‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 227 sur 327 · VISITE DU ROI À REIMS. LA · texte numérisé non relu

VISITE DU ROI À REIMS. LA

Sainte-Menehould (mars 1603), charmant tout le monde par les heureuses saillies de son esprit et ses joyeuses gasconnades, louant la fidélité des uns, la soumission des autres'. S'il n'avait pas visité Vitry ?, il lui avait du moins accordé, par arrêt du 9 octobre 1603, un échevinage en échange des gouverneurs qui, depuis 1230 *, administraient les biens de la ville et approuvaient les comptes sous la surveillance de l’autorité judiciaire. François [æ, disait-il dans le préambule de ses lettres patentes du même mois, n'avait pu songer à doter Vitry de « magistrats populaires », à cause de la dépopulation du pays, de la misère des temps et de l’état encore informe de la cité naissante ; mais le moment était venu d’en accroître « l’ornement et « décoration particulière », en y établissant 4 échevins et 5 conseillers avec un procureur syndic, un greffier et deux sergents de ville élus en assemblée générale # L'institution ne pouvait manquer de profiter au bien publie en même temps qu’ « à la seureté et conser- « vation de la ville 5 ».

Ces faveurs et ces préférencesavaient excité la jalousie des Rémois, et ils avaient exprimé le désir de « ne pas être exclus de la présence

part aux Châlonnais de l’alliance qu’il allait contracter avec la nièce du grand-duc de Toscane ; mais en même temps il les priait de contribuer aux dépenses de son mariage pour la somme de 8,000 écus (Lyon, 27 juillet 1600). Arch. mun. AA 8.

1 [Il s'arrêta à Sainte-Menehould, comme il allait à Metz. Sur le point d'arriver : « Je vais entrer, dit-il à la reine, dans une petite ville qui a fait des actions signalées pour mon service ». Une fois dans la ville il déclara ne vouloir pas d’autres gardes que les bourgeois. Le jour de son départ, à son lever, ayant demandé au bourgeois qui stationnait à sa porte quel temps il faisait : « Sire, lui répondit celui-ci, il mouzine. — Que veut-il dire? reprit le roi. — Il bruine », dit un courtisan. Chemin faisant, la bruine s’était changée en une grosse pluie : « Retournez, mes enfants », dit-il à l’escorte, « il mouzine trop fort ». Mais les miliciens voulurent aller jusqu’à la côte des Chalaïides.

2 ]J1ne devait y passer que le 11 avril 1608, en revenant de Metz.

3 Epoque à laquelle Vitry reçut sa charte de commune.

# « Celui des échevins qui serait premier élu... devait présider au conseil de ville, et en son absence le second, et ainsi consécutivement ». Ils étaient élus pour deux ans, les conseillers pour quatre.

5 Notice sur la création de l’échevinage de Vitry-le-François d'après des documents inédits, par G. Hérelle, Vitry, 1882.

« royale ». Le calme le plus profond régnait dans la ville. Les capucins, dont les prédications enflammées y avaient entretenu le zèle des ligueurs, avaient dû quitter, en 1596, Ze collège des Ecrevés, où le doyen Frizon les avait installés pendant les troubles, et abandonner même la ville de Reims, le 18 mars 1597. Frizon, exilé comme eux dès 1595, était allé mourir à Verdun (janvier 1596) auprès de son ami Morus (Hubert Meurier), qui s’y était retiré dès le mois de juin 1595 ; et celui-ci, dont la voix éloquente avait si longtemps retenti en faveur de la religion, s'était éteint à Saint-Dié depuis quatre ans (10 mai 1602) . Enfin Reims se souvenait que, le 30 mars 1600, le roi, par un arrêt du conseil, avait confirmé aux villes de la province de Champagne les « exemptions et affranchissement « de toutes tailles et crues dont elles avaient ci-devant joui par « concessions de ses prédécesseurs rois », à la seule charge pour elles de payer l'imposition du sol pour livre, à savoir : la ville de Troyes, comme capitale de ladite province ; Reims, pour la considération du sacre des rois de France ; Langres, Châlons, Chaumont, Saint-Dizier et Mézières comme villes frontières.

Quand le roi se rendit aux prières des Rémois, ils lui firent, ainsi qu'à la reine qui l’accompagnait, une « entrée aussi affectueuse et « somptueuse que possible ». C'était le mercredi de la semaine sainte (22 mars 1606). IL y avait là pour Henri une occasion singulière de manifester sa foi, et il édifia véritablement les fidèles et le chapitre par le pieux recueillement avec lequel il suivit les cérémonies de l’église de Reims, qui lui parurent les plus belles du monde, encore bien que l'archevêque n’officiât point ; car Philippe du Bec étant mort le 10 janvier 1605, son successeur, Louis de Lorraine, frère du duc de Guise, qui lui avait été donné pour coadjuteur en 1601 (janvier), n’était pas prêtre et ne devait jamais l’être?. Henri « ne manque pas un seul exercice religieux important ; il lave « les pieds à treize pauvres petits enfants », et, ce faisant, il dit aux

! Hubert Meurier était d'Amiens, comme il le dit dans sa vie latine (Collection de Champagne, t. CXXII, p. 90).

2 Il avait cependant alors environ 25 ans, et était abbé de huit monastères ; mais il préféra l'épée à la crosse, et abandonnä l'administration de’ son diocèse à des vicaires-géntraux. 11 mourut, en 1621, d’une pleurésie, sous les murs de Saint-Jean-d’Angely.

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