RÉVOLTE DE GASTON. — TRAITÉ DE LIVERDUN. D
La guerre était déjà terminée et le traité de Liverdun signé (26 juin), voire même en partie exécuté : le bailliage de Clermont-en- Argonne était abandonné à la France! ; Stenay et Jamotz, livrés pour quatre ans ; et le duc devait, dans l’année, prêter hommage pour le Barroïs. Louis XIIL partit le 7 juillet pour retourner en France, et étant allé prendre la reine à Saint-Dizier, il reçut, le 8, dans cette ville, les échevins de Vitry, empressés de le saluer et de le complimenter, comme ils firent de nouveau, le 12, à Arzillières, où il était venu coucher la veille. D'Arzillières, le roi se rendit à Etoges, et de là (13 juillet) il écrivait aux Châlonnais pour leur donner l’ordre de cesser la garde de leur ville, à cause du traité conclu avec la Lorraine 2.
Bientôt, il allait reconnaitre la fidélité et le dévouement des habitants de Sainte-Menehould, en leur accordant, au mois de mars 1633, « Sur la réquisition des notables, bourgeois et marchands », un conseil ordinaire municipal, qu'ils attendaient depuis 1615. Ce conseil, disent les lettres patentes du roi, datées de Chantilly, sera « composé d’un »atre, originaire de la ville, de quatre échevins « ordinaires, d’un procureur syndic et de huit autres notables « bourgeois qui porteront .le titre de consettters de ville, lesquels « maire et conseillers seront nommés par la communauté générat- « lement assemblée en l'auditoire dudit Sainte-Menehould », le maire pour deux ans et.les conseillers pour quatre, « excepté que, pour « la première fois quatre desdits conseillers seront changés après « deux ans. Elus à la pluratité des voix, les uns et les autres, en « entrant en charge, préteront serment devant le lieutenant général « de la ville de bien et fidèlement servir Nous et le publie ». C’est la première fois qu’on voit figurer un maire dans les affaires de la ville, lesquelles avaient été, depuis la charte de la comtesse Blanche, dirigées par des échevins.
Autant la justice royale se montrait généreuse à l’égard des serviteurs dévoués, surtout quand ils appartenaient à la classe indus-
1 11 y fut définitivement réuni par le traité de Paris, du 29 mars 1641.
? Arch. de l'Hôtel de ville. Elles possèdent 59 lettres de Louis XIII. — Monsieur, qui était alors à Béziers, fit, peu après, 29 septembre, sa Soumission au roi, désayvoua son manifeste d’Andelot, et exprima même à Richelieu son regret du passé, qu’il le priait d'oublier.
trielle et commerçante, autant elle était impitoyable dans ses rigueurs à l'égard des nobles insoumis, car « c’est chose injuste, « disait Richelieu, que de vouloir donner exemple par la punition « des petits, qui sont arbres qui ne portent pas d'ombre ; et ainsi « qu'il faut bien traiter les grands faisant bien, c'est eux aussi qu’il « faut plutôt tenir en discipline ! ». C’est pourquoi, au mois d'avril 1633, le baron de Cirey fut condamné à mort pour rébellion et félonie, et son château rasé. Six mois après, le 9 octobre, arrivait de la Bastille à Troyes, comme un criminel destiné à la mort, le chevalier de Jars, accusé d’avoir voulu pratiquer le passage de la reine-mère et du duc d'Orléans en Angleterre. Après avoir subi de nombreux interrogatoires, il fut, par une commission que présidait le terrible intendant de justice Laffemas, condamné à avoir la tête tranchée. Conduit le 14 novembre au lieu du supplice, il était depuis une demi-heure sur l’échafaud, protégé contre la hache par lun des religieux qui l'y avaient accompagné, quand sa grâce lui fut apportée pendant le chant du Salve regina. La nouvelle en fut accueillie avec joie par toute l'assistance, composée de 30 à 40,000 personnes, et 8,000 environ, reconduisant aux Jacobins le malheureux chevalier, entrèrent dans l’église du monastère pour y rendre grâce à Dieu de son salut. Quinze jours après (29 novembre), ül quittait Troyes pour regagner la Bastille, et le roi, satisfait d’avoir effrayé ceux de Champagne qui avaient pris part à la révolte de Monsieur, leur faisait expédier « une abolition générale ? ». Cependant l’incorrigible duc de Lorraine, une fois rendu à luimême, était revenu à ses intrigues : prétant facilement l'oreille aux suggestions de l’empereur d'Allemagne, il avait armé contre les Suédois, alliés de la Franceÿ, sans se mettre en peine de faire hommage pour le Barrois dans le délai fixé par le traité de Liverdun, ni de répondre à la sommation de comparaître devant le parlement de Paris pour voir réunir le duché à la couronne, «à faute d'hommage « rendu ». Aussi, le 30 juillet 1633, le parlement prononçait la réunion, qui s’opérait en septembre sans difficulté; et quelques
1 Richelieu, t. Il, p. 340.
2 1d., ibid., p. 455.
8 [ls avaient perdu leur roi Gustave-Adolphe à la journée de Lutzen, 16 novembre 1632.