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SÉDUCTION DE LA RÉFORME

« des revenus de l’abbaye, réservant à l'abbé la jouissance du « reste ! ».

Aussi bien la Réforme elle-même a fait appel à tous les appétits, à toutes les convoitises. Elle s'était levée pour attaquer des abus que l'Eglise avait seule mission de corriger, et déjà, perdant de vue son but, elle avait soulevé des passions bien autrement redoutables que ces abus. Aussi ne faut-il pas s'étonner que chacun pille les biens ecclésiastiques, et les prenne comme il ferait « une violette « de son jardin » ;ils s’en vont à la noblesse, aux « pimprenelles « et sauterelles de cour », quelquefois même à d’audacieux paysans ?, tandis que les églises restent dans le plus entier délabrement, et que les parents, effrayés, hésitent à prestrer leurs enfants : en sorte que hérétiques et catholiques concourent à la même ruine, ceux-ci en Ôtant la provision, ceux-là en travaillant à abattre «le « colombier pour chasser les pigeons? ».

Bien des pigeons s’envolent, en effet, séduits par l’appât de l’indépendance que prêchent les novateurs. Le cordelier Morel, de Troyes, quitte son couvent en 1544, sauf à y rentrer plus tard ; deux prêtres de Reims, François de Villelongue et Morel, se rendent suspects d’attachement à la Réforme. Bientôt on verra même un des premiers pasteurs de l'Eglise, le nouvel évêque de Troyes, esprit léger et

1 Le traité, qui est du 2 mars 1535, est curieux et instructif : L'abbé livrera à ses moines 8 muids de froment, 8 de seigle, 90 de vin clairet ou vermeil, et 10 de vin blanc du cru de l’abbaye ; il fournira de plus à chaque religieux 35 sols par an pour la pitance, et 4 livres pour le vestiaire ; les herbages, comme choux, poireaux, etc., pour mettre au potage des moines, et la paille pour leur lit sont également à sa charge. Il doit en outre le diner et le souper de certains jours de fêtes, les gages des maïtres d’école, du boulanger, du cuisinier, du barbier et du charretier de l’abbaye, laquelle s'engage, de son côté, à les nourrir. Enfin il paye le bois pour le four et la cuisine, ainsi que la nourriture des chevaux, et il entretient les harnais. (Dom Titon, Hist. manuscr. de l'abbaye de Moutier-la-Cetle, p. S15; dans Boutiot, Hist. de Troyes, p. 348).

? Comme ce Gilles Adnet qui, chassant de la Wuagrie le vicaire et les religieux, met la main sur l'argent du trone, et dont la femme fait des bonnets avec les corporaux (Comptes de l’'échevinage de Reims, 1543).

8 La Réforme et la Ligue en Champagne et à Reims, par E. Henry, p. 18 et 19.

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mobile, qui avait gardé de la société italienne, dont il était sorti, les habitudes et les vices, déçu dans son ambition, ne craindre pas, à son retour de Rome (juin 1555), de s’aboucher à Genève avec Calvin. Il se pénètre du venin de l’hérésie et chancelle dans sa foi ; un instant revenu à lui, il combat devant un nombreux auditoire réuni dans l'église de Saint-Jean les croyances qu'il avait caressées ; puis, quelques jours après, il y retourne sous l'influence d’un homme sans lettres, d’un cardeur de laine, Michel Poncelet, qui remplissait le rôle de prédicant, et ne tarde pas, « mettant bas les « marques épiscopales », à s’en aller lui-même « prédicanter. en « larue du Bois, où l’on vendait alors des pourceaux, et autres « lieux ! » ; bien différent en cela de l'évêque de Meaux, Guillaume Briconnet?. Désireux de ranimer dans son diocèse le goût des fortes études, ce prélat avait eu l’imprudence d'y attirer les proscrits de la Sorbonne ; mais, s’apercevant bientôt qu'ils faisaient de sa ville épiscopale un foyer de propagande, il leur retira ses pouvoirs et finit par poursuivre l'erreur qu'il avait en quelque sorte patronnée.

En voyant s’égarer de tels esprits, en voyant des ministres de la religion céder au vent des nouvelles doctrines, et les nobles en tirer un si bon parti, comment les bourgeois et les artisans y auraient-ils résisté? À Reims, on n’ébranle pas seulement leur foi par les pamphlets qu'imprime clandestinement un ouvrier typographe de Nicolas Bacquenois, le lyonnais Geoffroy ; on les attire encore aux Crayères, derrière Saint-Nicaise, au bois de Muire, aux châteaux de Bezannes, Ay, Nanteuil-la-Fosse et Warmeriville, où les évangélisent au début (1524) Pierre de Craon, dit Nez-d'Argent, professeur « renommé en science », Jean Chastelain, moine augustin de Tournay, et, 35 ans plus tard (1559), un docteur en Sorbonne, Jean Fournier, qui, après avoir fait longtemps l'admiration des catholiques de Paris et de la cour, passé à la Réforme, s’en fit l’apôtre dans la Brie et la Champagne.

Sous l'excitation de ces prêches, les néophytes de la nouvelle religion ne tardent pas à manifester leur zèle par des excès qui

1 La Sainteté chrétienne, par le P. Desguerrois.

2 Il était fils de Guillaume Briçconnet, archevêque de Reims (V. ci-dessus,

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