‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 254 sur 327 · SUITE DES ÉCRIVAINS ILLUSTRES · texte numérisé non relu

SUITE DES ÉCRIVAINS ILLUSTRES

actes de l'Union, alors qu’elle exaltait les vertus huguenotes et allait jusqu'à justifier les désordres du roi. C'était, il est vrai, une arme de guerre, et il faut avouer que la profonde habileté de ceux qui l’ont inventée n’a pas été sans quelque influence sur la disposition de beaucoup d’esprits à accepter les événements qui suivirent.

Pierre de Larivey (4550-1612), « chanoine en l’église royalle et « collégiale de Saint-Etienne de Troyes », a laissé un certain nombre de comédies, qui, inspirées en grande partie par le théâtre italien, ont exercé sur la scène française une influence signalée par les emprunts que leur ont faits Molière et Regnard.

Amadis Jamyn, de Chaource, publia, en 1575, des poésies où l’on trouve de la facilité et du naturel. Il était l’ami de Ronsard, et fut secrétaire et lecteur ordinaire des rois de France. C’est Amadis Jamyn qui, dans un sonnet où il se propose de venger les Champenois du reproche d’ignorance et de simplicité, après avoir opposé à leurs détracteurs le caractère du Manceau et du Normand, explique ainsi celui de ses compatriotes :

La piété, Sarmoise, errant par l'univers, Après avoir laissé mille peuples divers, Planta ses derniers pas au païs de Champagne.

Le vice, extrême ailleurs, y naist tant seulement. S'ils n'aiment les procès que la fraude accompagne, Cest faute de malice et non d’entendement.

Nawvières (Charles de), né à Sedan le 3 mai 1544 et mort à Paris le 15 novembre 1616, s’est distingué, comme poète, par la fécondité de sa verve plus encore que par le mérite de ses vers. On a de lui, entre autres ouvrages, un poëme historial en cinq chants, a Renommée, où il célèbre le mariage et le couronnement de Charles IX, et un poëme manuscrit de la Zenriade, en seize chants, que les encouragements du héros et les louanges de la Pléiade n'ont pu sauver ni de la mutilation ! ni de l'oubli; car la poésie de Navières était en général « si rustique et si barbare, dit Colletet, qu'il paraissait bien « qu’elle se sentait du voisinage de cette obscure forêt des Ardennes

1 Le poëme ne contenait pas moins de 20,009 vers : sur seize chants,

il en manque six totalement.

« où il avait pris naissance ». Après avoir embrassé le protestantisme, il suivit l’exemple de Henri IV, en l’abjurant pour revenir à la foi de ses pères.

L'imprimerie, qui promet aux œuvres de l'esprit humain l’immortalité, les répandait alors avec profusion. Jean Oudot, qui était venu s'établir à Troyes vers 1592, à l’enseigne du Caapon d’or couronné, appliquait, en 1596, toutes les ressources de son art à l'édition princeps de Phèdre, dont l'éditeur, Pierre Pithou, eut à peine le temps de corriger les épreuves et d'adresser quelques exemplaireS à ses amis. Oudot entreprit ensuite la publication de cette fameuse Bibliothèque bleue, qui, en introduisant jusque dans les chaumières les vieux romans de la Chevalerie et de la Table Ronde, les naïves légendes des saints avec moralités et complaintes, et cent petites pièces où à la gaieté la plus franche s’allie l'attrait de la vignette, devait acquérir une si grande popularité. Mais ce ne fut véritablement que sous son fils Nicolas Oudot que commença, avec le XVIIe siècle, l'impression des livres destinés au colportage. — A Reims, Bacquenois avait eu pour successeur Jean de Foigny, qui, avec l'autorisation et la recommandation du cardinal de Lorraine (1572), publiait pour les fidèles un Choix d'épistres et d'évangiles traduits par Nicolas Chesneau, et les petits livres du P. Edmond Auger de la société de Jésus, destinés aux écoles'. Près de vingt ans plus tard, le conseil de ville associait ses presses à la lutte de l'Union contre Henri, en décidant, le 3 avril 1591, qu'il serait mandé « à la veuve « J. de Foigny d'imprimer un cent du discours de M. l’archidiacre

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« Brulart sur l'incapacité du roi de Navarre de pouvoir tenir le « royaume de France ? ».

Parmi les graveurs et fondeurs en caractères d'imprimerie, il convient de citer ici le Troyen Le Bé (1525-1598), qui eut part à la composition des caractères de la célèbre imprimerie de Robert Estienne, et qui grava à Venise des assortiments de caractères hébraïques pour celle de Marc-Antoine Justiniani.

1 V. les Constitutions synodales du cardinal, ap. Marlot, t. IV, Preuves, p- 714.

? Arch. lég. de Reims, Statuts, Le vol., p. 924. — On peut consulter plus haut, p. 26 et sq., ce que nous avons dit des origines de l’imprimerie dans les principales villes de la Champagne.

