‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 231 sur 327 · LUXE GÉNÉRAL. AU · texte numérisé non relu

LUXE GÉNÉRAL. AU

Mais, pour être terribles, les leçons de la Providence n’éclairaient pas davantage la nation. Les grands ne paraissaient avoir d’autre souci que de tirer du malheur publie un profit scandaleux. Les uns couraient après l'argent, les autres après les vanités mondaines, et tandis que le gentilhomme portait la dévastation dans les campagnes, des prêtres, après avoir été obligés, pour échapper à la persécution huguenote, « de ne plus porter par les champs l’habit clérical, « ni les longs cheveux, ni la couronne, ni la barbe rasée, ni aultre « marque qui enseignast qu'ils fussent prêtres... !», en venaient à se faire interdire leschapeaux à la mode des huguenots, et les indécentes chausses à grosses bottes ?.

Un luxe effréné, que les lois somptuaires de 1543, 1547, 1549, avaient été impuissantes à réprimer, s'était répandu jusque dans les rangs de la magistrature chargée de les appliquer. On s'était plaint, aux états d'Orléans de 1561, « de la superfluité et somptuo- « sité des habits de gens de justice, qui surpassaient », dit un orateur du Tiers?, «toutes les efféminations des Asiatiques et des anciens « Sybarytes » ; et, le 22 avril de cette année, un édit avait été rendu sur la réforme des habits, mais il n’avait pas été mieux observé que les précédents, et il avait fallu interdire aux tailleurs de faire habits plus riches que ne le voulait l'ordonnance, sous peine, pourla première fois, de 200 livres parisis d'amende, et pour la seconde, d’une double amende et du fouet (17 janvier 1563). Précaution superflue ! Les diverses classes de la société ne tendent pas seulement à se confondre dans les jouissances du luxe ; non-seulement dans chaque classe on renchérit les uns sur les autres, mais les titres de noblesse mêmes sont indignement usurpés par les roturiers#. « Les simples gentilshommes, dit l'ordonnance de juillet « 1576, se montrent autant superbement parés, comme s'ils étaient « dues ou barons, et les roturiers et commun populaire font telle

1 CI. Haton, 1561, t. 1°", p. 129.

2 Cest la défense que faisait, le 24 avril 1564, le chapitre de Saint- Urbain aux vicaires et aux prêtres habitués de l’église. (Boutiot, t. IL, p. 586.)

3 L'avocat Lange, de la Guyenne.

# « L’artisan imite le marchand, le marchand tranche du gentilhomme, et le gentilhomme désire être prince. » (Cahier d’'Ervy en 1576, dans les Arch. municipales de Troyes, BB, 16.)

« dépense de leurs habits, qu'ils sont contraints de survendre leurs « marchandises. Il n’y a dès à présent aucune distinction entre les « roturiers et les nobles », et il n’est pas rare de voir des personnes qui n’ont pas été ennoblies, « prendre et usurper le titre de no- « blesse, soit en leurs qualités ou en habillements. Ce que nous « leur avons inhibé et défendu, inhibons et défendons, et même « aux femmes desdits non nobles, de porter l’habit et accoustrement de damoiselles et atour de velours, sous peine de l'amende de mille éeus » et de la confiscation des habits. «Mais », dit Claude Haton, « malgré les défenses et les peines portées dans cet édit, « les noveaux gentilshommes et damoiselles, enfans de tanneurs et « marchans des villes, n’ont voulu rabaisser leur essort ni quitter « leur velours et habits noveaux, et si n’ai point ouy dire qu'ils « ayent payé les mille éeus d'amende », ce qui leur eût été du reste assez difficile, car « aulcuns n’avaient vaillant deux mille sous « tournois, leurs debtes payées !.» Les femmes nobles ne se distinguaient plus des riches bourgeoises que par le masque et le chaperon de velours noir. C'était dans tous les rangs le même corsage étroit, les mêmes paniers et vertugadins, les mêmes étoffes, les

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