‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 242 sur 327 · CRÉATION DU CORPS DU GÉNIE. — CONCOURS DE TIR · texte numérisé non relu

CRÉATION DU CORPS DU GÉNIE. — CONCOURS DE TIR

Claude Chastillon ‘montrait une aptitude particulière à reconnaître le point faible d’une place, et concourait puissamment au succès de l'attaque, soit en écrasant de feux plongeants les garnisons et les ouvrages de l’ennemi, soit en substituant les feux d’écharpe et de revers aux feux directs, seuls employés jusqu'alors. Les services de cet ingénieur le signalèrent particulièrement à l'attention de Sully, et lorsque furent créées les charges de contrôleur et de directeur du corps du génie, le premier directeur nommé fut Chastillon, dont le département comprit la Champagne et la Brie avec les trois évêchés. Sous les ordres de Sully, Chastillon, quand fut résolue la guerre contre la maison d'Autriche, travailla à fortifier la frontière de l’est, et nous voyons par l’état de la dépense faite, en 1609 seulement, aux réparations et fortifications-des villes et places de la Champagne, qu'il fut payé pour cet objet à M. Pierre Veillart, trésorier, la somme de 104,000 livres ?. Il avait été, en 1606, chargé par Sully de dresser le plan de Sedan, dont le roi méditait le siège, etil avait assisté avec plusieurs seigneurs et l'ingénieur Errard à la conférence que tint Henri à l’arsenal sur les moyens d'attaquer cette place ÿ.

1 Claude Chastillon a été confondu par tous nos biographes ef même par M. Poirson (Cf. p. 355 et 356), avec François de Coligny de Chastillon, fils de Gaspard, que distinguaient également de sérieuses connaissances en mathématiques, ef qui, en construisant au siège de Chartres (1594) un pont de bois couvert, détermina les ennemis à capituler. Or, nous savons par Palma Cayet (t. Ier, livre II, p. 269) et de Thou (t. XI, p. 451) que ce Chastillon mourut de maladie, octobre 1591, peu après le siège de Chartres « en sa maison qui est sur la rivière de Loin », tandis que Claude Chastillon, ainsi que nous l’apprend son épitaphe, qu’on lit en l’église Notre- Dame de Châlons, mourut en cette ville « le 27 avril 1616, aagé de cin- « quante-six ans », « après avoir heureusement et courageusement em- « ployé ses inventions mathématiques aux fameux sièges de La Fère (*), *« Laon (*) Amiens (**), Montmélian ( l’intéressante Biographie chälonnaise de M. Lhote, cette inscription, qui a

*}. » On peut voir du reste dans

été étrangement altérée par l’auteur des Pierres tombales de nos églises. () 1596. (MISE ()215972 (**) 1600.

? Poireon, t. Il, p. 374, note.

3 Mém. de Sully, t. XVII, p. 139, de la collection Michaud et Pou-

joulat.

On comprend que, si la guerre eut pour effet naturel d’entretenir l'activité des compagnies d’arbalétriers et d’arquebusiers!, elle dut entraver leurs relations de ville à ville. Nous voyons bien, en 1579, les arquebusiers de Provins s’en aller, au mois d'août, joûter avec ceux de Coulommiers, et le 22 du même mois les arquebusiers de Rosoy-en-Brie venir à Provins, « pour tirer à la butte » contre ceux de cette ville?. Mais ce ne fut véritablement qu'à la fin des troubles que ces concours de tir se multiplièrent et se célébrèrent, en certaines villes, avec un grand éclat. Reims, qui en avait déjà eu un en 1604, en ouvrit solennellement un autre le 24 juin 1607, sous Ja présidence du lieutenant des habitants, « qui était pour cette année « noble homme Eustache de la Salle ». On y avait « convié les « chevaliers arquebusiers de toutes les villes des environs... à la « distance de Parys et plus ». Ils étaient «en tout troys cent quatre», et les joyaux proposés, consistant en vaisselle d'argent, montaient environ à 800 éeus. Les chevaliers de Reims avaient déjà gagné le prix de la première des six allées, quand une balle, ricochant, vint tuer rède un jeune garçon : le jeu en fut tout troublé, et l’on dut en remettre au lendemain la continuation. Ce jour-là la fortune favorisa « ceux de Sézanne en Brie », etce futun chevalier de leur compagnie, nommé Bouillon, qui gagna définitivement le prix de la première allée, « qui estait un plat d'argent vallant environ 192 I. t. ». Le coup était unique, car la balle avait frappé « la petite broche du « mittan du noir » ; aussi bien fut-il récompensé par Le plus signalé joyau. Les autres vainqueurs furent, pour la seconde allée, les arquebusiers de Châlons : pour la troisième, ceux d'Epernay ; pour la quatrième, ceux de Château-Thierry ; pour la cinquième, ceux de Compiègne ; pour la sixième, dit Pussot avee une sorte de fierté, € mon fillieu, Jehan Forzy, de la compagnie de ceux de Reims ». Les uns et les autres célébrèrent joyeusement leurs triomphes. € Mais il ÿ en eut des mal contens qui ne gaignèrent rien, estant « condampnez aux despens. Et s’en retournèrent plusieurs bandes « l’enseigne replyée sur l’espaule, et le tambour au dos et sans

! Elle donna même naissance à quelques compagnies, comme celle de Chaumont, dont le premier règlement date de 1599. (Jolibois, Æist. de Chaumont, p. 185.)

? Haton, t. If, p. 1001.

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