SACRE DU ROÏI. — TURBULENCE DE LA NOBLESSE
« on ne les épargnait à ceux qui s’approchaient de trop près ». Le roi, qui avait reçu, la veille, le sacrement de confirmation des mains de l’éminentissime cardinal de Joyeuse, communia sous les deux espèces à la fin de la messe. Le lendemain, après vêpres, il retournait en grande pompe à Notre-Dame, précédé de la reine sa mère, des princes de la cour et des chevaliers du Saint-Esprit, et là il recevait le collier de l’ordre avec quelques seigneurs.
Enfin, le mercredi 20 octobre, le roi quitta Reïms et alla diner à Roucy, puis coucher à Corbeny, où, le lendemain jeudi, il toucha les écrouelles à plus de 600 malheureux accourus de tous côtés, même de pays étranger. De là la cour s’en retourna à Paris, laissant aux habitants de Reims le soin d’acquitter les frais du sacre, lesquels, dit notre Pussot, « coustèrent aultant que troys des précé- « dens sacres, jusques à la somme de dix-huict mille livres et « plus 1 ».
Cependant, si le peuple, qui, dans le sièele précédent, n’était sorti de son repos et de ses métiers que pour défendre sa foi, s’accommodait maintenant de l’ordre et de la paix, la noblesse, habituée depuis plus de 50 ans à la vie aventurière, ne supportait qu'avec peine le calme où elle était réduite, et le moment n’était pas éloigné où, sous de misérables prétextes, elle allait jeter la France en de nouveaux troubles. Sa turbulence ne devait plus, en effet, s'exercer que dans des rébellions mesquines, pour des ambitions de places et d'argent. Dans sa lutte séculaire contre la royauté, elle avait combattu, sous Louis XI, pour l'indépendance féodale ; sous Charles IX, pour l'indépendance politique ; mais, sous Louis XIE, elle ne s’agitera que pour arracher à l'autorité royale de l'argent, des places lucratives, des faveurs de la cour. Aussi bien l’or prodigué par un roi tel qu'Henri IV l’avait-il mise en appétit, et enhardie à tout attendre du gouvernement d’une femme : il suffisait, disait-on, de se bien faire valoir, et pour se faire valoir, après s’être ruiné dans un luxe scandaleux, il n'y avait d'autre industrie que la guerre civile ?.
1 Pussot et Marlot, p. 515 et sq.
? Là tendait, d'autre part, le calvinisme, effrayé des dispositions de la reine-mère. Il le montra bien dans l’Assemblée de Saumur (mai-septem-
bre 1611), où Rohan fit réorganiser les anciens conseils provinciaux sup-
Ainsi « tout avait heureusement succédé à la reine », tant qu'elle avait « libéralement départi » aux grands le trésor de la Bastille ; mais, quand ils virent « la Bastille presque vidée », ils s’avisèrent que « les nouveaux ménages dont on usait quasi en toutes choses », après avoir épuisé les revenus ordinaires, allaient imposer au peuple un surcroît d'impôts, et peut-être « causer du trouble » ; joint qu’on commençait à se lasser du pouvoir toujours croissant que la reine donnait à la marquise d’Ancre et à son mari ; et, persuadés « que, comme ils n'avaient plus guère à espérer en demeu- « rant près du roi, ils n’auraient pas aussi beaucoup à craindre « en s’en éloignant ‘ », ils concertèrent en conséquence leurs dispositions.
M. de Nevers, le premier, prit, le 8 janvier 1614, congé du roi pour aller en son gouvernement de Champagne, « et, dès son « arrivée, il fit enlever à Châlons un trésorier de France nommé « Le Jau, qui avait mission d'empêcher certaines concussions qui « s’y faisaient sous l’autorité du duc. Il prétendait que le trésorier « avait mal parlé de lui, et là-dessus il le fit conduire, habillé en « fou et monté sur un âne, dans le Rethelois et à Charleville ? », où on lui fit subir une foule d’autres humiliations.
Le 13, ce fut le tour du prince de Condé*, qui de Châteauroux, où il s'était d’abord rendu, ne tarda pas à gagner la Champagne, et y fut bientôt suivi de Bouillon et du nouveau duc de Mayenne, de Longueville et de Luxembourg. Une fois en sûreté, Condé, dans un long manifeste plein d’incohérences et de contradictions, qu'il fit parvenir à la reine, exposa les griefs et les demandes de son parti, concluant à la convocation des états généraux sous trois mois, et à la suspension des alliances projetées avec l'Espagne jusqu’après la réunion desdits états {. De son côté, à peine arrivé à Sedan, Bouillon s'était mis en mesure de lever des gens de guerre tant en Alle-
primés par l’édit de Nantes, et établit entre l'assemblée provinciale et l'assemblée générale un degré intermédiaire, appelé cercle, à l’imitation des cercles de l’Empire.
1 Pour tout ce paragr., Fontenay-Mareuil, ibid., p. 71. ("prise d'armes).
? Mémoires de Pontchartrain, p. 328 (Michaud et Poujoulat).
3 Le comte de Soissons était mort le 1 novembre 1612.
4 [l s’agit du mariage de Louis XIII avec Anne d'Autriche, et de celui d’Elisabeth, sa sœur, avec le fils de Philippe IL.
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