‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 251 sur 327 · LIBÉRALITÉ DE DINTEVILLE EN FAVEUR DU COLLÈGE DE TROYES · texte numérisé non relu

LIBÉRALITÉ DE DINTEVILLE EN FAVEUR DU COLLÈGE DE TROYES

n’y aura plus à Troyes que deux collèges où la grammaire sera enseignée, et que les maîtres d'école seront tenus désormais de se renfermer dans les limites de leur modeste programme : l'établissement de la ville continue de péricliter, affaibli qu’il est par la gravité croissante des troubles, l'invasion de la peste et les progrès désastreux de la misère. Il ne faut pas moins que la fameuse ordonnance d'Orléans (janv. 1561) et les avantages qu’elle assure aux villes jalouses de posséder un précepteur d'école gratuite pour ranimer la confiance du conseil. Dans la Grande Rue : se trouvait une belle et bonne auberge où pendait l'enseigne de la Zécorne : on résolut de l’exproprier pour la transformer en collège, et, après l'avoir un moment louée, on l’achetait, le 24 novembre 1564, au prix de 3.600 1. Mais à peine le nouvel établissement est-il ouvert que la guerre civile éclate pour ne prendre fin qu’avee le siècle. Vainement la ville presse-t-elle les chapitres de Saint-Etienne et de Saint-Pierre de concourir à l'entretien du collège ; les chapitres n’entendent lui sacrifier aucune de leurs prébendes. Les classes se vident, et les principaux ne se succèdent que pour se retirer découragés.

Dinteville qui était dévoué aux Troyens, s'émeut de cette situation et, tandis que Mme de Dinteville consacrait une partie de ses biens à la construction d’un hôpital sur sa terre de Bourguignons (1598), il arrache au chapitre de Saint-Etienne la promesse de la première prébende vacante et se fait octroyer un terrain adjacent au collège pour l'érection d’une chapelle. Puis, comme les Troyens se hasardaient à lui faire observer qu'un hôpital en ras pays était bien exposé au milieu des troubles du royaume, et qu’il ferait œuvre plus durable et d’un intérêt plus général en attribuant cette donation à la complète restauration de leur collège, Dinteville prête l'oreille à leur vœu, et ne met à la satisfaction de leur désir que trois conditions : l'établissement s’appellera Collège Dinteville ; il recevra des enfants pauvres « en la forme de bourciers des grands collèges de « Paris », et le principal comme les régents ne pourront être élus sans l’adhésion du fondateur.

Bientôt transformé et agrandi, le collège ouvre ses portes à la jeunesse (1601). La ville a pris en sa faveur la résolution de fermer les maisons particulières où l’on professait la grammaire. Aussi

1 Aujourd'hui rue de l'Hôtel-de-Ville.

prospère-t-il rapidement. Il comptait déjà près de 300 élèves, quand survinrent les Jésuites qui manifestèrent l’intention de le posséder (1603). Hs avaient pour eux l’évêque nommé de Troyes, René de Breslay ; mais, comme on le verra plus loin, ils devaient se heurter et se briser à un obstacle infranchissable !.

En 1591, «le quinzième jour de may », le célèbre poète Amadis Jamyn, après avoir, en 1584, donné à Chaource une maison, afin d'y « faire un collège pour enseigner et faire instruire les enfants « dudit Ghaource et autres lieux, et sans que ledit logis puisse estre « appliqué à autre effet, sinon pour loger un régent et instruire les « dits enfans », léguait à cette ville 1,200 écus, devant produire 100 éeus ou trois cents livres de rentes, et dont une moitié sera donnée à titres de gages « à un homme docte et capable qui s’habituera et « résidera audit Chaouree et y tiendra les écoles publiques », et qui « sera tenu bien et deuement instruire etfaire instruire la jeunesse « tant aux bons livres de la langue latine et grecque que autres « instructions ordinaires et accoutumées en un collège, et que un « bon principal et régent d'école peut et doit faire ? ».

Ainsi de toutes parts se faisaient de grands efforts en faveur de l'instruction secondaire de la jeunesse. Cependant l'instruction primaire n'était pas l’objet d'une moindre sollicitude. Les états d'Orléans (1560) avaient réclamé une taxe sur les bénéfices ecclésiastiques, «pour raisonnablement stipendier des pédagogues et gens « lettrés en toutes villes et villages pour l’instruetion de la pauvre « jeunesse, et, ajoutaient-ils, seront tenus les pères et mères, à « peine d'amende, d'envoyer lesdits enfants à l’école, et à ce faire « seront contraints par les seigneurs ou juges ordinaires ». C'était déjà l’enseignement obligatoire avec sa sanction pénale. Mais il appartenait au concile de Trente d’intéresser les consciences chrétiennes à la prospérité des intérêts intellectuels de l’enfance. «Que « les pauvres écoliers soient enseignés gratuitement. Que les évè- « ques contraignent, violentent, et que l’enseignement soit donné »

! NV. l'Enseignement secondaire à Troyes du Moyen-äge à la Révolution par G. Carré, et ci-dessous Livre quatrième, chapitre II.

2? Arch. de l'Aube, D. 1 (liasse), et Voyage paléographique dans le département de l'Aube, p. 63, 90 et sq. — Amadis Jamyn mourut à

Chaource Le 41 janvier 1593.

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