‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 281 sur 327 · SR · texte numérisé non relu

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Mais bientôt, apprenant le départ de Louis XIL pour l'Italie, il quitte sa résidence et arrive à Paris. Sa brusque apparition troubla d'autant plus la reine douairière que Gaston, pris ou feignant d’être pris d’un violent amour pour Marie de Mantoue, déclarait être venu pour s'opposer au dessein qu’on avait d'envoyer la jeune princesse au couvent d’Avenay. Informé de cette nouvelle boutade de son frère, Louis XIE, qui était déjà à Nogent, n'hésite pas à rebrousser chemin et à rentrer à Fontainebleau. Ce fut alors au tour de Gaston de regagner Orléans !.

Un tel jeu ne pouvait s’accorder avec les plans de Richelieu, et la sagesse du ministre ne lui permettait pas de s'engager plus avant dans la guerre étrangère sans avoir opéré entre les deux princes une sérieuse réconciliation. Il fit si bien que Gaston se décida à venir trouver Louis XI à Troyes.

Dès le 20 février, la reine-mère y avait fait son entrée et reçu avec les compliments de la ville le vin d’honneur; le 2, s'était présentée la reine Anne d’Autriche, à qui le corps de ville offrit à genoux les clefs de la cité, et qui ne descendit à l'évêché qu'après avoir été visiter Marie, logée à l’abbaye de Saint-Martin-ès-Aires. Enfin, le 23, Louis XII] arrivait en carrosse : il fut complimenté par le maire, tous les membres de l’échevinage « étant prosternés à « genoux », et quand ce magistrat lui présenta les clefs de la ville, il les lui laissa gracieusement en lui disant qu’elles étaient en bonnes

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mains.

Le roi ne devait quitter Troyes que le 23 avril suivant, et ce fut dans cet intervalle que Gaston, arrivé dans cette ville le 17 avril, eut avec son frère sa première entrevue depuis l’escapade de Lorraine ? : «Tout s’y est bien passé », écrit à M. de Céry M. de Boutillier, secrétaire des commandements, « et avec des démons- « trations extraordinaires de joie ». Louis, étant ensuite parti pour Lyon, où il entra le 2 mai, nomma, le 6, sur le conseil du cardinal,

1 V. Hist. de la réunion de la Lorraine à la France, par le comte d'Haussonville, t. Ier, c. IX ad finem, et c. X.

? V. Boutiot, p. 349, 350 et note. Nous avons suivi Richelieu pour la date du départ de la cour de la ville de Troyes.

$ Gaston l'avait quitté la veille, 22, pour retourner à Paris (Mémoires de Richelieu, a. 1630, p. 200 et 201 du t. XXII de la col. Michaud et Poujoulat).

Gaston commandant de l’armée de Champagne en son absence, et son représentant à Paris et dans les provinces voisines. On avait espéré satisfaire ainsi l’amour-propre du jeune prince, et l’intéresser à bien servir le roi.

Pendant ce temps-là le Piémont avait été envahi, mais les forces supérieures des Espagnols tenaient les vainqueursen échec. Bientôt les défenseurs de Mantoue, affaiblis par la peste, se laissaient surprendre (18 juillet) ; Casal était pressé, et les maladies décimaient l’armée française, privée, par les intrigues de la reine-mère et de ses courtisans, des munitions et des soldats dont elle avait besoin. Le roi lui-même, qui s'était avancé jusqu’à Saint-Jean-de-Maurienne, avait dû, souffrant et languissant, regagner Lyon, où, le 22 septembre, une fièvre ardente le saisissait et le mettait bientôt aux portes du tombeau (30). Gaston était accouru de Paris, tout prêt à recueillir la couronne ; les ennemis de Richelieu triomphaient, et le maréchal de Marillac allait, dit-on, jusqu’à proposer de le tuer", quand le retour soudain de Louis à la santé vint dissiper les espérances des uns et les terreurs de l’autre.

