PRÉPARATIFS DU SACRE
« la paix et le repos que dans l'intrigue et le trouble ‘ », et laissant là les grands desseins de Henri pour s’attacher par toutes sortes de faveurs « les principales personnes du royaume ? », elle donna l'ordre de licencier l’armée des Alpes et la meilleure partie de celle de Champagne. On vit done à Reims, « sur la fin du mois de mai », « l'entreprise militaire et l’armée rompue » : « les artilleryes, « munitions et ustencils furent remis aux magazins ; les gens « d'armes, pionniers et aultres renvoyez ; les chevaulx des attirages, « qui estaient en grand nombre, partye vendus et le tout réduict en « paix, au grand regret des militants et gens aymans la guerre * », mais à la grande satisfaction des « peuples, lassés des malheurs « dont ils ne faisaient, ce leur semblait, que de sortir », et disposés à aimer « mieux toute autre chose que d’y retomber # ». « Un bon « nombre de gens de guerre seullement furent envoyez, soubs la « conduite du sieur de la Chastre, devant la ville de Juillet » (Juliers), pour concourir avec les troupes de l’Union évangélique et de Maurice de Nassau à l'attaque de cette place, dont la chute (A septembre 1610) devait amener la suspension des hostilités*entre l'Union et la Sainte Ligue, également épuisées.
Ainsi demeurée libre de toute préoccupation belliqueuse, Marie put enfin fixer au milieu d'octobre le sacre du jeune roi, qui, d’abord annoncé pour le 95 juillet, avait été remis « au jour Sainct Loys, « 95 aoust ». « Pourquoi se faisait belles préparations en la ville de « Reims », lesquelles furent malheureusement troublées, le lundi & octobre, par la ruine d’une magnifique « fontaine de triomphe » en forme de rocher, qu'avait dressée « attenant la muraille du
1 Fontenay-Mareuil, p. 32 (Edit. Michaud et Poujoulat, t. 19.).
2 Ainsi, pour calmer le mécontentement du comte de Soissons, Charles de Bourbon, qui, arrivé à Paris le 47 mai, faisait grand bruit de ce qu’on eût déféré la régence à la reine, sans l'avoir attendu, lui donna-t-elle, avec le gouvernement de Normandie, une pension de 50,000 écus. Ce fut en ces largesses que fut employé le trésor amassé par Sully à la Bastille. Sully, du reste, en eut sa bonne part, car il se fit acheter chèrement sa retraite, montrant en cela beaucoup de faiblesse et davidité. (Mém. de Richelieu.)
3 Pussot, ann. 1610.
& Fontenay-Mareuil, ibid., p. 37.
5 Trève de Vilstett, 24 octobre,
« devant de la maison de la Crestienté, au parvy, un maître archi- « tecq, mandé de Paris à cet effet. Ladite fontaine qui devait « jecter eaue par grand nombre de petits canaulx, et qui estait « aornée de mousse, pierreries, pièces de vitres de diverses couleurs,
« était quasi achevée », quand le feu y prit à quatre heures après midi, et fut-elle « de tout abolye », au grand détriment de l’architecte, « mis prisonnier pour les dommages et intérestz ».
Sept jours après (41 octobre), un autre incendie dévorait ou endommageait environ vingt maisons de la rue du Jard, petites maisons, il est vrai, et «non de grand prix ».
Cependant le roi, qui avait quitté Paris à la fin de septembre, approchait de la ville. Arrivé, le 13 octobre, à Fismes, où les députés de Reims l’attendaient pour apprendre lheure de son entrée, après avoir été déjeuner le lendemain 14, au château de Muizon, il atteignait à une heure après midi le faubourg de Saint-Eloy, où « il fut environ trois heures à recevoir les harangues et submissions « ordinaires, et à voir passer toustes les trouppes, tant noblesse, « bourgeoisie que de guerre ». « Puis, jusques passé cinq heures du « soir, fit son entrée célèbre, très magnifique et joyeuse, avec grande « allégresse et debvoir des habitants de Reims... Laquelle entrée « fut enrichie et aornée d’un merveilleux nombre de braves hommes « de guerre tant de pied que de cheval, revenuz de ceste brave « armée envoyée devant la ville de Juillet. La plupart des princes « de France s’y voyaient, mesme.... monsieur le prince de Condé; il « n'y manquait que messieurs de la maison de Lorraine et de Guise, « et spécialement monsieur l’archevêque de Reims, qui, n'ayant pu « obtenir de la régente qu’à son défaut l'évêque de Soissons sacrât « le roi, de préférence au cardinal de Joyeuse, avait pris avec son « suffragant le parti de n’assister point au saint office ».
Celui-ci, qui eut lieu le dimanche 17 octobre, réunit avec les quatre autres pairs ecclésiastiques, les princes de Condé et de Conti, le comte de Soissons, et les dues de Nevers, d'Elbeuf et d'Epernon, représentant les pairs laïques. L'église Notre-Dame avait été « par- « tout tapissée tant hault que bas, ensemble le Palays; ny fut € jamais aultant de tapisserie pour une foys, et la plus part faict « très richement, tout d’or, d'argent et de soye ». La cérémonie s’accomplit d’ailleurs au milieu de la joie et des actions de grâce, non toutefois de « ceux qui y receurent des coups de bastons, car
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