RUINE D'ÉPERNAY.— FONDATION DE VITRY-LE-FRANÇOIS
l'entrée de la ville, et en lui confirmant la jouissance de trois foires franches qu’il lui avait octroyées en mars 1522 *.
Pendant qu'il travaillait ainsi à relever Epernay, François abandonnait Vétry-en-Perthois, « pour l'incommodité de l'assiette « commandée de trois ou quatre montagnes ?», et choisissait, pour le reconstruire, une situation moins exposée aux désastreux effets des nouveaux engins de guerre*. Sur l'emplacement du village de Moncourt, baigné par la Marne, et dont le seigneur reçut à titre d’indemnité une somme annuelle de 300 livres *, Hiéronyme Marin reçut ordre de tracer le plan de la ville nouvelle, et le bailli de Vitry-en-Perthois dut en faire commencer immédiatement les travaux. Le roi ne lui conserva pas seulement le nom de Vitry, il voulut qu’on y ajoutât encore son nom et qu'on l'appelât Vatry-le- François® (lettres patentés de mai1545); de plus il donna pour armes « à la bonne ville » sa salamandre d’or sur un brasier couronnée, flamboyante de gueules, avec la devise royale : Nuérisco ei extinguo. En même temps, il la dota de trois foires franches, et d’un marché franc : deux des foires étaient de huit jours et devaient s'ouvrir, l’une, à la Sainte-Madeleine, l’autre à la Saint-Martin; la troisième n'avait que quatre jours de durée commençant «au « jour Saint-Mathias, au mois de février ». Quant au marché, il devait se tenir « les jours de lundi, jeudi et samedi de chacune « sepmaine f ».
Le roia de plus accordé à Vitry des lettres-patentes pour l'érection d’un grenier à sel. La ville de Châlons, qui l’apprend, entend y faire
1 Anc. mémorial de la Chambre des comptes de Paris, coté 2 C, f° 200.
2 La ville avait été d’ailleurs fort maltraitée et quasi ruinée par l’armée allemande à son départ.
3 Arch. mun.
4 Arch. dép., Fonds de Torcy, liasse Vitry-en-Perthois : ann. 1545, lettres patentes de François T°r°
5 C’est ainsi qu’il convient aujourd’hui d'écrire ce mot, en le prononçant de la même façon que le prénom, et non comme le mot Français, désignant l'habitant de la France. Cette dernière orthographe est venue de l’ancienne prononciation du mot François (françouais), laquelle n’existe plus que dans les campagnes.
6 V. à l'Appendice la charte de François Ie", qui est du mois de
mai 4545.
er
opposition, et envoie à Paris deux de ses plus notables habitants avec mission de remonstrer les ruynes et pertes qu’elle a subies ( juin). Ainsi combattra-t-elle la prétention de Vitry d’être érigée en siège d'élection. On a obtenu à cet effet des lettres missives du duc de Guise, adressées aux cardinaux de Bourbon et de Lorraine, à l'archevêque de Reims et à M. d’Aumale (5 juillet) !.
François, qui avait éprouvé dans sa dernière guerre « que la « principale descente d'Allemagne pour entrer en France était par & la Champagne, et toutefois qu'il n’avait frontière en son royaume « si mal garnie de places fortes pour faire tête à une grosse armée », avait résolu de pourvoir à ce besoin, et chargé le seigneur de Langey, Martin du Bellay, « son lieutenant audit pays de Champagne, « de visiter la frontière depuis Vervins jusqu’à Coiffy » (Haute- Marne). Langey, dès le 20 décembre, commença à s'acquitter de sa mission en compagnie d'Hiéronyme Marin, « homme bien entendu « au fait des fortifications », et, sur son rapport, le roi, pour fermer au nord de la Champagne un « grand païs ouvert entre Vervins et Mézières », fit élever une citadelle au-dessus de Maubert-Fontaine, à la saillie des bois ; de même que, pour remplacer la ville de Stenay, rendue au duc de Lorraine, il fit construire entre cette villeet Dun, sur la rive gauche de la Meuse, une place forte à laquelle fut donné le nom de Vil/efranche-sur-Meuse. Il prescrivit en même temps de fortifier Mézières, Mouzon, et de besongner au château de Sainte-Menehould. Cette dernière ville, redoutant l'invasion de Charles-Quint, avait aux premières alarmes envoyé à Château- Thierry ses titres les plus précieux ; mais, Château-Thierry ayant été livré au pillage, elle ne put les recouvrer en totalité. Saint- Dixier, Chaumont furent également l'objet des sollicitudes du roi, et Coify, « qui est à la portée d’une coulevrine de la Franche- Comté », vit creuser les fondements d’une citadelle.
