‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 225 sur 327 · ELLES PRODUISENT QUELQUES TROUBLES A REIMS · texte numérisé non relu

ELLES PRODUISENT QUELQUES TROUBLES A REIMS

« Messieurs Soret, de Thillois et du curé de Saint-Brice ». AReims, € aux gras jours » de l’année 1599, les dames de Saint-Pierre-aux- Nonnains « offrent à tous ceuls qui voulaient entrer » un spectacle inouï et que plus d’un homme de bien regretta « pour dames de « telle qualité » ; car elles jouèrent « plusieurs jeux, tragédies et « farces ordinaires, revêtues, déguisées comme est de coutume à « farceurs, baladins et amants selon le rôle des joueurs ! ». Vinrent ensuite, vers l’octave de la Fête-Dieu, « les comédiens » de profession, € baladins, sauteurs et joueurs de passe-passes ». Ceux-ci eurent un succès qui devait exciter d’autres regrets ; car il y avait « plus grande presse » à leurs jeux qu'aux « sermons et audition « de la parole de Dieu? ». Tant il est vrai de dire qu'il n’est si beau ciel qui n’ait à la fin ses nuages. Ainsi viton à Reims, en 16014, les gens de justice et de l'élection disputer le pas à ceux du bailliage pendant la procession de la Fête-Dieu, et jeter le désordre dans les rangs au grand déplaisir du peuple 5. Ainsi les arbalétriers rémois furent-ils troublés par les arquebusiers dans la jouissance de leurs privilèges (1604), après qu’ils eurent « eu joyaux d'argent de grand « prix tirés et mis en jeux par tous les arbalétriers des villes de la « contrée », parmi lesquels s'étaient signalés ceux de Soissonset de Reims #,

$ V.— DE La paix DE Vervins (2 mar 1598) A LA MORT DE HENR1 [V {1% mar 1610).

La paix est menacée par la turbulence du parti protestant, mécontent de l’abjuration du roi. — Conspiration de ce parti. — Il se met en relation avec les puissances protestantes et se donne pour chef le duc de Bouillon. — Henri marche sur Sedan et obtient la soumission de Turenne. —Son entrée et son séjour à Reims, —Il y conquiert tousles cœurs. — Profonde affliction de la Champagne à la nouvelle de sa mort. — Principaux acteurs de la lutte religieuse qui l'ont précédé dans la tombe.

La paix elle-même devait être un instant menacée par la turbulence du parti protestant. Les dissidents n'avaient pas vu sans défiance l’abjuration du roi ; ils avaient aussitôt renouvelé à Mantes,

! Pussot, ann. 1598 et 1599.

2 [d., ibid.

Ils renouvelèrent ce scandale l’année suivante (Id., 1601-1602).

‘ Id., 1604.

CO

vers la fin de 1593, leur ancienne union, et se réunissant ensuite (juin 1594), non pas en synode, mais en assemblée générale dans la ville de Sainte-Foy, ils avaient divisé la France en neuf grandes provinces ou cercles, composés chacun de plusieurs gouvernements ou provinces du royaume, ét établi dans chaque cercle un conseil particulier, chargé de fixer et de répartir les impôts, de tenir sur pied les gens de guerre, d’amasser les munitions nécessaires au maintien et à la défense du parti. La Champagne formait le second cercle avec la Picardie, Sedan et le pays Messin. C'était un Etat dans l'Etat.

Forts de ces dispositions et des embarras du roi en 1595, ils en étaient venus jusqu’à lui offrir, dans Saint-Quentin, de mettre à sa disposition une armée nombreuse et bien payée, s’il consentait « à « Ce que ceux qui avaient des gouvernements par commission les « pussent posséder en propriété, en reconnaissant les tenir de la « couronne par un simple hommage-lige ». Au nom de la liberté de conscience, une poignée de factieux osait proposer à la royauté d’anéantir six siècles de progrès politiques pour se remettre avec la France à la merci d’une noblesse batailleuse, en souscrivant à la transformation des gouvernements en fiefs.

Vainement, au mois de novembre 1594, Henri leur avait-il garanti par l’édit de Saint-Germain les avantages de celui de Poitiers (1577) ; vainement, dix jours avant le traité de Vervins, leur avait-il donné l'Edit de Nantes, au risque de soulever contre soi la réprobation des villes menacées de l'établissement d’un prêche. Car, en se soumettant à Henri IV, elles avaient généralement, comme la plupart des seigneurs, fait leurs réserves en faveur du culte catholique, et réclamé l’exclusion du protestantisme. Les articles secrets de l’édit (XE) avaient en particulier, conformément au traité obtenu par le duc de Guise, consacré cette disposition, en statuant que « l’exer- « cice de la religion prétendue réformée ne pourrait être fait ni « établi dans les villes et faux-bourgs de Reims, Rocroy, Saint- « Dizier, Guise, Joinville, Fimes et Moncornet ès Ardennes ». Mais, en stipulant (XXXII:) que cet exercice aurait lieu sans délai dans toutes les localités qu’en leurs contrats de reddition les possesseurs catholiques n’avaient pas songé à préserver de l'invasion des huguenots, l’édit avait fait à la conscience des fidèles une violence morale contre laquelle ils devaient s'élever ; et ils protestèrent, en

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