CHARLES ÉPOUSE ANNE DE BRETAGNE
arriérées ; il ne veut du reste qu’emprunter, et promet, parole de roi, de rembourser sur les impôts de l’année suivante. Ses commissaires demandaient 4,000 écus d’or ; la ville leur offre 2,000 livres, et finalemant en donne 3,000 (24 mai).
Charles pouvait véritablement engager sa parole de roi : il venait de prendre en main les rênes de l'Etat, et il avait signalé son émancipation en rendant le duc d'Orléans à la liberté. Get acte généreux, qui devait lui gagner l’inébranlable fidélité du due, toucha également Dunois. Jaloux de se réconcilier avec son souverain, ce grand artisan d’intrigues n’eut plus de repos qu’il n’eût réparé ses torts en lui faisant épouser Anne de Bretagne, et ce mariage se célébrait le 46 décembre 1491. La paix semblait, cette fois, définitivement assurée, et véritablement la guerre n’était plus à redouter au dedans.
Le mariage du roi était, il est vrai, pour Maximilien un double affront ! auquel il ne pouvait être insensible, et le roi d'Angleterre, Henri VII, semblait disposé à seconder sa vengeance. Aussi Charles VIII crut-il bon d'envoyer, entre autres, à la ville de Troyes des officiers chargés de la préparer à la guerre et aux sacrifices que celle-ci pouvait demander : il en prévenait les habitants le 12 mars 14992. Mais Charles nourrissait sur l'Italie et Constantinople de vastes projets qu'il avait hâte d'exécuter. Il y sacrifia une partie des conquêtes de son père, et se débarrassa, en particulier, de Henri VII en s’engageant par le traité d'Etaples (3 novembre 1492) à lui payer une pension annuelle de 750,000 écus : c’était imposer au pays une nouvelle charge ; aussi prit-il soin de faire ratifier le traité par les bonnes villes5. Provins fut appelé, en 1495, à le confirmer. C'était
1 On lui enlevait sa fiancée et on lui renvoyait sa fille Marguerite, fiancée au roi depuis dix ans (Traité d'Arras).
? Arch. munic. de Troyes, AA, 48° carton, liasse 5. Bientôt il leur envoyait des armes et munitions de guerre (lettre du 7 août 1492), et deux mois plus tard il leur demandait la somme de 3,000 I. &., pour l'aider à repousser l'invasion dont le menaçait le roi d'Angleterre, « puis naguères descendu à Calais avec son effort » (lettre du 9 octobre).
3 Bien que Maximilien eût été désintéressé en 1493 (Traité de Senlis) par la restitution de l’Artois et de la Franche-Comté, nous voyons qu’en juillet 1495 il y avait alarme du côté des frontières, et que, pour se garder de tout péril, le conseil de Reims décida que, s’il le fallait, on pren-
drait aux douze paroisses de la ville les plus grosses cloches et qu’on les
le tour de Reïms le 19 mai 1496 : ce jour-là, le lieutenant général
| F du baïlli de Vermandois faisait savoir qu'il venait de recevoir « par À « un des chevaulcheurs de l'écurie du Roy, nostre sire, venant de Ne « Lion, certaines lettres patentes, ... contenant le traicté de paix et | É « amitié perpétuelle faicte et passée avec le roy d'Angleterre, ses \ | Ë « pays etsubjets », et mandant « faire convoquer et assembler les : | « gens des trois estats du bailliage, pour confermer et rattiffier ledit
D « traictié, comme promis et a esté dict expressément en faisant | « icellui, mesme des principales cités et villes dont estes l’une ». Il invitait en conséquence le conseil à assembler sans retard les trois états de la ville, et à élire « trois personnaiges notables de chacun « desdicts estats ung », lesquels devaient être à Laon le 19 du mois. | On choisit pour la noblesse le médecin Cauchon, pour les marchands Frison, et pour l’Église le chanoine G. Coquillart ‘. Châlons, de son un côté, élut l'abbé de Toussaints, le bailli de Châlons, Gruier, et Michel Gorlier, échevin.
Charles VIT n'avait pas attendu l’accomplissement de ces formalités pour se mettre en campagne. Toutefois, avant de partir, müû par certains scrupules, il avait manifesté (Amboise, 10 février 1494) le dessein de consulter la nation sur les droits de la France à la possession du royaume de Naples, et le 27 du même mois il invitait
n: de Moulins les habitants de Troyes à envoyer à Lyon un député Rs « dedans le XVe jour de mars prochain, venant pour oyr ensemble LR | 3
« et rapporter ce qui luy sera dit et communiqué de par Nous ». Mais ce qui lui importait, c'était moins de rassurer sa conscience que de tirer de ses sujets l'argent nécessaire à ses plaisirs et à son expédition. La communication ne plut pas à tous, mais la plupart donnèrent satisfaction à Charles, et les Troyens furent du nombre, ce dont le roi
* leur témoigna par lettres datées de Lyon, « le X° jour d’avril », qu’il
fl leur savait bon gré. Il fit plus, et touché des plaintes qu'ils lui
: fondrait avec d'autre métal pris chez les particuliers (Varin, Arch. lég., | Siatuts, t. L, p. 847. Il y est question de coutevrines de main à confier aux s ‘ bourgeois).
si ! Arch. lègisl., ibid., p 846.
Es
? Lettres missives des X Ve et X VIe siècles tirées des archives de Troyes
par Henri Stein. M. de Cherrier semble donc à tort placer l'assemblée de Lyon
« dans le courant d'avril » (Hist, de Charles VIII, t. 1, p. 494 de l’édit.
in-12). Nous avons, d'autre part, des raisons de penser que M. Stein se