys, manans et habitans de Troyes en Champagne ». (Arch. mumicip. de Troyes, AA. 8, liasse 5).
2 99 novembre 4483 (Cartons des Rois, K 72, n° 78).
3 Comines, édit. Dupont, t. I, p. 21.
| à 4 Cest ce que prouve la très curieuse lettre adressée par Charles VIT : Hi aux gens des trois états de Bourgogne : il les prie d’élire l'abbé de Citeaux
A et le sire de la Roche (Cf. Journal de Masselin, édit. Bernier, p. 439). 5 V. le mandement de Charles VIII au sénéchal des Launes d’assembler
les trois états de la sénéchaussée pour procéder à l’élection des députés. Blois, 24 octobre 1483. Comme conséquence de cette disposition, il n’y eut qu'un seul cahier de doléances, qu’un seul orateur chargé de répondre
au chancelier.
« Les députés de 1484 ne seront donc pas les délégués spéciaux de « tel ou tel ordre, mais chacun d’eux réunira en sa personne le « triple mandat du clergé, de la noblesse et des communes ! ».
L'assemblée devait se tenir à Tours le7 janvier 1484. A ces états, composés de 246 députés venant de 26 bailliages, 18 sénéchaussées et 16 comtés, la Champagne et la Brie envoyèrent sept députés du tiers état représentant les baiïlliages de Troyes, de Sens, de Meaux, de Chaumont et de Vitry”: c’étaient deux de plus que chaque bailliage ne devait avoir ; car en principe chacun d’eux ne devait compter que trois mandataires, un clerc, un noble et un bourgeois ; mais l'étendue du ressort, ainsi que les privilèges de certaines villes, donnèrent lieu à quelques exceptions. Le Vermandois, par exemple, qui comprenait Reims et Châlons, n'eut pas moins de six députés conformément aux ordres que le baïlli avait reçus du roi °; ceux du bailliage de Troyes étaient au nombre de quatre, dont deux de la bourgeoisie.
L'un de ceux-ci, un avocat de Troyes, se signala, dans le cours de la session, par l’insistance qu’il mit à être défrayé des dépenses que lui imposait l'exercice de son mandat, allant jusqu'à menacer, « s’il n’était fait droit à sa supplique, de requérir congé et de quitter « Tours. » Dans certaines provinces, disait-il, dans le Poitou, par exemple, les états avaient déjà payé leurs représentants. M° Jehan Hanequin entendait bien d’ailleurs que chaque ordre payât ses mandataires, car il serait indigne que les plus pauvres fissent l’aumône aux plus riches.
C'était attaquer les ordres privilégiés dans leurs prérogatives. Is trouvèrent un défenseur dans le représentant de la noblesse du bailliage même de Troyes : « Il ne s’agit point ici, dit Philippe de Poitiers, d’une question d’argent, mais de principe. Le clergé prêche et conseille, la noblesse va à la guerre et combat pour le salut du pays : au peuple de nourrir et entretenir nobles et gens d'église au moyen du labourage et des impôts. Il serait étrange que la tête du
! Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, par P. Pélicier, archiviste du département de la Marne, Chartres, 1889, in-8.
? V. à l'Appendice la liste des députés élus par la Champagne dans les trois ordres.
8 Concl. du conseil de ville de Châlons, 27 novembre 1483.
LT Li \.- SNS à « CRD "CSSS DONS D SMS" 4 D" DS LENS le LA PROVINCE DE CHAMPAGNE 1484, | L' corps social fût traitée comme si elle en était les pieds. — Rien de
Li plus vrai, reprit le chancelier pour mettre un terme à la discussion ; mais le peuple a tant souffert, et sa pauvreté est telle que la commi-
L sération et l'équité doivent cette fois et par exception l'emporter sur ( le droit commun. Tout le monde sera payé, el personne ne pourra \4 dire qu’il a servi sans indemnité et à ses frais ! ». ni Les états ne se séparèrent pas, d’ailleurs, sans avoir tenté de porter la cognée dans la forêt des abus qu'avait engendrés on 14 aggravés le despotisme de Louis XI. En telle besogne ils mon- LA trèrent un grand sens administratif, car ils améliorèrent le présent k | en relâchant les ressorts du gouvernement, si violemment tendus D par le roi défunt : ils songèrent même à s'assurer de l'avenir en 4 réclamant la périodicité de l'assemblée ; s’ils n’allèrent pas jusqu’à | en faire une loi au gouvernement, c’est que les temps ne le com- M portaient pas.
: L'assemblée dissoute (5 mars), le roi se disposa à se rendre à Reims
pour s'y faire sacrer. Il y fit son entrée le 27 mai avec la pompe ni accoutumée, et quand il fut arrivé à la première porte de la ville, PA une belle jeune fille aux cheveux blonds tombant jusqu’à la ceinture descendit « par machine » aux pieds du roi, et lui offrit les
V4 " Suns : 5 1 clefs de la cité, en lui disant :
k® Roy très puissant, mon souverain seigneur,
Rheims très ancienne, par grande humilité,
æ Son cœur vous ouvre par excellent honneur,
el Vous promettant garder fidélité ?.
1 Reçu par l'archevêque au seuil de la cathédrale, il y fut, au nom 4 du chapitre, harangué en vers par Guillaume Coquillart, qui vanta h la puissance des dames pour rendre
, Doulx, traictable, courtois, joyeulx 5,
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Î et celle des armes pour garantir la sûreté du royaume. ct Trois jours après (30 mai), eut lieu la cérémonie du sacre. Des
# six pairies laïques une seule subsistait, celle de Flandre ; encore
1 V. Masselin, Journal des Etats, p. 497 et sq. 3 Les vers sont de Guillaume Coquillart. N. l'édit. Tarbe, t. Ie", p. 164. 3 Id., ibid., p. 186.