ASSASSINAT DE HENRI IV
seigneurs de sa suite émerveillés : « Retirez-vous, vous qui avez déjà « vu ; laissez-voir à Messieurs les chanoines ». «Il adore la croix en « se traînant sur ses genoux, d’une grande longueur, suit la pro- « cession de Pâques dès huit heures du matin; en ce bon jour, « entend messe basse et messe haute, communie solennellement au « grand autel, touche les écrouelles à 600 malades! ».
Ces pieuses observances ne lui font pas oublier les intérêts de la ville et de l'Etat : s’il visite les églises et les monastères en compagnie du P. Coton, son confesseur, il ne manque pas d’inspecter avec ses conseillers les fortifications. Il prête une oreille bienveillante au désir que lui expriment l’archevèque et les notables de voir la jeunesse rémoise élevée par les Jésuites, et la veille de son départ (26 mars), il autorise ces religieux à établir un collège dans la ville, pour y enseigner les « bonnes lettres, tant d'humanité, philosophie, « que théologie? ». Aussi, quand il quitta Reims, le lundi de Pâques, les acclamations du peuple furent telles qu’il s’écria dans un joyeux étonnement : « Je ne croyais pas que ce peuple me portât tant « d'affection ? ».
Cette affection, qui était celle de la province entière, ne fit que s’accroître avec les bienfaits de l'administration de Henri IV, et lorsque la Champagne apprit la mort de ce prince, tombé le 14 mai 1610 sous le poignard de Ravaillac, elle le pleura amèrement.
1 Henri, p. 388.
2 V. les lettres patentes dans Marlot, t. IV, p. 511. Elles rappellent que les jésuites (qui avaient été bannis de France en 1594) y ont été rappelés par l'Edit du mois de septembre 1603, mais sans pouvoir y tenir collège ailleurs que dans les « lieux contenus audit Edit », sans l’expresse permission du roi.
3 Marlot, t. IV, p. 507, en indiquant deux visites de Henri IV, lune avant, l'autre après la soumission de Bouillon, les confond, en plaçant la première au 24 mars, et la seconde au mois d'avril pendant la semaine sainte. Pâques tomba en effet, en 4606, le 26 mars, et non le 26 avril. Henri, plus explicite et plus correct, place la seconde visite 15 jours après la première, par conséquent vers le 10 avril, mais il ne dit rien qui Sy rapporte, sans doute parce que le roi, qui regagnait Paris, ne fit alors que traverser Reims en compagnie de la Reine cet du duc de Bouillon,
réconcilié.
Avant Henri avaient disparu de la scène les principaux acteurs du grand drame qui, après avoir pendant quarante ans affligé la France, s'était enfin dénoué si heureusement pour le salut de la foi catholique. Pour ne citer ici que les personnages dont nous n'avons pas signalé la fin dans le cours de notre récit, nommons le duc de Nevers, mort le 22 octobre 1595, l’un des plus grands capitaines de son temps, selon le jugement de Brantôme, et, au témoignage de d’Aubigné, « meilleur Français que les Français mêmes ». Il laissa le gouvernement de la Champagne à son fils, Charles de Gonzague, duc de Nevers et de Mantoue, qui jeta, en 1606, les fondements de Charleville sur l'emplacement du bourg d’Arckes, dont le pont qui conduit de la nouvelle ville à Mézières a retenu le nom.
De Rosne, tué (fin juillet 1596) devant Hulst au service de l’Espagne, qui, appréciant ses mérites militaires, se l'était attaché après la soumission de Mayenne.
Madame de Montpensier, sœur du duc, qui, morte à Paris le 6 mai 1596, après avoir, pendant la ligue, donné carrière à l'humeur « deson esprit malin, brouillon et tempestueux * », fut, le 21 juillet, amenée à Reims, et « convoyée honorablement » le lendemain « avec « les solennités requises en l’église de Saint-Pierre-aux-Nonnains, « où elle fut inhumée » le 233.
Le célèbre jurisconsulte troyen Pierre Pithou, l'un des plus zélés partisans de Henri IV, dont il suivit l'exemple en revenant à l'Eglise catholique, et l’un des collaborateurs les plus actifs de la satyre Ménippée, mort à Nogent-sur-Seine le 1 novembre 1596.
M. de Dinteville, mort au mois d'octobre 1607, après avoir donné à ses contemporains l’exemple d’une vie tout entière consacrée à la défense de la royauté et à la protection des intérêts de la Champagne.
Ajoutons à ces personnages, bien qu’elle n’ait rien eu de militant, Madame Renée de Lorraine, fille de Claude de Guise et d’Antoinette de Bourbon, «très ancienne dame et abbesse de Saint-Pierre-
1 Mayenne survécut à Henri IV 18 mois environ, étant mort à Soissons le 4 octobre 1611.
? L’Estoile.
3 Pussot.