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IRRITATION DES PROTESTANTS, — ÉTATS GÉNÉRAUX

Quoi qu'il en soit, le châtiment des conjurés, loin d’abattre le parti, ne fit que l’exaspérer. Tandis que ses plumes les plus fines, trempées dans le fiel de la calomnie, faisaient aux Guise une guerre de pamphlets où elles excellaient, et que l’'Epistre au tigre de France désignait particulièrement le cardinal aux haines des sectaires, ceux-ci se livraient à toutes sortes de violences. En vain les princes lorrains, qui avaient déjà fait rendre l'ordonnance d'amnistie du mois de mars, où le roi se plaisait à espérer plus, à l’avenir, de la douceur et de l’indulgence que de la sévérité des lois!, inspiraient-ils à François Il (mai) l’édit de Romorantin ?, qui, distinguant les réformés des séditieux, soustrayait la répression du crime d'hérésie à l'impitoyable justice des tribunaux séculiers pour en remettre la connaissance aux évêques, et ne soumettait plus les coupables qu’à des peines canoniques ; en vain, se flattant de l’espoir de ramener les protestants dans le giron de l'Eglise, le cardinal poursuivit-il la reprise des délibérations du concile de Trente, suspendues depuis 1552, et, pour arriver plus sûrement à son dessein, demanda-t-il, dès le 11 avril, par la voix du conseil, la réunion d'un concile national, dont il ne doutait pas que le papefne condamnät la pensée et n’interdit la convocation : plus le gouvernement montrait de modération, plus celle-ci semblait enhardir ses adversaires. A Reims, ils osent arracher, pendant la nuit, un crucifix, que le clergé rétablit solennellement le 4 juillet ; leur audace croît au point qu’il faut pourvoir à la sûreté des églises et veiller avec un soin particulier sur les reliques et les « sacrés joyaux ? ». À Troyes, en réponse aux dispositions d’une assemblée générale des habitants qui, dans une pensée de paix, avait interdit les processions et les dénominations de Auguenot et de Zuthérien, ils forcent les présons royaux pour en tirer un prisonnier prédicant (19 août), et couvrent

1 De Thou, t. IL, L. XXV, p. 504, 505.

2 Théodore de Bèze, I. HE, p. 274. C’est à tort qu'on a voulu faire honneur de cet édit à l'Hospital, qui n’entra en fonctions que le 1° juillet (V. Guillemin, p. 142 et suiv.).

3 Cette date dit suffisamment que l’'Hospital fut aussi étranger à la proposition d’un concile national qu'à lédit de Romorantin.

4 Guillemin, p. 158 ef suiv,

5 Marlot, t. IV, p. 340,

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d'ordures une image de la Vierge (20 août)t. Ainsi, quand l’Assemblée de Fontainebleau (21 août) leur accorda, avec un concile national où ils pourraient être entendus”, la convocation des états généraux, où chacun serait juge de l'administration du royaume ; quand, au défaut de la Zberté des cultes, que le sentiment publie repoussait alors, le cardinal proclama, devant l'assemblée, la plus entière tolérance pour les « pauvres dévoyés » qui se réunissaient sans armes afin de chanter des psaumes, se déclarant prêt à leur faire le sacrifice de sa vie, si ce sacrifice pouvait leur être utile #, à tous ces avantages les religionnaires répondirent en organisant, dans le midi, une formidable levée de boucliers.

La convocation des trois ordres, « qu’on appelle les états géné- « raux », avait été fixée au 10 décembre 1560, et, dès le 30 août, le roi en donnait avis à ses baïllis de la Champagne en leur prescrivant de publier ses lettres partout où besoin serait, et de veiller à la rédaction des cahiers de remontrances ÿ. Meaux avait été d’abord choisi pour le lieu de la réunion, mais la ville d'Orléans ne tarda pas à lui être préférée (lettre du 9 novembre), comme étant située plus au centre du royaume, assise en pays fertile et offrant de nombreuses ressources. En conséquence des instructions du gouvernement, les élections se firent à deux degrésf, et les cahiers de « remontrances, supplications et requêtes... apportés par les dépu- « tés des baïlliages de Troyes, de Chaumont, de Vitry, de Meaux, « de Provins, de Sézanne et de Sens », furent à Orléans, sous la date du 20 décembre, « conférés, accordés » et fondus en un seul

1 Boutiot, p. 457, 459 et 460.

? Ce concile n’eut pas lieu. Comme l'avait prévu le cardinal, le pape en rendit inutile la convocation, en publiant, le 29 novembre, la bulle de convocation du concile général à Trente pour Pâques 1561. C'était le triomphe de notre prélat.

8 Parce que c’eût été reconnaître la légitimité de la révolution qui s’accomplissait, consacrer le démembrement de la France religieuse et bouleverser le pays, sans profit pour la grande tentative de conciliation qui se poursuivait.

4 Guillemin, p. 179 et suiv. ; spécial., p. 183, note 2.

5 Boutiot, t. II, p. 462.

6 V, à l’Appendice la liste des députés élus par la Champagne.

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