‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 296 sur 327 · LE ROI ET RICHELIEU A REIMS · texte numérisé non relu

LE ROI ET RICHELIEU A REIMS

attendu la célébration de la cérémonie pour quitter Reims ; dès six heures du matin il était parti pour Braisne, où, quelques heures plus tard, le cardinal allait le rejoindre !.

Is n'avaient pu obtenir du duc de Guise qu’il s’associât au due de Bouillon dans sa soumission. L’archevêque s'était retiréà Bruxelles, et là, délaissant la princesse Anne de Mantoue, qui l'avait assez aimé pour tenter de fixer son inconstance ?, il ne tardait pas à épouser la princesse de Bossut (11 novembre 1641). Cette nouvelle permit à Richelieu de rompre les derniers liens qui unissaient la famille des Guises à la cité rémoise. Le Parlement avait déjà (27 juillet) prononcé contre Henri une condamnation capitale ? : le 18 novembre, le duc, après avoir été dépouillé de ses riches abbayes de Saint-Remi et de Saint-Nicaise, fut remplacé sur le siège archiépiscopal par l’évêque de Chartres, Léonore d'Estampes de Valençay, qui devait prendre possession en personne le 30 mars 1643, et s'appliquer à réparer le mal qu’avaient pu faire au diocèse l’absence et la conduite de son prédécesseur. L’abbesse de Saint-Pierre allait bientôt, de son côté, prendre occasion de la mort subite de quelques religieuses pour sortir de Reims (1644), abandonnant à d’autres mains le gouvernement de cette maison, que tenaient depuis un siècle les princesses de Lorraine.

Cependant la découverte de la conjuration de Cinqg-Mars n'avait

! Voir, indépendamment des Conclusions du Conseil de ville et des Mémoires de Pierre Coquault et de René Bourgeois, Louis XIII et Richelieu à Reims, par M. Jadart, 1885, Reims.

? Il l'avait assez aimée lui-même pour lui jurer et protester « de n’ai- « mer ni épouser jamais autre personne qu’elle », et pour écrire et signer de son sang la promesse de mariage qu’il lui adressait de Reims le 29 juin 1636 (V. René de Bouillé, Hist. des ducs de Guise, t. IV, p, 495). I l’épousa même en secret deux ans plus tard, ce qui donna lieu à la princesse délaissée d'attaquer la validité du nouveau lien que l’infidèle venait de contracter.

3 Trois mois après son avénement au trône, Louis XIV devait (août 1643), sur les instances de Catherine de Joyeuse, mère du duc, et les assurances de fidélité de ce prince, lui pardonner et le rétablir en grâce. Après diverses aventures militaires qui lui rapportèrent plus de gloire que de profit, Henri mourut à Paris le 2 juin 4664, sans postérité. Ses restes lurent transportés à Joinville.

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pas tardé à compromettre de nouveau le due de Bouillon. Arrêté au milieu de son armée d'Italie, il avait été conduit à Lyon et enfermé dans le même château que son complice. Quand fut tombée la tête de celui-ci (12 septembre 1642), il consentit à racheter sa vie par l’abandon de Sedan. « Le cardinal, en graciant le duc, trouva « moyen tout à la fois de témoigner sa reconnaissance au prinee « d'Orange, oncle de Bouillon, qui s'était montré allié fidèle au « moment du péril ; d'ôter pour toujours aux factions une dange- « reuse place de refuge, et d'assurer à la France un bon poste de « plus sur une des principales frontières. Mazarin conclut l'affaire à « Lyon avec le duc le 15 septembre ‘», et, dès le 21, Richelieu récompensait Fabert de son dévouement au service du roi, en lui donnant le gouvernement de Sedan et des souverainetés de Raucourt et Saint-Menge ?. Huit jours après, le nouveau gouverneur arrivait à Sedan, précédé-de Mazarin, et le lendemain 30, il entrait solennellement en fonctions. C’étaient pour la paix de la Champagne de précieuses garanties, que confirmèrent au sud la prise et la ruine des places bourguignonnes de Jonville (16-22 septembre), Chavirey (23 septembre) et Suaucourt (25), par les troupes de du Haillier, gouverneur du duché de Lorraine, appuyées de l'artillerie de Langres *.

