MESURES PRISES PAR LES ÉVÉQUES POUR L'ARRÊTER
soulèvent l’indignation populaire ; ils ne se bornent pas à faire gras « publiquement » aux jours défendus ; à cette infraction disciplinaire, ils ajoutent la mutilation des choses saintes : « on rôde « sans cesse, nuictamment, à polluer les églises, rompre les croix, « images et toutes choses de dévotion, près du Parvy [de la cathé- « drale], à la Madelaine et aux cimetières Saint-Jacques ? » ; on renverse trois ou quatre fois la croix de Fust, entre Saint-Martin et Saint-Thimothée.
Ce qui se passe à Reïms se reproduit à Troyes et dans les autres villes de la Champagne. Entre cent autres faits de ce genre, à Troyes, le 9 septembre 1555, une Notre-Dame-de-Pitié, placée à l'Hôtel-Dieu-le-Comte, sur la façade qui regardait l’église Saint- Etienne, est trouvée avec la tête brisée. Ce sacrilège indigne la population catholique et la surexcite contre les réformés. On fait en réparation de l’outrage une procession solennelle.
Cependant l'autorité épiscopale avait, dès le commencement, pris les mesures qu'elle jugeait nécessaires pour arrêter l'invasion de la Réforme. Dès 1523, Briçonnet avait tenu un synode où avaient été condamnées les erreurs du protestantisme. Deux ans plus tard (1525), Guillaume Petit (Parvi), évêque de Troyes, faisait défense de lire ou de posséder les livres et de soutenir les opinions de Luther. En 1527, Hennequin, successeur de Petit, renouvelait les statuts synodaux de ses prédécesseurs pour la réformation des mœurs et des cérémonies religieuses : les églises seront désormais fermées aux assemblées profanes et aux fêtes des fous ; les curés seront tenus d'expliquer, au prône, l’évangile du jour, et les prédicateurs éviteront, dans leurs sermons, de citer les poètes et les auteurs profanes ; aucun livre traitant de la religion ne sera publié sans l’autorisation des évêques diocésains. À Reims, non content de pourvoir par ses statuts synodaux de 1548 au choix éclairé des personnes consacrées au ministère des autels, et, par l’érection d’une université, d'assurer à la jeunesse un enseignement aussi élevé que complet, le cardinal de Lorraine fondait en sa cathédrale la procession solennelle du jour de Pâques à quatre heures du matin, et celle du jeudi absolu (jeudi saint), afin d'entretenir la piété des peuples commis à sa garde.
4 Pierre Coquaut, t. IV, p. 20. 2 Jean Pussot, p. 271.
Il se trouvait à Rome (1550), où il s'était rendu, à la nouvelle du décès de Paul IT !, pour prendre part à l'élection d’un nouveau pape, quand il vit un jour arriver chez lui «un personnage destiné à une « bien grande célébrité, et qui venait d’attacher son nom à la créa- « tion de l'institut le plus extraordinaire qui fut jamais : c'était « Ignace de Loyola. Le fondateur de l’ordre des jésuites venait « offrir ses hommages au prélat français et lui recommander les « membres de sa société » qui, sous la conduite de Jean-Baptiste Viola, étaient venus à Paris pour v fonder une maison, et que l’évêque de Clermont, Guillaume Duprat, avait accueillis dans son hôtel de la rue de la Harpe. « Le cardinal dé Lorraine était trop « habile et trop pénétrant pour ne pas entrevoir immédiatement « quel parti l'Eglise pouvait tirer de ce nouvel institut. À l'esprit « d'indépendance qui animait toute l’Europe, cet ordre opposait la « soumission Ja plus complète, à l’affaiblissement de l'autorité et « de la discipline une hiérarchie inflexible ct une obéissance « absolue. Enfin, et c’était là surtout le côté par lequel le cardinal « appréciait l’utilité de cette nouvelle création, les jésuites se « vouaient particulièrement à l'instruction de la jeunesse et à « l’enseignement des peuples par la prédication. Il promit à Ignace « de Loyola sa protection, et il tint parole* », car il leur obtint, le Le janvier 1551, les lettres-patentes qui les autorisaient à s'établir en France.
Six ans plus tard (1557), le cardinal, qui s'était attaché à relever la prédication, fondait la Station du carême, y mettant pour condition spéciale que, le plus souvent, on choisirait des prédicateurs étrangers aux diocèses ; « car ilestait persuadé qu'on tient plus « grand compte d’un homme inconnu que d’un qu’on voit tous les « jours * ». Lui-même se plaisait à donner l'exemple jusqu'à prêcher des carêmes entiers, « alternativement avec Richard Dupré », etil parlait avec une éloquence à laquelle un des grands apôtres de la Réforme, de Bèze, ne pouvait s'empêcher de rendre hommage“.