Mais les haines qui poursuivaient Richelieu étaient toujours vivaces, et le cardinal, sentant combien il lui importait de les désarmer, ne négligeait rien pour convertir en une paix définitive une trêve qu’il avait conclue, le 2 septembre, par l'entremise de l'abbé Mazarini. Comme celle-ci était près d’expirer (17 octobre), pour regagner le maréchal de Marillac, tout en le séparant de la reine-mère, dont il était un des principaux confidents, il lui faisait donner une gratification en argent, et l’envoyait, dans la première quinzaine d'octobre, renforcer l’armée de Piémont. Mais les hostilités étaient à peine renouvelées que, le 20 octobre, la cour, qui venait de quitter Lyon pour retourner à Paris, recevait

1 C’est sans doute à ces dispositions des ennemis de Richelieu qu’il faut rapporter l'accusation portée par deux soldats de passage à Metz contre un certain Alfeston (François), de Chälons-sur-Marne, de les avoir engagés à assassiner le ministre. Alfeston était venu de Bruxelles avec eux; ayant servi sous Marillac, il aurait eu l'imprudence, quand celui-ci fut emprisonné à Sainte-Menehould, de proférer des menaces contre Richelieu : c’en fut assez pour qu’on lui fit son procès. Condamné à mort, il fut rompu vif sur la place de Champasaille de la ville de Metz (22 septembre 1633).

1630-1631. PROCÈS DE MARILLAC. ÿ43

l'expédition du traité de Ratisbonne, signé, le 13, avec l’Autriche.

Ce succès de Richelieu ne pouvait manquer d’exalter le mécontentement de la reine-mère, disposée à se donner plutôt au diable que de ne pas se venger de l’inaction où la réduisait #n valet ; mais la journée des dupes (11 novembre 1630), en affermissant l'autorité du ministre, vint la jeter dans de tels emportements qu’elle finit par s’aliéner le cœur de son fils, et par être entrainée à quitter la France (18 juillet 1631). Marillac qui n'avait emmené son armée de Champagne « qu'à toute extrémité, et après plusieurs ordres « réitérés du roi ! », avait été, dès les premiers jours de janvier 1631, arrêté au milieu de son armée d'Italie, et envoyé sous bonne escorte à Sainte-Menehould, dont les habitants s’étonnèrent plus qu'ils ne gémirent de le voir arriver comme prisonnier d'Etat ; car, avant son départ pour la péninsule, il avait laissé ses troupes ruiner le pays par leurs brigandages, et lui-même, peu content de rançonner les campagnes, avait bénéficié sur le pain de munition, sur la solde, sur toutes choses. Transféré quelques mois après à Verdun, où venaient de se rendre des juges commissaires, chargés d’instruire son procès, il repassa bientôt à Sainte-Menehould, conduit au château de Ruel, d’où il ne devait sortir, le 10 mai 1632, que pour aller expier en place de Grève les concussions de toute nature qu’il avait commises en Champagne : triste exemple des inconstances de la fortune, plus encore que victime déplorable d’une criminelle avidité, qui était alors commune à la plupart des généraux.

Tandis que l’on instruisait le procès du maréchal, le roi, après avoir confié au comte de Soissons le commandement de Paris et des provinces du nord, avait quitté, le 10 décembre 1631, Château- Thierry ?, où il s'était transporté dès le 18 octobre, et, passant par Chälons *, il était venu avec ses ministres à Sainte-Menchould. Il se

1 Mém. de Richelieu, ibid., p. 397.

? Il reçut dans cette ville l'expédition d’un traité conclu avec l’empéreur du Maroc, et par lequel Muley-el-Gualid s’engageait à ne plus laisser piller les navires français et accordait aux Français la liberté de commerce dans ses Etats.

3 La ville recevait avis, le 10 décembre, de la prochaine arrivée du roi, ct décidait « que la Porie-Marne, par où Sa Majesté doibt entrer et celle & de la Trinité seront ornées de chappeaux de trionfes et autres choses le

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