USURIERS, TRÉSORIERS INFIDÈLES
punis, car les soldats qu'ils avaient à loger commencèrent à faire main basse sur la volaille et brisèrent les meubles. On crut les arréter en leur donnant de l'argent, on ne fit que les rendre plus avides: ce n’était d'abord qu'un teston !, puis deux, puis trois, suivant leur appétit ; à la fin il fallut les gratifier d’un écu par homme, sous peine de voir rompre « tables, banes et torteaux, couches, coffres « et escabeaux ? ».
Un tel luxe supposait, en effet, la possession de la fortune, et il est vrai de dire qu'au milieu des troubles il s’en était édifié par les moyens les moins avouables. L'argent était devenu l'objet de la convoilise générale, etil n’était sacrifice auquel on ne fût prêt pour l’acquérir. Les usuriers s'étaient accrus au point qu'il fallut faire « mandement (20 janvier 1567) pour la recherche et la poursuite » de ces sangsues d’un nouveau genre. Plusieurs commissaires furent nommés à cet effet dans les provinces, et Michel Alexandre, de Villenauxe-la-Grande, eut en partage la Champagne. Il fit emprisonner et condamner divers usuriers à Provins, Villenauxe, Meaux, Château-Thierry, Epernay, Châlons, Reims, Troyes, Pont, Nogent, Bray, Montereau, Melun ; mais, pour dire vrai, à rançonner les personnes contre lesquelles des plaintes étaient portées, il gagna plus qu'il n’enrichit le Trésor en poursuivant les suspects; car on ne rendait point aux victimes l’argent saisi ; il était absorbé par les frais de justice *.
Ainsi en fut-il de la recherche des trésoriers infidèles, dont quelques-uns « furent pendus et étranglés comme larrons des deniers du « roi » ; d’autres s’enfuirent et sauvèrent ce qu'ils purent pour éviter les coups de la justice ; d’autres furent jetés dans les prisons, où ils languirent plus ou moins longtemps, victimes parfois de l’imprudence qu'ils avaient eue de ne point tirer quittance des deniers levés en leur recette par de grands seigneurs, par la reine-mère elle-même t,
La cour donnait, en effet, l'exemple du gaspillage des revenus de l'Etat. Elle les dissipait en fêtes et divertissements, et Catherine de
! Le teston valait alors 15 sols t. ; l'écu 60 s. (Pussot, ann. 1578). ? CL. Haton, ann. 1562, t. I, p. 279 et 280.
8 Id'; ibid, p. 414.
4 1d., ibid., p. #3.
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