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Sur ses avis, le conseil de Reims, le 30 mai 1488, arrête, entre autres mesures, que des /êves ! seront plantées par les connétables dans les fossés de la ville et qu’il sera tenu un registre secret des places où on les aura semées ; ‘que les habitants de quatre à six lieues à la ronde seront tenus de se retirer à la ville avec leurs biens ; que les seigneurs des frontières qui ont des forêts seront invités à abattre des arbres sur les grands chemins pour entraver la marche de l’ennemi. Le 14 juillet suivant, ordre de tuer les chiens, dontles aboyements empéchent d'ouyr aux champs ?. Huit jours après (22 juillet) *, les Bretons étaient battus à Saënt-Aubin-du-Cormier, et le duc d'Orléans qui les commandait fait prisonnier.
Le traité de Sablé qui suivit (21 août), et la mort du duc de Bretagne qui survint peu de jours après le traité (9 septembre 1488), suspendirent les alarmes de la cité rémoise ; mais ce fut bien autre chose quand, le 3 octobre 1489, parvinrent au conseil les lettres du roi annonçant sa paix avec Maximilien (Traité de Francfort, 24 juillet) : il y eut procession aux Cordeliers, où se fit la lecture des lettres, et on alluma de tous côtés des feux de joie‘.
Tout n’était cependant pas fini du côté de la Bretagne. A la
! Instrument de guerre destiné, comme les chauldes trappes (chaussetrapes), à enfraver la marche de l'ennemi.
? Arch. législ., Statuts, t. Ir, p. 837.
$ Ce jour-là même, Bourges était dévorée par un incendie, et, bientôt après, les habitants de Troyes avertissaient ceux de Châlons « qu'il y a par le royaume, deux ou trois mil boutefeuz habillez en coquins, envoyez par le duc de Bretaigne pour brusler les bonnes villes de ced. royaume, et que desjà avaient bruslé la ville de Bourges et aultres » {Conct. du conseil de ville de Châlons, 29 juillet).
4 Arch. légist., ibid., p. 839.
$ Aussi le roi, presque en même temps qu’il annonçait aux Rémois le traité de Francfort, leur demandait-il (30 octobre 1489), « par certaine « cause à Jui connue », de lui faire savoir quel nombre d’artilliers et feseurs arcs, flèches, trousses, taicts, il y à à Reïms, et quelle quantité ils en pourraient livrer chaque année, et combien maintenant ils en ont. La réponse, qui est du 928 novembre, dit qu’il n’y à que trois artilliers dans Ja ville ; encore l’un est-il vieux et cassé. Son fils n’a point d’arc, mais 8 à9 frousses de flèches. En un an, el en ne s’occupant d'autre chose, il pourrait faire un cent des uns et des autres
, et avec un serviteur, 150. Le troisième, qui est un excellent
ouvrier, n’a point d'arc et
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1491. NOUVEAUX IMPOTS. il
prétention d'Anne de Beaujeu de réunir le duché à la couronne, Anne de Bretagne, fille de François IE, cédant aux suggestions de Dunois, venait de répondre en épousant secrètement par ambassadeur le roi des Romains (1490). Les hostilités n’allaient pas tarder à se rouvrir, et les alertes à se renouveler!, ainsi que les demandes d'argent.
Gomme la Normandie se plaignait d’être excédée d'impôts, le gouvernement se décide d’abord (7 mars 4491) à ordonner la recherche du nombre de feux existants dans les pays de Langued’Oil-outre-Seine, de Normandie et de Languedoc. Huit commissaires et un greffier doivent être chargés de cette recherche dans la généralité d'Outre-Seine, et, pour les choisir, chaque élection doit envoyer un homme de bien en l'hôtel de Paris. Les bonnes villes de la Champagne s’'émeuvent naturellement de la mesure, qui ne leur présageait pas un abaïissement des charges qu’elles avaient à supporter. Aussi les mandataires de la ville de Troyes ont-ils mission de remontrer « les grandes povretés du pays », et de répondre aux « quérimonies et doléances» que pourraient présenter ceux des autres généralités?. Reïms, qui a choisi pour son représentant le médecin Le Membru, favori de d'Orval, gouverneur de Champagneÿ, lui remet les instructions les plus détaillées et les plus précises (25 juillet). Il aura soin de faire valoir que la désolation des doyennés
seulement un cent de flèches de trousse ; mais il ferait bien en un an cent arcs et mille flèches, le double avec un serviteur (Arch. législ., Statuts, t. 1er, p. 840).
