REVENDICATION DE LANGRES EN FAVEUR DE SA JUSTICE
vues, François [er était très mobile dans ses impressions et manquait de cet esprit de suite et de cette constance qui enchaïînent la fortune. D'ailleurs, rien d’assuré du côté des finances, mais de perpétuels expédients qui lassaient la nation, sans pourvoir toujours aux nécessités les plus pressantes : de là des découragements, des désertions qui compromettaient les entreprises lesmieux concertées, et mettaient en péril le salut du royaume. L’abîime semblait appeler l’abime. Pour le combler, on recourait alternativement, selon les circonstances, aux dons gratuits et aux emprunts forcés, aux aliénations du domaine royal et à la vente des offices, qu'on multipliait pour en multiplier le scandaleux trafic. Villeneuve-le-Roi, qui, pour l'administration de la justice, relevait du siège de Sens, a manifesté le désir d’avoir ses officiers propres, et cette faveur lui a été octroyée ; mais la ville de Sens prétend qu’une telle mesure serait la ruine de sa prospérité, et, pour en obtenir la révocation, elle offre au roi une somme de 6,000 1.. François I® la fait déposer entre les mains du trésorier extraordinaire des guerres, et par une charte du mois de mars 15922, il rétablit les choses en leur premier état'. Aïnsi, vingt-deux ans plus tard, quand les habitants de Langres sollicitèrent la possession d’un bailliage, Sens obtint, en mai 1544, moyennant 8,000 livres, des lettres patentes qui maintenaient l’ancienne dépendance de cette ville. La raison et l'équité plaidaient cependant pour Langres ; car il devait être aussi périlleux qu'onéreux pour ses habitants d’être contraints d’aller si loin chercher justice.
Nous retrouvons du reste à Reims la même opposition aux bienfaits intéressés du roi. Mais ici elle ne devait point triompher. Les lettres de François l qui créent dans cette ville un siège royal « éclipsé du siège de Laon » et comprenant les villes de Reims et Châlons, sont de juin 1523°. Le conseil, en sa séance du 1% novembre, les accueillait avec reconnaissance; mais bientôt les autorités de Laon et l’archevêque de Reims lui-même s’élèvent contre cette nouveauté, soutenant qu’on ne peut leur porter un si grand
1 Hist. de Sens, par M. de Lavernade, p. 167. Arch. légist., t. I des Statuts, p. 7.
$ Elles lui furent transmises par la régente, dont les lettres sont du 25 septembre.
préjudice sans les entendre. Il faut que la régente, considérant les causes qui ont déterminé son « seigneur et fils » à ériger le « siège de « Reims, qui est des plus anciennes villes du royaume, en laquelle. € il a pris sa couronne et sceptre royal et a esté oint de la sainte « ampoule. », déclare et veuille « de grâce spéciale que ceux qui « ont esté pourveus aux offices de lieutenant, procureur, greffier « et autres jouissent de leurs offices et les tiennent par manière de € provision durant le procès. » (Saint-Just de Lyon, le 22 novembre 1524). Deux ans après, le procès était encore pendant, les gens de Laon prétendant toujours que cette érection les ruinait, et, le 18 novembre 1527, une assemblée générale des habitants de Reims recevait communication d’une lettre du roi qui sommait la ville d'envoyer dans les huit jours un fondé de pouvoir pour débattre devant lui, avec les représentants de Laon, l'opportunité de ladite érection. Enfin, le 3 juillet 1598, le Grand Conseil a donné son arrêt, et le siège est irrévocablement acquis à la ville de Reims.
Quinze ans plus tard (décembre 1543), un édit dotait Châlons de la même institution, établissant « un siège royal particulier du bail- « liage de Vermandois, qui, disjoint et éclipsé du siège royal de « Reims », comprit les prévôtés de Châlons et de Compertrix?. Ce siège fut établi à l’hôtel du Saint-Esprit.
Il faut reconnaître toutefois que, tout en profitant aux finances du roi, ces démembrements des grands baïllages servaient la cause des populations, dont ils rapprochaient la justice. Aussi ne sommes-nous pas surpris de voir l'instance de la ville de Troyes pour obtenir que la cour des Grands Jours siège dans ses murs. Cette faveur lui fut accordée en 1535, et la cour, après une entrée solennelle, oâvrit le 28 août, sa session sous la présidence de M. François de Montholon, magistrat renommé pour sa science et sa probité. Tant que durèrent ses travaux, c’est-à-dire jusqu’à la fin de décembre, la ville lui fit faire une distribution journalière de vin, en même temps qu’elle fit présent à chacun de ses membres d’un minot de sel pour tout leur séjour, et de confitures variées, de fruits, d’oranges, etc. 3.
Arch. législ.. Statuts, t. I, p. 864, 867, 869.
? Arch. dép. de la Marne, G.163, { 50.
* Boutiot. Hist. de Troyes, t. I, p. 349.