‹ Histoire général de la Champagne et de la BrieChapitre 49 sur 327 · ÉTABLISSEMENT À TROYES DE L’AUMONE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

ÉTABLISSEMENT À TROYES DE L’AUMONE GÉNÉRALE

Sur la requête du maire et des échevins, la cour réforma l’administration des hospices, en exécution d’un édit royal du 13 juin 1534, rendu contre les maîtres de ces maisons, et décida que le soin du temporel en serait confié à quatre notables bourgeois, élus par les habitants en assemblée générale, et après que les étisants auraient prêté serment entre les mains du baïlli ou de son lieutenant « d’élire en leur conscience les habitants les plus idoines, capables «et utiles ». Cet arrêt, qui, en sécularisant l’administration temporelle des hôpitaux de Troyes, mettait fin à bien des abus qui s’y étaient introduits', rencontra naturellement dans son application plus d’une résistance ; l'opposition alla même jusqu’à la violence, mais elle dut céder sous l’influence croissante des idées nouvelles ?.

Ainsi vit-on à Troyes, sous le nom d’'Aumône générale, naître en 1529 et s'organiser en 1536 la bienfaisance publique. L'entretien des pauvres avait toujours été l’un des grands objets de la sollicitude des villes, de l’Eglise et de l'Etat’; mais plus d’une fois les villes s'étaient trouvées impuissantes à y pourvoir, soit que la misère des temps multipliât les indigents au-delà des ressources dont elles pouvaient disposer, soit que la mendicité eût pour beaucoup plus d’attrait que le travail. Encombrées de mendiants, les villes recouraient alors à des mesures sévères. Ainsi, dans des assemblées générales tenues les 29, 30, eu31 janvier 1522, Troyes décidait que les pauvres impotents, difformes ou dépliés, sans domicile, mais originaires de la cité, seraient logés et entretenus dans les hôpitaux ; les autres seraient invités à travailler, et, s'ils s’y refusaient, ils seraient bannis et expulsés de la main du bourreau ; sinon, enchainés deux à deux et contraints de travailler aux fortifications. Quant aux « gros « bélistres et bélistrières » pouvant travailler, ils seraient renvoyés en leurs pays. Mais, la nécessité dominant ces mesures, il devint urgent d’aviser par d’autres dispositions au soulagement de la misère publique.

! Boutiot, t. Il, p. 366. — Les hôpitaux ne recevaient pas les pestiférés; la ville, en 1518, créa pour ceux-ci un service spécial. 2 Id, ibid., p. 351.

5 V. sur cet objet le concile de Tours de 566 (5° canon), le capitulaire m9

de Charlemagne, p. 727 dans Baluze, l'ordonnance de Philippe de Valois (1346), les arrêts du Parlement des 22 avril et3 juin 1522.

L'institution fondée par la ville de Troyes a ses proviseurs, ses ressources et ses comptes. Ses ressources, elle les demande d’abord aux troncs placés dans les églises, aux quêtes faites à domicile, aux legs et dons particaliers ; plus tard, en 1545, elle obtiendra l’autorisation d'appliquer le règlement deParis! «pour le gouvernement des « pauvres et l'assiette d’un impôt sur tous les habitants, de quelque « qualité qu'ils soient, pour subvenir à l'entretien desdits pauvres ». La commission administrative se compose alors de douze élus, dont six ecclésiastiques et six laïques ; elle ne s'occupe pas seulement de donner la nourriture aux pauvres, elle fait aussi instruire leurs enfants, et leur faitapprendre un métier. Le recensement de la population nécessiteuse, auquel elle se livre, fixe à 1,512 le nombre des pauvres à secourir : il s’en fait une grande procession, le 30 août, afin d'appeler sur eux les libéralités des âmes compatissantes ; chacun d’eux avait un cierge à la main ?. Le XVIe siècle avait donné naissance au Bureau de bienfaisance et à la taxe des pauvres.

Vers le même temps, l'ordonnance de Villers-Cotterets (août 1539) sur le fait de la justice, prescrivait aux curés de tenir «registre des « baptêmes contenant les temps et heure de nativité, faisant pleine « foi pour prouver le temps de majorité et de minorité », et de déposer à la fin de chaque année ce registre au greffe du bailliage le plus voisin. Des actes de décès il n’était encore question que pour les bénéficiatres. Quant aux actes de mariage, c'était le concile de Trente qui, dans sa vingt-quatrième session (11 novembre 1563), devait enjoindre aux curés d'inscrire soigneusement sur un registre spécial les noms des époux et des témoins, le jour et le lieu où le mariage aura été contracté.

Si le démembrement des baïlliages profitait à la fois au Trésor et aux justiciables, celui des emplois de finances intéressait particulièrement le premier, car il avait pour but et pour effet de donner à l'administration financière plus de régularité, sans empêcher l'argent versé à l’Epargne, c’est-à-dire au Trésor central, d’être toujours à la disposition absolue du souverain : « On paie au roi

1 Ce règlement était une application de l’ordonnance du Parlement de Paris du 2 juillet 1545.

2 Boutiot, ibid., p. 367 et 394.

8 V., pour ce qui concerne Reims, le chapitre relatif au règne de Henri IL.

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