‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 298 sur 327 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

1. Décadence de la vie municipale, — II, Armée, — HT. Intendants. — IV. Justice. — V. Vincent de Paul, les missions, — VI. Lettres. — VIL, Arts ; la tapisserie à Reims.

I. Les alarmes continuelles, les constantes préoccupations où vivaient les populations de la Champagne, entretenaient chez elles une valeur guerrière dont l’histoire nous a fourni de nombreux exemples. Mais cette mâle vertu elle-même, qui les distinguait depuis longtemps, prenait sa source dans les privilèges que leur avaient transmis les générations d’un autre âge, et dans le sentiment de la responsabilité que leur imposait l'exercice des libertés communales. Isolées d’une royauté faible et impuissante, elles n'avaient pu jadis que compter sur elles-mêmes pour la défense du sol natal, et cette nécessité de pourvoir à leur propre salut les avait fortement trempées. Mais la royauté avait grandi, s'était alliée à la bourgeoisie, et après avoir, par cette alliance, dominé la féodalité, avait fini par se sentir assez forte pour poursuivre l'égalité de toutes les classes devant la loi.

Alors sont attaqués et mis « au coffre » les privilèges ; alors sont menacées d’une ruine prochaine les franchises communales. A la défense du sol natal a succédé celle du territoire français. Le régiment de Champagne promènera son drapeau sur toutes les fronticres et l’illustrera par sa bravoure !.

! Les quatre vieux, dont ce régiment faisait partie, et qui avaient été ormés des anciennes bandes de François [e, s'étaient accrus de deux autres, Normandie (1616) et Marine (1628). Aux vieux, comprenant dès lors six régiments, s’opposaient les petits vieux, également au nombre de six : Boulonnais, Auvergne, Régiment du Roi, et trois autres qui prenaient le nom de leur colonel ou de quelque province (Boutaric, Institutions militaires, p. 422).

Il. Ce régiment, comme tous ceux d'infanterie, était en partie armé du mousquet, en partie de la pique. Divisé en bataillons, il présentait, en chacune des compagnies dont ceux-ci se composaient, un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, deux sergents, un fourrier et quatre caporaux. Comme les autres régiments d’alors, il n'avait pas d’uniforme, etse distinguait par une écharpe aux couleurs du colonel. Il se recrutait par l'engagement volontaire, et celui-ci était provoqué par des sous-officiers ra coleurs, qui pareouraient les villes et les campagnes, faisant les plus magnifiques promesses, peignant l’état militaire sous les plus brillantes couleurs, et par l’appât d’une certaine somme d’argent déterminant, sous l'influence des vapeurs du vin, les paysans crédules ou des ouvriers sans ouvrage à aliéner leur liberté.

Pour ce qui regarde en particulier la cavalerie, elle commença, en 1635, d’être enrégimentée comme l'infanterie. Jusque-là « il n°y « avait, dit Fabert en ses Mémotres, que des compagnies particu- « lières qu’on couplait pour faire des escadrons sous les plus anciens « capitaines ». Le 8 décembre, Richelieu faisait écrire à M. le cardinal de La Valette que « Sa Majesté réduit toute la cavalerie fran- « çaise en régiments et esquadres, sous le nom de personnes qu’elle « estime avoir la volonté et le pouvoir de les faire subsister ». Toutefois la mesure que cet ordre généralisait, après avoir reçu en mai un commencement d'exécution, ne devait être définitivement appliquée qu’à partir de janvier 1638 !.

Mais, pour être mieux organisés, les gens de guerre n’en étaient pas mieux disciplinés. Leurs désordres étaient tels que les gens de finance durent plus d’une foiss’en plaindre, car l'excès de la misère ne permettait pas au pauvre peuple d’acquitter les impôts : « Sa « Majesté considérera », avaient dit, en 1634, les trésoriers de France en Champagne, « que tous les gens de guerre qui se lèvent en France « pour aller en Lorraine et Allemaigne ont leur route de passage « par ladite province, où ils vivent à discrétion et, non contens de « ce, pillent et rançonnent ses subjetz ;... que les gens de pied qui « sont passez et séjournent en cette province n’ont payé aulcune

1 Le marëchal de Fabert, t. If, p. 71.

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