LES PRÉVOTS DES MARÉCHAUX PROVINCIAUX
La police des grands chemins leur appartenait, et ils statuaient souverainement et sans appel. Le prévôt des maréchaux provinciaux en résidence à Troyes n’eut d’abord sous ses ordres que six archers : la ville en réclama dix de plus. C’est l’origine de notre gendarmerie !.
Ce prince si jaloux de son autorité, et dont l'autorité n’avait d'autre règle que le bon plaisir, attesté par la célèbre formule de ses ordonnances et Lettres royaux, était aussi le prince le plus généreux, le plus élégant dans son extérieur et le plus instruit de son temps : « Ses connaissances, dit un ambassadeur vénitien ?, ne se bornent « pas simplement à l’art de la guerre, ... mais il est très expéri- « menté dans la chasse, dans la peinture, la littérature, les « langues... ». Aussi François I se plut-il à encourager les lettres et Les sciences en leur ouvrant, en 1529, le CoZtège royal ou Collège des Trois-Langues, ainsi nommé parce qu’on y enseignait le latin, le grec et l’hébreu, et en ajoutant bientôt à ces chaires des cours de médecine, de mathématiques et de philosophie grecque et latine. Le choix que fit ce prince du troyen Jacques Toussaint, dit Tusanus ou Thusanus, pour y professer les deux langues classiques, fait autant d'honneur à ce savant qu'à l’enseignement des établissements scolaires de la ville de Troyes ; car il prouve tout le soin qu'elle y donnait.
Sous cette royale influence, qui répondait si bien à la passion des esprits pour l'érudition, le collège de Langres apparaît à la lumière en 1531, et reçoit les premiers soins du recteur Jean Thomassin, qui décrivit le séjour de François [er à Langres en 1547*.
Philippe Hodoard, docteur en théologie et chanoine de l’église de Sens, fonde dans cette ville, en juin 1537 * un collège « pour jeunes petits enfants estudiants », « auquel ÿ aura [avec le principal] trois « régents doctes et vertueux » ÿ.
1 Boutiot, ibid., p. 397.
2 Relat. des ambass. vénit., t. Ir, p. 279.
3 Notice historique sur le Collège de Langres, par François Gauthier, ancien principal de l’établissement, p. 12.
4 L'acte de fondation est des 12 et 15 juin.
5 V. de Lavernade, Hist. de Sens, p. 174.
Six ans après, le 24 octobre 1543, Me Gilles Grand-Raoul ou Grand-Roux, chanoine et écolâtre de Notre-Dame de Reims, encouragé par l’approbation qu'avaient reçue de l'archevêque (6 septembre) ses vues généreuses, suppliait humblement V'échevinage de l’autoriser, « pour le grand bien et utilité de la République et de « tout le pays, et de tous les habitants tant pauvres que riches », à faire restaurer le Collège des Bons-Enfants, « afin qu'il soit plus « grand etspacieux, pour y avoir trois ou quatre bons régents et de « bon savoir, et pour y loger et apprendre et nourrir huit ou dix « pauvres escoliers »!. Le collège n’avait été jusqu'alors, dit Rogier, qu'une simple communauté sous le titre de Pauvreté des Bons- Enfants, où ils étaient entretenus, et d’où ils allaient prendre leçons aux écoles de la rue des Tapissiers (cour du Chapitre), avec ceux des écoles des Ecrevés et de Saiënt-Denis?, dont les maisons étaient « assez loing des bonnes rues et peuplées de la villes ». Mais les bâtiments de la rue des Tapissiers menaçant ruine, il devenait urgent de transférer les cours et les élèves dans une maison commune et suffisamment grande et spacieuse. Grand-Raoul obtint ce qu’il demandait, et en 1546 eut lieu la translation tant désirée.
Le soin qu’on prend des grandes écoles permet de penser que les petites, loin d’être négligées, étaient l’objet d’une sollicitude attentive, et que tous les diocèses de la Champagne présentaient à cet égard le même état de prospérité que celui de Châlons. Les Registres de l’officialité continuent, en effet, jusqu’en 1539, de nous attester par les noms des maîtres que des raisons diverses ont amenés devant le tribunal de l’évêque, la complète organisation des écoles primaires dans les paroisses de ce diocèse : chaque localité a la sienne, et le maître est le recteur des écoles de la localité, rector
1 Arch. législatives, Statuts, t. I", p. 893.
? Id., ibid., t. Il, p. 631. Outre ces escolles de grantmaire, il y avait encore l’école du Temple, appartenant à la collation du commandeur de Reims (V. Marlot, t. IV, p. 321, note). Les élèves des trois premières suivaient le matin des cours communs dans les bâtiments du chapitre, et se retiraient ensuite chacun dans leur maison particulière, pour s’y livrer sans doute à l'étude ou à des exercices variés.
3 Marlot, ibid.