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LUYNES INDISPOSE LA NOBLESSE, — TRAITÉ DANGERS

de toutes qualités, qui, «se couvrant du nom de la reine mère », s’agitaient pour elle ou « prenaient leur chemin droit vers elle ».

Le roi ne manqua pas de faire interdire aux seigneurs l’entrée des villes de la Champagne. Il parut s’alarmer particulièrement de la retraite du cardinal de Guise ‘, dont le duc, son propre frère, donnait lui-même avis à M. de Bassompierre (11 juillet 1620), en le priant de pourvoir à la sûreté de la province du côté de Saint-Dizier, où le prince pourrait bien tenter de « brouiller les cartes ».

Mais Louis XIE, ne s’en tenant pas là, s'occupe de rassembler une grosse armée, dont Les vieilles troupes de la frontière de Champagne devaient former la principale force?. Ces troupes étaient répandues en diverses garnisons, depuis Mouzon jusqu’à Chaumont-en-Bassigny. Bassompierre, chargé de les réunir et de les renforcer de plusieurs recrues, en même temps qu'il envoyait lever en diligence des soldats à Troyes, Châlons, Reims et Sens, se rendit, le vendredi 3 juillet, à Vitry, où le lendemain il vit en bataille le régiment de Champagne, qui y tenait garnison. La confiance qu’inspirait ce vaillant capitaine lui gagna de nombreux renforts, et il se trouva bientôt à la tête de 8,000 hommes de pied et de 900 bons chevaux. Pour les amener avec ordre à la Flèche, où était le roi, il leur assigna Montereau pour rendez-vous général, et les partagea en trois corps. « Les troupes qui étaient vers Mouzon, Donchery et autres « lieux de la frontière devaient passer au-dessus de Reims, et de « là, par-dessous le Montaimé, à Sézanne, Barbonne, Villenauxe et « Provins ; celles de Vitry, Saint-Dizier, Ligny et autres de ce « quartier-là, gagner Fère-Champenoise et Provins ; et les garnisons « de Bassigny aller par Troyes, Nogent et Bray ». Ces dispositions arrêtées, Bassompierre faisait prendre au régiment de Champagne la route de Montereau, le dimanche 12 juillet, courait à Chälons conférer avec M. de Guise des instructions du roi, et arrivait à Montereau le 16 ; de là il gagnait avec son armée La Flèche, où, le 4 août, Sa Majesté en faisait la montre à son grand contentement. Aussi, quand vint le jour de l'attaque des retranchements de l’armée rebelle aux ponts de Gé, le régiment de Champagne eut la gloire d’en être particulièrement chargé, et de contribuer par sa bravoure

1 V. ci-dessous, Appendice, ibid., N° XIII.

2 Pontchartrain, p. 410.

au succès de la journée. Bassompierre, pour animer les nouvelles recrues, tout maréchal de camp qu’il était, n'avait pas craint de mettre pied à terre et de marcher « à la tête-du bataillon droit », avec une hallebarde prise à un sergent (7 août). L'honneur de la royauté était sauf ; Luynes, qui avait tout intérêt à ne rien outrer, pouvait se montrer généreux : trois jours après (10 août 1620), le traité d'Angers, confirmant celui d'Angoulême, réconciliait le fils et lamère. Le peuple qui n'avait rien compris à toute cette «menée »; et qui n’avait souci que de la paix, fut bien joyeux de celle-ci ; après l'avoir demandée pendant un mois par de « belles processions et « prières », le clergé rémois en remercia Dieu par un Te Deum, solennellement chanté à Notre-Dame (20) !.

Il y eut bien encore, sur certains points, de petites guerres d’escarmouches et de pillages, inévitables à la suite des luttes passionnées qui venaient de prendre fin. Langres, en particulier, ne dut qu’à un avis anonyme d'échapper à une surprise des partis ennemis, dont elle génait les déprédations. Cet avis, qui lui vint de Bourbonne-les-Bains (23 août 1620), lui faisait connaître qu’elle devait être attaquée, à la faveur de la nuit, par un corps de troupes qui se rassemblait à quatre lieues de la ville, et qui se proposait, après avoir surpris le faubourg de Sous-Mur, de planter le pétard au pont-levis. Des soldats déguisés en religieux avaient examiné les lieux et ménagé des intélligences dans la place. Si le succès couronnait l’entreprise, c'en était fait de Langres. Ainsi averti, on se tint sur ses gardes, et le projet n’eut aucune suite ?.

Des troubles intérieurs d’un autre caractère, sans laisser la Champagne étrangère ou indifférente aux événements, allaient affliger d’autres contrées. Mécontents que le roi, fidèle exécuteur des engagements paternels, eût ordonné (15 juin 1617) la réunion du Béarn à la couronne, le parlement et les états béarnais avaient résisté ; à leur suite, les assemblées protestantes avaient protesté, et, en 1619, celle de Loudun avait déclaré que, si l’on ne faisait pas droit à ses plaintes et si on ne prolongeait pas de quatre années la possession des places de sûreté accordées par l’édit de Nantes, elle

1 Bassompierre, p. 132 à 142. — Pussot.

2 V. Hist. de Langres, p. 207: L’ « Advis de l'entreprise de Langres aux

« habitants d’icelle » y est in-extenso.

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