RS AUX "PIES Fe œ Eee + ARTISTES CELEBRES. 187 + à Dans un autre ordre d'illustrations, signalons, comme ingénieur ; topographe et architecte, Claude Chastillon, né à Châlons en 1560 et mort à Chälons le 27 avril 1616. Nous avons dit plus haut! les a ÿ, services qu'il rendit à l’armée dans plus d’un siège. Les nombreuses Has vues qu'il a laissées de « villes, bourgs, chasteaux, maisons de dar « plaisance et vestiges d’antiquités du royaume de France », sont pour l’histoire et la géographie des souvenirs précieux d’un temps # ; qui n’est plus. On attribue également à Claude les plans de la PZace Ë ont Royale de Paris (1604), de la Place Dauphine (1607), de l'Hôpital EE Fa Saint-Louis (1607-1612), et la bibliothèque de Reims possède un plan : de restauration du vieux pont de Rouen par Claude Chastillon, ë à chaalonnoïs, qui porte la date du 31 août 1608. a | Mentionnons, d’autre part, un célèbre graveur sur cuivre, Philippe à Thomassin, né à Troyes en 1542 et mort vers 1612 à Rome, où, | | formé par le Hollandais Cort, il s'était établi et marié. Il dédia à i Hi Henri IV (4600) un recueil in-4° de portraits, au nombre de cent, HAT des plus illustres souverains et des plus grands capitaines des XV° an et XVIe siècles. Parmi les nombreux élèves qu’il forma se sont dis- que tingués Nicolas Cochin et Michel Dorigny, ses compatriotes, mais Ro surtout le fameux Callot. 4 y Entre les peintres-verriers, méritent d’être signalés les Æenriet Dis (Claude ?, Michel, Michel-Israël et Nicolas), de Châlons, qui, du f À milieu du XVesiècle au commencement du XVIE, ont orné de vitraux é la Cathédrale, Saint-Alpin et Notre-Dame, concurremment, au RE | XVIe siècle, avec Marcilly (Guillaume) de la même ville ; il Les trois Macadré (Pierre, Jean et Nicolas), Philippe Lelong, AR Edme Lacaille, Nicolas Isambert, Toussaint Audiger, Charles (BE CE Verrat, Linard Gonthier, employés à « racoustre » des verrières ; l endommagées, ou à faire « plusieurs hystoires neuves » en diffé- DEN rentes églises de Troyes ÿ; j fn Breheuille, de Reims, et Zuin, d'Epernay, appelés, le 4* juin RTE 1568, à estimer la valeur des réparations à faire aux vitres de j: Mail dot font 1 V. ci-dessus, p. 463. ï ll ? Celui-ci est signalé particulièrement le 19 oct. 1522, dans les Archives } départ. de la Marne (G 158, f° 99). i 8 Les Arts et les artistes à Troyes, par Alexandre Assier, p. 36 et sq. ; (Bibliothèque de l'amateur champenois). ii it Î

l'église de l’abbaye d’Avenay, incendiée par les huguenots. Ces vitres, disent nos experts, « sont pour la plupart ruynées partie au « moyen dudit feu, et les autres à coups de picques, perches et « pierres gestées contre icelles ». Elles représentaient l’histoire de la Conversion de saint Paul, Vhistoire de l’Arbre Jessé, de sainte Catherine, de saint Pierre, du crucifiement de Jésus-Christ, ete. Les vitres peintes coûteront seize sols tournois le pied, celles de verre blane, six sols. La dépense totale sera de 9521. 26. t., dont 240 I. 18 s. pour les fenêtres en verre blanc ".

Comme peintres et ornemanistes, les Cordonnier se sont surtout distingués à Troyes, ainsi que Gustave Potier, les Hurant (Jean et Jacques), Manière (Antoine) et Passot (Jacques), dont les œuvres ornèrent les principales églises de la ville ?. On recevait à Châlons, le 5 décembre 1524, le peintre Jean de Lassus, et en 1541 se montre dans cette ville le peintre Charles Henri à.

Reims s’honore, de son côté, d’avoir donné le jour au sculpteur Jacques (Pierre), mort en 1596, à qui le cardinal de Lorraine accorda sa protection et procura le moyen d'aller à Rome étudier son art. On a de lui les sculptures du portail latéral de l’église d'Epernay, celles de la chapelle Saint-André à Saint-Alpin de Chälons, les statues du tombeau de saint Remi, le Christ de l’église Saint-Jacques, l'autel des apôtres de la cathédrale de Reims, ete f.

A Chaumont, un artiste fort habile, Gédéon Legaré, ciselait, en 1609, pour une des confréries de la ville, une image en argent de la Trinité 5.

N'omettons pas de mentionner un illustre marin né à Provins en 1510, et mort le 9 janvier 1571. Nicolas Durand de Villegagnon avait obtenu de Henri Il, en 1555, le moyen d’aller fonder au Brésil

1 Hist. de l'abbaye d’Avenay, t. IL, Preuves, p. 209. 2 Les Arts et les artistes à Troyes, ibid., p. 6. reçus maîtres peintres, le 1 avril 1597, Didier Jubrier, qui avait présenté

A Chälons, étaient

u pour chef-d'œuvre l’image de la Vierge Marie, et Jean de Vertus, dont le chef-d'œuvre représentait la face et l’image de Jésus-Christ. Jacques Nottetr qui avait également traité ce dernier sujet, fut reçu le 6 avril suivant (Archives départ. de la Marne, G 306, f° 17).

3 Archives départ. de la Marne, G 158, ts 99 et 184.

# Cf. notre Géographie de la Marne, section HE : Hommes célèbres.

5 Hist. de Chaumont, p. 199.

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