CRÉATION DE COLLÈGES. — CHRONIQUEURS TROYENS
scolarum loci. Nous comptons de 1515 à 1539, treize maîtres mentionnés dans ces registres !.
L'amour de la science tourmente à cette époque et transforme les esprits. Il fait de deux petits bourgeois de Troyes les deux premiers chroniqueurs ou annalistes de la ville, gens d’ailleurs de fort mince talent et que leur œuvre ne devait pas conduire à la gloire : ce sont Poncelet Musnier et Jacques de Brienne, dont les notes vont de 1539 à 1562. Le dernier nous apprend qu'il fut reçu, le 6 août 1542, dans la confrérie de la Sotte-Bande, qui jouait alors à Troyes des sotties et des diableries, et qui paraît y avoir fleuri de 1542 à à 1550 ?. Il avait été, le 8 octobre 1536, honoré du titre de marguillier à l’église Saint-Jean, et, le 2 septembre 1539, admis dans la compagnie des arbalétriers, qui se réunissait au couvent des Jacobins, où elle faisait célébrer une messe basse tous les dimanches et une grand’'messe le jour de la fête.
Les apothicaires troyens, de leur côté, se séparent, en 1539, des épiciers et des ciriers, auxquels leurs statuts de 1431 les unissaient. Ils ne seront plus désormais de simples marchands ; ils devront savoir le latin, et s’occuperont sérieusement de la bonne confection des médicaments. L’apothicatrerie tend à devenir une science et un art, comme la médecine, à l'exercice de laquelle elle est associée.
1 Ce sont :
En 1515 Nicolas à Ecury, pour voies de fait contre un laïque ;
1516 Philippe Pucelle, à Blaise-sous-Arzillières ;
— Nicolas Royer, à Lettrée ;
1520 Charles Lebert, à Bussy-le-Château ;
1522 Claude Macquart, à Châlons ;
1593 Thomas Houbey, à Varimont ;
1524 Barthélemy Case, à Recy, pour voies de fait contre un laïque;
1525 Germain Dupressoir, à Courtisols;
— Legros, à Villers-en-Argonne ; — Jean Oudinet, à Vroil ;
1526 Jean Adenin, à Mairy. Celui-ci, tout clerc qu'il était, ne vivait pas en clerc, car il courait la nuit par le village avec un bâton, commettait toute sorte de scandales, jurait..: ;
— Germain de Persoys, à l’Epine, pour inconduite ;
1539 Nicolas Geoffroy, à Saint-Vrain.
2 V. Boutiot, ibid., t. IL, p. 372.
8 Id., ibid.
De même qu'aux lettres, François l*, appuyé sur la connaissance des chefs-d’œuvre de l'Italie, communiquait aux arts une vive et féconde impulsion. S'il faut en croire la tradition, sur un ordre qu’il aurait donné dans un voyage qu'il fit à Provins en 1529, se serait élevé dans la rue aux Aulæ un noble monument de l’art du XV siècle, malheureusement réduit en cendres en 1821, mais dont quelques ruines attestent encore lamagnificence. Ce qui est certain, c'est qu’en ce temps-là même se poursuivait à Provins la restauration de l’église Sainte-Croix, qui, entreprise en 1510 à la suite d’un incendie, ne devait pas se terminer avant 1581, et qu’on y posa, en 1534, les beaux vitraux dont elle est ornée. En 1526, Troyes voyait construire dans la rue Champeaux l'hôtel des Ursins. En 1533, on jetait à Châlons les fondements de l’ancien hôtel de ville, qui ne devait être achevé qu’en 1612, et dont il est permis de regretter la trop précoce destruction'. En 1546 se terminait, à Chaumont, la belle église de Saint-Jean. Bien des églises s’achevaient ainsi ou s'édifiaient, dont le sol se couvrait de carreaux émaillés, ou dont les riantes verrières ravissaient à la fois la piété et l’admiration des peuples, comme celles que nous montrent Notre-Dame de Châlons (1526-1527), Saint-Alpin de la même ville (1536), Aulnay (1540-1553), Maïzières (1529), Rosnay (1526 et 1537), Creney (1520), Ervy, etc.?. Epernay regrette son ancienne église, charmant édifice de la Renaissance, dont la nouvelle n’a conservé qu'une élégante entrée latérale, attribuée à l'artiste rémois Pierre Jacques, et une suite de vitraux que l’on peut considérer, malgré les mutilations qu’ils ont subies, comme une des plus riches de la Champagne. C'était, du reste, l’époque où Claude Henriet se montrait à Châlons (19 octobre 1522), où la ville recevait le peintre Jean de Lassus (5 déc. 1524), où apparaissait le peintre Chartes Henri (1542); c'était celle où Jean Cousin, de Soucy près de Sens (1520-1590), commençait à s’illustrer dans la peinture sur verre par la pureté de son dessin, et dotait la cathédrale de Sens de vitraux non moins remarquables par l'éclat
1 L'Atlas qui accompagne l’Histoire de Châlons, de M. Barbat, en donne la façade.
? V. le Répertoire archéologique dé l'Aube, par d’Arbois de Jubainville.
$ Arch. dép. de la Marne, G. 158, f° 99 — fo 143 — fo 484.