ÉDIT DE NANTES. — AGITATION PROTESTANTE
effet 1, préférant à la liberté religieuse qu’on entendait leur imposer l’antique unité de la foi des ancêtres. Chälons, en particulier, décida, le 10 mai 1599, qu'on s’adresserait au roi pour obtenir que ceux de la R. P. R. n’eussent « aucun exercice en ladite ville et « faulx-bourgs ni ès environs d’icelle ».
Il fallut envoyer des commissaires spéciaux afin d'entendre et juger les réclamations des parties, et établir les prêches dans les campagnes, impuissantes à les repousser. Celui de Provins fut fixé à Fontaine-Riante ; celui du bailliage de Vermandois à Crespy près Laon ; celui de Châlons à Combartrix (Compertrix), «en la portion € qui est en la haute justice du roi, et non en celle de Monsieur « lévêque » (16 septembre)”, à moins, écrit le roi, le 7 octobre, au duc de Nevers, que « l'évêque et les habitants n’aiment mieux « accorder le lieu de Vinetz », ce qu'ils ne firent ; celui de Vitry provisoirement à Vitry-la-Brüûlée, ceux de Meaux à Chermont et à Moressart (Morcerf). Ay, qui comptait un certain nombre de calvi-
1 Les prédicateurs tonnèrent si bien dans le diocèse de Châlons que le roi dut leur faire signifier par l’évêque d’avoir à se renfermer dans l'exercice de leurs devoirs spirituels sans se mêler des affaires publiques (Paris, 47 février 1599. Arch. dép., série G 91, f° 448).
? Ce fut ainsi réglé parles soins de M. de Montlouis et du président Jeannin, qui avaient été envoyés à cet effet à Châlons, et qui reçurent, le 1% septembre, les réclamations du conseil. Ils avaient proposé Fagnières ou Compertrix, et le conseil avait fait observer « que lesdits villaiges ne « sont du bailliage de Vermandois, mais ledit Compertrix du bailliage de « Sens et ledit Fagnères de Vitry, usant chacun à leur regard des cou- « tumes du bailliage où ils sont assis et contribuans aux convocations de « Parrière-ban et aultres assemblées généralles desdits bailliages ; que les « dits villages appartiennent à seigneurs catholiques, et sont distans « seullement d'un quart à demi-heure de la ville de Chaalons ;... que « coustumièrement les habitans d’icelle ville se vont récréer esdits vil- « laiges, mesmes ès jours ensuyvans les festins des nopces, festes des « artisans et aultres jours de récréation, esquelz ils chantent et dansent « comme bon leur semble, avec tambours, violons et autres instruments « ef que advenant que esdits jours ceux de la dite R. P. R. y fissent « exercice ou assemblée, serait une occasion notoire de scandale et de « contention... » (13 sept.). Un arrêt du conseil d'Etat du 12 février 1600 transféra l'exercice du culte protestant de Compertrix à Fagniéres.
nistes, dut les laisser ouvrir un prêche (10 novembre 1599) ; mais, sommés avec menace d'assister à la prise de possession, le maire et les échevins firent défaut, et s’en excusèrent auprès du roi, en se retranchant derrière la liberté de leurs opinions religieuses, où, père tendre autant qu'ami de ses sujets, il n’entendait sans doute pas les contraindre. Henri IV admira leur courage et n'’insista pas, bien convaincu que la magnanimité de leur conduite était le plus sûr garant de leur dévouement à sa personne ?.
Mais de toutes ces difficultés les protestants n’avaient nul souci, non plus que de l’édit avantageux qui les suscitait au roi. Pour ces hommes qui auraient dû s’estimer heureux de n'avoir plus à redouter la persécution, les concessions que leur faisait cette charte n'étaient d'aucun prix, du moment qu’elle ne leur donnait pas l’indépendance. Ilne leur manquait, pour yatteindre, qu’un stathouder huguenot à opposer au roi de France. Ils le trouvèrent dans un prince qui devait tout à Henri, dans le duc de Bouillon, qui, peu content d'abandonner son bienfaiteur et son roi au moment le plus critique de ses affaires, se mit bientôt en relation ave l'Angleterre, la Hollande et l'Allemagne ?.
Décidé à couper court au désordre, Henri mit sur pied une armée de 25,000 hommes, appuyée d’une formidable artillerie de 50 canons, et s’avança vers Sedan (mars 1606). Bouillon avait cru pouvoir l’attendre, pensant être soutenu par son parti, mais personne ne bougea, et convaineu de l’inutilité de la résistance, il vint trouver Henri à Donchery, le 2 avril, et fit sa soumission, remettant sa principauté à la discrétion du roi, qui la lui rendit généreusement, et fit son entrée à Sedan le 6 avril.
C’est en se rendant vers cette place, que, le 24 mars, Henri IV visita Reims pour la première fois. Il avait déjà fait cet honneur à d’autres villes de la Champagne, à Troyes*, Châlons ‘, Epernay,
1 Hist. d'Epernay, par Kiévet, p. 208, et Mémoires manuscrits de Bertin du Rocheret (Biblioth. d'Epernay). — AHist. de Meaux, p. 310, — de Châlons, p. 225 et 226, — de Provins, p. 197.
2 V. Poirson, t. [°r, sur les agissements des huguenots.
3 Le 30 mai 1595. V. ci-dessus, p. 429, n. 1.
4 Fin février 1603 en dernier lieu ; il était accompagné de la reine, qu’il avait épousée trois ans auparavant. Il n'avait pas manqué alors de faire