FAMINE ET PESTE
Les ravages de la famine sont encore accrus par ceux de la peste, autrement terribles. Aussi la population décroît-elle sensiblement. À Reims, le marquis de la Force fait faire, le 3 août 1636, une montre générale des habitants, et il ne s’y trouve, à part les ecclésiastiques, que 7 à 8,000 hommes de plus de seize ans et de moins de soixante. La peste y avait affreusement sévi l’année précédente (1635), où, à la fin du mois de juillet, plus de 500 maisons en étaient frappées. Epernay, pour se garder de l'invasion du mal, interdit alors toute communication avec Reims (4 juillet), et punit ensuite exemplairement les habitants qui, contrairement à la défense, y étaient allés du 23 juillet au 7 août'. Mais elle ne devait point échapper à la contagion. Troyes, plus malheureuse encore que Reims, eut à souffrir pendant près de onze années (1629-1640), et si l’on en croit Sémillard ?, elle aurait perdu, en 1632, quatre à cinq mille âmes ; en 1635, deux mille cinq cents. Cest alors que Laffémas, intendant de la Champagne, édicta ce règlement draconien où on lit que « toutes personnes atteintes de la contagion devront « en informer les commissaires de la santé, à peine, s'ils sont « trouvés vaguant et communiquant avec les autres habitans, « d’être, sans aucune forme de procès, tirez à l’arquebuse ». La maladie enleva, en 1636, à Rethel, 1,200 habitants. Pour isoler les pestiférés, on avait construit dans la prairie de Godart des huttes ou cabanes, où on les transportait et où ils étaient l’objet d’un traitement particulier. Ainsi en fut-il à Epernay, où l’on bâtit pour eux quatre logements en bois à la Motte, autant à l’endroit où étaient les anciens bâtiments de la léproserie, ainsi que sur le sommet de la côte de Legris. Les secours de la science leur étaient assurés, et les chirurgiens chargés de leur donner des soins recevaient pour leurs services 420 livres par mois; mais il leur était formellement interdit de rentrer dans la ville. Sainte-Menehould (juillet 1632) garda ses malades, mais chacun s’enfuyait, et la ville demeura à peu près déserte; en cette situation, les PP. Capucins montrèrent un
1 Ils seront chassés des faubourgs, frappés d’une amende de 39 livres, et les meubles et marchandises qu’ils auront achetés seront brûlés sur la place publique. (V. les conclusions du conseil ap. Aug. Nicaise : Epernay et L'abbaye Saint-Martin, t.1, p. 180.)
* Mém. manusc., t. Le, bibliothèque de Troyes. — Cf. Courtalon, t. ler, p. 185.
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zèle admirable, prodiguant aux pauvres délaissés leur dévouement et leur vie. Les corps de ceux qui succombaient étaient enterrés loin de toute habitation, entre un ruisseau et une colline, au sommet de laquelle se tenait un ermite qui les confiait à la terre ; en moins de quinze jours, ce lieureçut plus de einq cents cadavres !.
À Chaumont, le mal régna près de sept mois, à partir du 3 juin 1636, et, suivant un mémoire du temps, il ne fit pas moins de 2,300 victimes. On avait, comme presque partout ailleurs, construit pour les malades un certain nombre de loges hors de la ville: c'était sur le bord de la Marne, près du bois des Ondes. Une fois établis là, ils ne pouvaient plus communiquer avec personne, si ce n’est avec les prêtres et les chirurgiens qui avaient bien voulu se sacrifier pour eux. « S'ils avaient des demandes à faire, ils venaient, « une baguette blanche à la main, jusqu'à la maison de santé « qu'on avait élevée à l'extrémité de Chaumont-le-Bois, et ceux qui dépassaient cette limite étaient arquebusés. Le bourreau et deux aides stationnaient près de cette maison, l’arquebuse sur l'épaule ». Toute l’aristocratie avait émigré, et, à sa suite, les officiers de justice. Ce futen vain que le maire Paillot, dont l'énergie soutint en ces tristes jours ses concitoyens, tenta de ramener les absents; les lettres du roi (juillet-septembre) devaient y échouer elles-mêmes. Ils ne rentrèrent que lorsque tout danger eut disparu?. À Vitry on constatait, le 30 août 1638, que la population avait diminué de moitié*.
Mais tous ces maux n'étaient pour la Champagne qu’un lugubre intermède des troubles dont elle sortait et des désastres qu'il lui fallait subir encore.