‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 264 sur 327 · ÉCHECS DE NEVERS ET DE SES PARTISANS · texte numérisé non relu

ÉCHECS DE NEVERS ET DE SES PARTISANS

aux tranchées, où elle était dans l’eau et la boue jusqu’à mi-Jambes, il fallut, en attendant meilleur temps, serrer dans les magasins de Rethel « toutes les artilleries ». Il importait d’ailleurs d'arrêter dans leur marche sur la France les troupes étrangères qui s’y acheminaient « pour les princes rebelles, du côté de la Lorraine et Verdun t».

Mais Rethel s'était à peine rendu, qu'une révolution de palais avait du tout changé la face des choses. En immolant Concini (24 avril) à des factieux en qui de Luynes avait fini par lui faire voir des sujets armés pour sa délivrance, Louis XIII avait cru devenir roi. C’est « pour donner la paix à notre royaume et assurer notre « personne », écrivait-il aux bonnes villes de la Champagne, que « nous avons été obligé de faire arrêter le maréchal, lequel, s'étant « mis en défense, a été tué ? ». Il put se faire un moment illusion sur son autorité ; car, à la nouvelle de l’événement, les dues de Mayenne et de Nevers s’empressèrent de lui envoyer les clefs de Soissons et de Mézières. Peu après, tandis que Marie, délaissée, partait pour Blois (3 mai) en compagnie de Richelieu, tombé du pouvoir presque à l'instant où il en avait pour la première fois touché le faite, ils accouraient à Paris, en attendant qu'une déclaration les rétablit dans tous leurs biens, honneurs et charges, et les excusât d’avoir pris les armes, « bien qu'illicites », afin de se défendre contre la tyrannie du maréchal d’Ancre (12 mai).

Alors furent « despenduz » à Reims, dit notre chroniqueur rémois, et sans doute ailleurs aussi, « les tableaux de plusieurs, qui estaient « penduz et la teste tranchée en effigie, en la potence du marché « au bled 3 ».

Seize mois plus tard, le 12 septembre 1618, le fils de M. de Nevers, « pourvu [le 14 août] du gouvernement de Brie et Cham-

1 Pussot.

2 Boutiot, t. IV, p. 313, et Jolibois, Hist. de Chaumont, p. 220. — Le roi envoya, le jour même, à tous ses représentants dans les provinces et ‘spécialement aux lieutenants généraux de ses armées, une circulaire où il racontait longuement ses griefs contre le maréchal, et représentait sa mort comme un effet fortuit de sa résistance à l’ordre qu'avait reçu Vitry de l'arrêter. M. de Praslin, lieutenant général en Champagne, reçut particulièrement cette circulaire, qui se trouve aux archives du département de la Marne. (Liasse spéciale à la correspondance de Praslin.)

3 Pussot.

« pagne à la survivance de son père !, faisait son entrée à Reims « par la porte de Vesle, et y était reçu très grandement et hono- « rablement autant qu'il fut possible et comme pour le roy même, « ainsi que Sa Majesté avait mandé faire ». Les devises flatteuses ne manquaient pas, et la ville, sachant que le prince estimait plus le cœur des habitants que les richesses, lui fit un présent de fruits fort rares dans une corbeille d'argent, « qu'il eut très agréable ». Le due arriva le même jour par une autre porte, pour autoriser par sa présence la prise de possession de son fils ?.

Cependant de Luynes, à son tour, par son avidité et ses hauteurs, ne devait pas tarder à amasser sur sa tête les mécontentements des grands, irrités de voir le gouvernementaux mains d’un jeune homme si dépourvu de naissance et de talent. Pour échapper au sort de Concini, il crut prudent de ménager ses adversaires, et tout en faisant faire « merveilleux amas de gens d’armes », particulièrement en Champagne, où les bruits de guerre allaient encore entraver le succès de la foire rémoise de la Couture ?, dès qu’il eut appris, avec le départ d'Epernon de son gouvernement de Metz (22 janvier 1619), l’évasion de la reine mère pour Loches (22 février) #, croyant déjà voir toute la noblesse en armes contre lui d’un bout de la France à l’autre, il prit le parti de se rapprocher de Marie. Il se résigna du moins au traité du 30 avril, qui rendait à la mère du roi la libre disposition de sa personne et de son douaire, et lui donnait l’Anjou en échange de la Normandie. Mais, en même temps, afin de tenir en échec l'influence de Marie, il faisait mettre en liberté le prince de Condé (20 octobre), et n’épargnait rien pour empécher la reine de revenir à la cour. Cette conduite, jointe à l’ambition croissante du favori, finit par lui aliéner les princes. En voyant « quasi » renaître en lui « le marquis d’Ancre », ils renouvelèrent, en faveur de Marie, la coalition à laquelle celui-ci avait si pitoyablement suecombé, et la cour d’Angers devint bientôt plus considérable que celle du Louvre. C'était un remuwement général d’envieux et de mécontents

1 V. l'Appendice, Lettres de Louis XIII, N° XI.

2 Pussot. Marlot, p. 524 et 525.

3 Pussot, 1619.

4 Avis de sa fuite est donné à Châlons avec ordre de pourvoir à la sûreté de la ville (Paris, 24 février 1619). V. l’'Appendice, Lettres de Louis XIII, INDEX

ne RE —— IE

Page 1