En même temps, le roi qui venait de perdre son 3e fils, Charles d'Orléans (8 septembre 1545), remettait, le 10 décem
bre, le gouvernement de la Champagne à François de Clève
s, duc de Nevers, qui
1 L'opposition de Châlons ne devait pas être stérile : le conseil obtint, en avril 1553, les lettres d’abolition du grenier à sel et en même temps que des lettres d'affranchissement (Concl. du 21 avril).
de Pélection de Vitry, perpétuel des tailles
Die rivpeex
1545-1546. FRANÇOIS 1e" FORTIFIE LA FRONTIÈRE CHAMPENOISE. 91
ne tarda pas à faire à Troyes « sa nouvelle et joyeuse entrée », au bruit de l'artillerie et « sous un ciel de velours armorié et franché « à ses couleurs! ». François [« lui donnait, quelques jours après, les" de Longueval pour lieutenant général, afin d’alléger le poids de sa charge ?. |
L'année suivante (1546), François, qui se défiait toujours de l’empereur et redoutait les conséquences de la guerre que ce prince avait commencée contre les protestants de l'Allemagne, voulut juger par lui-même de la diligence qu’on avait mise à exécuter ses ordres, et vint « visiter sa frontière tant de Champagne que de « Bourgogne ». Il commença par cette dernière, et de Dijon, prenant son chemin par la Champagne, tandis qu'il envoyait l'amiral d’Annebault à Coiffy et Montigny-le-Roiï, il vint lui-même à Langres, et de là à Chaumont-en-Bassigny, où les habitants lui offrirent «une « superbe coupe, pour la façon de laquelle ils avaient acheté plu- « sieurs pièces rompues de l’église ? ». De Chaumont, le roi se rendit à Saint-Dizier «et vint faire sa fête de Toussaints à Jeuville » ; puis il passa à Vitry-le-François, d’où il se rendit à Sainte-Menchould, qu'il avait déjà visité en septembre 1543, à Villefranche-sur-Meuse, à Mouzon, Sedan, Mézières, Maubert-Fontaine, « et se retira à Notre- « Dame de Liesse et à Folembray, où il solennisa la fête de Saint- « André (30 novembre 1546) ».
Il avait, dans le cours de l’année, accordé à d’assez nombreuses localités la permission de se fortifier. Il y avait particulièrement autorisé, en janvier, les communes de Marte-en-Brie (bailliage de Meaux), de Sepeaux (baill. de Troyes), et de Moutacher (baill.:de
! Cest à tort que M. Boutiot rapporte au 27 mars 1544 cette entrée du duc ; elle n’eut lieu que le 27 mars 1546, comme on peut en juger par la note suivante.
2? Nous lisons, en effet, dans les Archives du bailliage de Chélons des lettres datées de Villers-Costerets le xvi® décembre 1545 en faveur de Longueval, et où François 1° rappelle qu'après la mort du duc d'Orléans, son bien aimé fils, que Dieu absolve ! il a pourvu le duc de Nevers du gouvernement de Champagne.
8 Jolibois, Hist. de Chaumont, p. 69. C’est à tort que M, Jolibois fixe cette visite du roi à l’année 1547 ; elle eut lieu vers le milieu du mois d'octobre 1546.
# Pour tout ceci, voy. Martin du Bellay.
Sens) ; en février, Avise, Arcissur-Aube ; en mars, Sézanne, Courceaux et Vertilly (bail. de Sens) ; en avril, Marolles-sur-Seine (id.), Anglure, Villemanoche près Sens ; en juillet, Bourdenay (baïll. de Troyes), Fulvy-en-Champagne (baill. de Sens), Bazocheles-Bray (baïll. de Meaux); en septembre, Sennevoy (baill. de Sens).
François [ était à Saint-Germain-en-Laye, quand lui arriva la nouvelle de la mort de Henri VIIL, décédé le 98 janvier 1547. Il en devint tout pensif, et, considérant l'incertitude des événements, il donna l’ordre au seigneur de Langey de presser les fortifications de la frontière de Champagne, assignant à cet objet la somme de « neul-vingt-mille livres». Mais, «devant que la chose fut exécutée », la mort intervenait etemportait le roi, le 31 mars 1547 !.