CONJURATION D’AMBOISE, CHATIMENT DES COUPABLES
Ces dispositions, qui devaient allumer contre la famille de Lorraine la jalousie des Bourbons, n’empêchèrent pas Antoine, roi de Navarre, d'accompagner la cour à Reims, où François IT devait être sacré. Le duc de Lorraine, Charles IIE, qui venait d’épouser Claude de France, ne pouvait manquer d’assister avec la duchesse à une cérémonie qui les touchait particulièrement. Ainsi se rendit à Reims la femme de Philippe d'Autriche, Elisabeth de Valois, fille ainée de Henri IL, qui fit son entrée dans la ville le 14 septembre 1559 ; deux jours après (46) arrivait le roi, escorté des officiers de la couronne et d’une brillante noblesse. Il reçut les clefs, selon, l'usage, des mains d’une jeune fille élevée sur un théâtre à la porte de la cité, et, par des rues richement tapissées, il gagna le parvis, où l’attendait le cardinal avec son clergé, et où l’on avait dressé « une fontaine enrichie de trois grandes statues qui jetaient du vin « clairet par les mamelles » et soutenaient « un panier de eigognes « rempli de toutes sortes de fruits ». La reine, qui vint ensuite, fut accueillie avec la même pompe, et le surlendemain, 18 sep-, tembre, dans le chœur de la cathédrale, paré des anciennes tapisseries du Louvre qui représentent les Actes des Apôtres, François recevait des mains du cardinal la divine onction en présence des pairs du royaume ou de leurs représentants !. Ce prince ne quitta pas Reims sans avoir marqué son séjour par denombreuses largesses, et il avait à peine atteint Bar-le-Duc qu'il ratifiait (septembre) les privilèges de son université ?.
Cependant les réformes financières du cardinal, en atteignant la cour et l’armée, allaient faire bien des mécontents, tout prêts à s’allier aux huguenots, et l’ambition de Condé, encore excitée par l'appât qu'ils lui offraient $ d’une pension annuelle de cent mille, écus, ne pouvait manquer d'encourager et d'appuyer leurs sourdes menées. La Conjuration d'Amboise échoua (15 mars 1560), et Condé, que le duc de Guise avait posté à l’une des portes de la ville à côté du duc d’Aumale, se vit obligé de tremper son épée dans le
1 Le duc de Guise, comme le plus ancien pair de France, représentait l'ancien duc de Normandie et marchait après le roi de Navarre.
2 On a de François un édit daté d’'Eclaron pendant le voyage de la cour en Lorraine.
150 LA PROVINCE DE CHAMPAGNE 1560, sang de ses complices ; en sorte que les calvinistes, qui, en fidèles disciples de Calvin, avaient pensé servir la cawse à « coups d’arque- « buses », et n’avaient pas craint d'entrer en correspondance «avec « certains princes étrangers !, ennemis du roi, se trouvèrent bien « loin de leur compte? ». «Mais ces rigueurs », dit Castelnau avec un grand sens pratique, « n’apportèrent point de bien aux affaires « de la France ; car, en matière de conjuration, il suffit de punir « les chefs et auteurs d’icelles, sans rechercher trop curieusement « les conjurés... Joint qu’en cette affaire la plupart de ceux-ci ne « sçavaient où ils allaient ». On ne frappa, il est vrai, que ceux qui avaient été pris les armes à la main. Le roi ne manqua pas, d’ailleurs, en informant ses officiers de la province de Champagne de l’insuccès des « damnées entreprises inventées par tous les « moyens que peuvent les malings esprits », de rassurer tous ceux qui, séduits par les conjurés, viendraient, dans la huitaine, révéler franchement ce qu'ils auraient appris de la conspiration, « promec- « tant, en foy de prince et parole de roy, que jamais ne leur sera « fait question ni moleste par justice ny autrement, en quelque « sorte que ce soit #». Ses lettres, datées du 16 mars et lues à Troyes le 5 avril, y donnèrent lieu à une procession générale d'actions de grâces, où furent portés les quatre corps saints, et qui fut suivie d’une prédication hors Saint-Pierre. Ainsi le chapitre de Reims, à la prière du cardinal, avait-il ordonné deux processions par semaine pour obtenir les secours du Ciel f contre les complots des ennemis de la religion et du trône; «car les huguenots, dit « Tavanne, dès ce temps-là étaient déjà en dessein de fonder une « démocratie ou une aristocratie… Leur désir, ajoute-t-il, a toujours « été d'établir l’état populaire ? ».
1 Lettre du roi au baïlli de Troyes (16 mars, Amboise). Même lettre fut adressée au baïlli de Vermandois (Htrelle, La Réforme et la Ligue en Champagne, Lettres, p. 30). — Cf. Castelnau, dans la collect. Michaud et Poujoulat, t. IX, 1. Ier, ch. VIL.
? Mèm. de Castelnau, 1. Le, ch. VU.
0 Ribid ich ane
4 Boutiot, t. Ill, p. 455. 5 Id., ibid., p. 466.
6 Dom Marlot, t. IV, p. 340.
7 Collect. Mich, et Pouj., t. VIT, p. 233. — Cf. Michel Suriano, dans les Relat, des Ambass. vénit., t, Ier, p. 539 et suiv.