TRAITÉ DE VIC
membres du Parlement qui y avaient pris part de se rendre auprès d'Elle, « là où Elle serait, quinze jours après la signification qui « leur en serait faite ». Etonnés de cet acte de vigueur, ils se décidèrent à se mettre en route et ne tardèrent pas à gagner Reims, où ils séjournèrent quelque temps. Ils y furent complimentés par tous les corps de la ville, « visitèrent les églises, admirèrent les belles « cérémonies de la cathédrale et s’entretinrent de la dignité des « sciences avec le jeune archevêque, qui avait fait alors un notable « progrès dans la théologie scolastique ». Quand ils arrivèrent à Sainte-Menehould, le roi en était parti, après avoir repris (27 décembre) Moyenvic, place de l'évêché de Metz, dont l’empereur d'Allemagne s'était emparé, « pendant que les armes de Sa Majesté « étaient occupées en Italie, et qu'il avait, depuis, soigneusement « fortifiée! ». Ils poursuivirent done leur route malgré les rigueurs de l'hiver, et atteignirent Metz au commencement de 1632.
Dès le 2 janvier, Louis XIII avait eu à Vic une entrevue avec Charles IV, et de cette entrevue était sorti, le 6, le érattéde Vic, par lequel le duc de Lorraine prenait entre autres engagements celui de ne «donner retraite ni assistance dans ses États ni à Monsieur, ni à « la Reine-mère, ni à aucun des leurs ? ». Or, le lendemain même de l’entrevue, le 3 janvier, Gaston avait épousé secrètement la princesse Marguerite dans le parloir du monastère des Dames du Saint- Sacrement, dont Catherine de Lorraine était abbesse. Il est vrai que Charles s’était fait une loi de promettre toujours et de ne tenir jamais : c’est le seul engagement auquel il ait été fidèle 3. La suite le prouva bien. Car, Monsieur ayant pris, en conséquence du traité, le parti de s’enfuir à Bruxelles, où il arriva le 28 janvier, le roi n’eut pas plus tôt quitté Metz (9 février), pour retourner par Sainte- Menehould # à Versailles, que « le due de Lorraine, oubliant sa foi, « son honneur et son bien 5 », reprenait ses relations avec le frère
1 Mém. de Richelieu, p. 334, 351. — Marlot, p. 43.
* Mém. de Richelieu, p. 356. En garantie de la parole du due, le traité abandonnait au roi pour trois ans la place de Marsal.
3 Chevrier, Hist. de Lorraine, t. V, p. 40.
M. de Vaubécourt donne, le 12 février, avis à la ville de Châlons de la prochaine arrivée du roi (Arch. mun., BB 20).
5 Richelieu, p. 372.
SPAS er
du roi, et, de concert avec lui, renouait ses intrigues avec la maison d'Autriche.
À la tête de 1,500 chevaux qu’il obtint des Espagnols, Gaston ne tarde pas à se mettre en campagne. Pendant que ses troupes traversaient le Barrois pour entrer en France par le Bassigny (8 juin), il court à Nancy dans le but de voir son épouse ; arrivé à Andelot?, il lance par le royaume des placards non moins injurieux pour le roi, qu'il suppose trompé, que pour le cardinal, qu'il accuse de malversation et d’usurpation.de pouvoir. De là il passe près de Langres à Rolampont (11 juin), où il demeure deux jours, et où« les « maire et échevins de la ville lui font rendre visite par personne « tierce ? »; puisilentre en Bourgogne, où il brûle (15) un des faubourgs de Dijon, traverse le Bourbonnais et se rend en Auvergne.
Cependant le roi, bien informé des menées du duc, tandis qu’il opposait à Gaston le maréchal de Schomberg, s'était avancé à la tête de 12,000 hommes de pied et de mille chevaux, par la route de Sainte-Menehould. Arrivé, le 15 juin, dans cette ville, en compagnie de la reine, du cardinal et de plusieurs grands seigneurs, il adresse à tous les gouverneurs de ses provinces une lettre en forme de manifeste, dans laquelle il leur expose la nécessité où le met l'infidélité du due de Lorraine de lui faire la guerre, et exprime l'espoir que Dieu bénira ses armes, attendu qu'il ne les prend « que « par contrainte pour sa défense, le repos de la chrétienté et le « bien de son Etat # ». Le roi sortit, le 18, de Sainte-Menehould « pour aller. coucher à Vaubecourt, qui est du Barrois ». [l emmenait avec lui les deux plus belles pièces de canon de la place, et confiait à la garde des habitants la reine, qui ne devait les quitter, pour se rendre à Saint-Dizier, que plus de trois semaines après, alors que la peste commença d’éclater.
1 Richelieu (p. 398, col. 1) assigne au 13 juin le manifeste d’Andelot, et au 14 l'arrivée de Gaston aux environs de Dijon. 11 y a là une erreur de dates évidente ; car nous savons par Clément Macheret que ce prince atteignit Rolampont le 14, et qu'il y passa deux jours, circonstances omises par Richelieu. Sans doute au 13 juin il convient de substituer le 10 pour concilier toutes choses.
2 Journal de Clément Macheret, p. 18.
3 Mém. de Richelieu, p. 387.