SOINS DONNÉS A L’INSTRUCTION DE L'ENFANCE. AS
(session Ve). «Que les enfants pauvres soient admis de préférence « dans les écoles, sans exclure ceux des riches » (session XXII).
Nous avons vu ce qu'avait fait, en 4572, le cardinal de Lorraine, pour répondre à ces généreuses prescriptions. Elles ne furent pas observées moins fidèlement dans les autres diocèses de la Champagne. Mais, en général, l’autorité ecclésiastique dut mettre à les recommander une insistance singulière ; car les troubles religieux avaient amené la désertion et la fermeture de la plupart des écoles, et la barbarie huguenote, en couvrant de ruines la Champagne, avait rendu difficile la restauration de ces établissements.
Relativement au choix des maitres, l'assemblée du clergé réunie à Melun en 1579 avait dit que « la police des écoles n’est pas un « acte de juridiction séculière, et qu'aux évêques seuls et auxautres « personnes ecclésiastiques appartient le droit d'examiner et d'insti- « tuer les maitres et les maîtresses ». Henri IV, en 1606, confirma le principe : « Les régents, précepteurs ou maîtres d'écoles des « petites villes et villages, dit l’article 1% de l’édit de décembre, « seront approuvés par les curés des paroisses ou personnes ecclé- « siastiques ayant droit d'y nommer, et où il y aurait plaintes des- « dits maîtres d'écoles, régents ou précepteurs, il y sera pourvu par « les archevèques et évêques, chacun en leur diocèse ! ».
Quant à l’objet de l’enseignement, c'était la lecture, l'écriture, parfois les éléments de la grammaire et l’art de compter à l’aide de
jetons. I faut entendre ici sur certaines façons d'écrire notre chro-
niqueur rémois. Pussot avait eu pour maître d'école un écrivain établi près du Marché-aux-Chevaux, à l'enseigne au Saint-Esprit, et ledit écrivain, grand partisan de la routine, avait inculqué ses préjugés à son élève. Ainsi, raconte Pussot, « au temps de mon adolescence, estant jeune escolier, n’estait encore l'usage ès écri- « tures d’aulcunes sortes de remarques. On prononçait de même les lettres S et €, employées confusément ; le Æ estait d’un grand « usage, signammentdans Xatherine, Kalendrier ». C'était là, selon Pussot et son maître, la bonne et saine méthode. Mais l'Université de Reims ne l’entendait pas ainsi, et parmi ses régents un certain Pierre Craon, dit le Champenois, travaillait à opérer dans la grammaire et la chanterie une véritable révolution. « Ge signalé régent
1 Recueil des anciennes lois françaises, t. XN, p. 307.
« ne se nommait vulgairement que M. le Né d'Argent, d’aultant « qu'il avait eu le né coupé et en avait un d’argent... Avec ses « complices, il inventa ou du moins augmenta de beaucoup des « façons de remarques inaudictes ès escritures, savoir : parenthèses, « accents, virgules, apostrophes, diffetongues et aultres semblables « remarques ; mit sus la manière de prononcer le C comme CA « (chelum au lieu de celui), osta l'usage de la lettre Æ de tous les « mots, excepté dans Æirie : plusieurs aultres prononciations non « accoutumées, mesme en les quantités de chanterie. Ces nou- « veaultés faisaient grandement renommer Né d'Argent, mais « plusieurs gens de bien s’en formalisaient.. ». Aussi ne plaignit-on pas Né d'Argent, quand il fut mis à mort à Paris comme huguenot (décembre 1561), et Pussot garda-t-il obstinément pour ses inventions une sainte horreur. Il ne fit exception que pour la parenthèse : ce n’était point assez pour rendre son manuscrit d’une facile lecture !.
VIT. Comme les luttes religieuses imprimèrent aux esprits une grande activité, ilen parut qui, dans la restauration des lettres, eurent une part signalée et répandirent sur le déclin du XVE siècle un certain éclat. Pour ne citer que les principaux, rappelons, après ceux que nous avons vus mêlés aux événements, Antoine Fournier, né à Reïms de parents pauvres (1532). Après avoir commencé chez les religieux de Saint-Denis de brillantes études, qu’il couronna à l’Université par la conquête de tous les grades, il arriva par son talent oratoire à une telle célébrité que Henri d'Anjou lui proposa de le suivre en son royaume de Pologne à titre de prédicateur du roi. Mais Fournier préféra s'attacher au cardinal de Lorraine, son bienfaiteur, qui lui procura le titre de primicier de Metz et d’évêque de Basilite (1570). C’est alors que, reconnaissant de l'instruction qu'il y avait reçue, il institua, le 22 novembre 1604, une chaire de théologie à Saint-Denis et six bourses, de 50 livres chacune, pour autant de bacheliers en théologie, dont trois séculiers et trois réguliers. Son neveu, M. Antoine Beauchêne, en exécution desa volonté, gratifia ensuite, par acte du 31 janvier 1643, les facultés de droit et de médecine d’une subvention destinée à l’entretien d’une ou deux
4 V. ann. 1695.