1 Particulièrement en août 1491 à Troyes (V. Boutiot).
? Boutiot, t. I, p. 194-195. L'assemblée de Troyes donna ses pouvoirs à Guillaume Huyart et à Etienne de Baussancourt, les mêmes qui avaient été désignés en 1484 (V. ci-dessus, p. 6,n. 4). Arch. mun., B 49.
3 Nous avons des lettres de Charles VIIE, datées de Poitiers, 17 février 1486 (v. st., 1487), qui nomment le s' d’Orval son lieutenant général en la province de Champagne (Arch. mun. de Châlons, AA 3). D'autre part, d’Orval écrit de Troyes aux Châlonnais, le 41 mars 4487, que le roi l’envoie en Champagne en qualité de lieutenant, et le 2 mars 1488, le roi leur faisait savoir d’Etampes qu’il venait de pourvoir ce seigneur de l'office de gouverneur (Id., AA 4): « Pour ce que notre cousin le s' d'Orval s’est très grandement conduit en la lieutenance qu'il avait déjà de nous en nos
pais de Champaigne, et nous y à faict plusieurs bons et grans services,
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de Grandpré, de Mouzon, de Rumigny, de Launoy, et d’une partie du doyenné de Justines, lesquels portaient plus d’un tiers des charges, a fait retomber sur Reims tout le fardeau ; que les mouvements et logements des gens de guerre, les réquisitions des chevaux nécessaires au labour, les transports de vivres à soixante et quatre-vingts lieues pour avitailler l’armée, l'abandon des travaux des champs, la famine et la dépopulation qui s’en sont suivies, les effroyables inondations qui, depuis un an, ont abimé les vallées de la Vesle et de la Suippe, entrainant de nombreuses pertes de personnes et de biens, toutes ces calamités ont réduit le pays à l'impuissance. Il ajoutera que, malgré toutes ses charges et toutes ses épreuves, « l'élection, qui, à la mort de Charles VIT, ne portait que 10,000 I. de taille par an, en a porté plus de 30,000 tout le temps du règne de Louis XI. Aussi est-elle diminuée de bien plus de moitié, et cependant aujourd’hui elle porte encore plus de 20,000 livres tournois !. Reims peut d’ailleurs compter sur les sympathies du général Gaillard, « qui « dans sa conscience sait, dit-il, que les plus chargés sont ceux de « la généralité d'Outre-Seine © ».
En attendant la fin du travail, le 30 mars, le roi demande à Châlons mille écus d’or, que le conseil fait réduire à 1,200 livres payables à Paris dans un délai de quinze jours (mai 1494). À cette date même, ils’adressait aux Rémois : Il a tout fait, dit-il, pour obtenir la paix ; mais ses ennemis s’agitent de toutes parts. Pour les réduire et garanür au peuple le repos, il lui faut force deniers, et ses finances sont
pour récompense desquels, aussi que notre cousin, le s' d'Orval, son père,.et aussi ses prédécesseurs ont toujours esté bons et loyaux envers nous et la couronne de France, nous lui avons donné l'office de gouverneur de nos païs de Champaigne, pour en jouir » etc., etc.
1 Arch, législ., ibid., p. 842 et 843. Cf. La population de Reims, etc., par Jadart, p. 77 et sq.
? Si ce général des finances (il y avait alors en France quatre receveurs généraux) rend des services à la ville, celle-ci n’est pas ingrate. Le 13 janvier 1486, elle décidait qu’il serait acheté douze serviettes pour « Madame la générale Gaillard ». Le 7 juin 4493, elle croit ne faire « que son devoir, » en envoyant un char de vin au général Gaillard, car il lui est fout dévoué, et il faut bien entretenir telles gens (Arch. législ., ibid., pages 832 et 846).
3 Bulletin de la Socièté de V Histoire de France, t. WU, p+ 600.