Deux mois s'étaient à peine écoulés depuis l'acquisition de Sedan que Richelieu mourait (4 décembre)‘. Leroi ne tarda pas à le suivre

4 Henri Martin, t. XI, p. 570.

? Mazarin lui en fit délivrer les provisions le 45 janvier 1544. Il avait pensé d’abord subordonner le gouvernemeut de Sedan à celui de Champagne. Mais Fabert combattit son avis avec {ant de force qu'il finit par obtenir que son pouvoir relèverait uniquement de celui du roi. — On lira avecintérêt le bel éloge que fait de Fabert Arnauld d’Andilly, qui, étant à Metz, s'était lié avec lui, dès l’année 1635, d’une amitié fort étroite. (V. les Mémoires d’Arnauld dans la collection Michaud et Poujoulat, t. XXII, p. 463.) On sait que la modestie de Fabert lui fit, en 4661, refuser le cordon de l’ordre du Saint-Esprit, par la raison que ce cordon ne pouvait être porté que par l’ancienne noblesse. Touché de ce sentiment, Louis XIV lui donna par engagement le domaine de Sézanne-en-Brie. (N. la Biographie ardennaise de Bouilliot de Coubigny, 1. Ie).

8 Journal deCl. Macheret, p. 174 et sq.

4 A l’âge de 53 ans.

1643. MORT DE RICHELIEU SUIVIE DE CELLE DU ROI. d75

dans la tombe (14 mai 1643), malgré les prières publiques adressées au ciel tant pour sa conservation que pour le salut de l'Etat !. L'Espagne, qui n’attendait que sa fin pour fondre sur la Champagne, ne l’eut pas plus tôt apprise que son armée, entrant en France, vint assiéger Rocroy, tandis que les Croates qui tenaient les places du comté [de Bourgogne], infestaient la frontière méridionale de la province et ruinaient les campagnes, déjà rançonnées et pillées par les garnisons françaises de ces parages ?. Mais la province était protégée par le jeune duc d’Enghien 5, en qui semblait incarné le génie de la guerre. L'armée espagnole, attaquée sous les murs de la place qu'elle tenait bloquée (1643, 48 mai), dut céder à la bravoure de

! Marie de Médicis était morte, le 3 juillet 1649, à Cologne, après un exil de plus de douze ans. Si le chapitre de Reïms, au passage du corps par cette ville (août), déploya peu de pompe et d’appareil dans le service qu’il célébra pour le repos de son âme (Mém. de René Bourgeois), on peut dire que la Champagne, ainsi qu’il apparut particulièrement à Langres (3 septembre), lui fit de solennelles obsèques. Lechanoïine Clément Macheret a composé pour elle (voir p. 200) cette épitaphe qui ne manque pas d’une certaine noblesse :

Le palais florentin me donna le berceau,

Le Louvre de Paris a vu régner ma gloire ;

Le nom de mon éponx, d’immortelle mémoire,

Brille dans le ciel comme un astre nouveau.

J'ay pour gendres deux rois, pour fils un clair flambeau

Qui de mille rayons éclaire mon histoire.

Parmi tant de grandeurs le pourra-t-on bien croire ?

Je suis morte en exil, Cologne est mon tombeau.

Vieille Université de la terre allemande,

Si jamais le passant curieux te demande

Le funeste récit des maux que j'ai soufferts,

Lis dessus mon cercueil, qui chétivement serre

La Royne dont le sang règne en tout l'univers,

Qui n’eut pas en mourant un seul pouce de terre. Requiescat in pace. Amen.

? Clément Macheret, passim et spécialement p. 270. $ Louis de Bourbon était fils de Henri de Bourbon, prince de Condé; ül prit ce dernier titre à la mort de son père (26 décembre 1646) : ce fut le

grand Condé.

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