TRIOMPHE DU PARTI CONTRAIRE AUX GUISE
désabusée de la fortune, et sans illusion sur les sentiments de Catherine de Médicis à son égard, elle passa là le reste de l'hiver !. Pour le cardinal, il s’adonnait tout entier aux fonctions de son ministère et particulièrement au devoir si dédaigné alors de la prédication ; car il y avait près de trois cents ans, dit un vieil historien, qu’on n'avait entendu en France la parole de Dieu annoncée par un évêque, de quelque qualité qu'il fût?. Et comme il était fort éloquent, sa parole eut une immense influence : non-seulement elle paralysa autour de lui l’action des ministres, mais elle réveilla le zèle du elergé et excita plusieurs de ses membres « par toute la « France à faire le semblables ».
Aussi bien les prévisions du cardinal n’avaient-elles pas tardé à se réaliser. La reine-mère et le chancelier, également jaloux de l'autorité des Guise, n'avaient rien eu de plus pressé que d’en Îlatter les adversaires, pensant les gagner par leurs complaisances ; et les lettres royaux du 28 janvier, en pardonnant à tous ceux qui étaient accusés pour le fait de religion, l’édit de Fontainebleau du 19 avril, en renouvelant la prescription de les mettre en liberté, et en rouvrant les portes du royaume à tous les bannis, menaçaient d’ébranler l’ordre avec l'Eglise. Le clergé étaitd’autant plus alarmé que Hospital, «soupçonné d’être l'ennemi de la religion catholique, « fournissait par les ressources de son intelligence tous les moyens « propres à la ruiner “», confondant dans une sorte d'égalité les
1 Elle quitta Reims en juillet et la France le 15 août, pour retourner en Ecosse, laissant au monastère de Saint-Pierre-les-Dames un souvenir que la bibliothèque de Reims garde religieusement : c’est un livre d'heures intitulé : Horæ in laudem beatissimæ virginis Mariæ ad usum Romanum Parisiis, Reginaldi Calderi, 1549. Sur l’un des plats, la reliure « porte les armes de François, dauphin de France et roi d’Ecosse ; « de l’autre une sphère suspendue au ciel au-dessus du globe terrestre, « avec cette devise : Unus non sufficit orbis, qu’il prit, ainsi que le dit « Mézeray, lorsqu'il épousa Marie Stuart, héritière d'Ecosse ». Marlot, t. IV, p. 341, note). Dès le 20 décembre 1560, par ordonnance datée d'Orléans, Charles IX avait assigné son douaire sur la Touraine, le Poitou et la ville d'Epernay.
? Varillas, Hist. de Henri IL, 1.1, p. 46.
3 La conjonction des lettres et armes, etc., fol. 16.
4 Relat, des ambass. vénit., Michel Suriano, {. 1, p. 531.
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épithètes de papiste et de Auguenot, comme dans une égale protection les saintes images et les assemblées illicites *. Pour apaiser ou distraire les esprits, Catherine résolut de faire sacrer le roi, et prenant avec lui le chemin de Reims, elle y arriva le 14 mai 1561?, après s'être arrêtée, chemin faisant, au château de Nanteuil, où l'attendait François de Lorraine. Le lendemain, 15, jour de l’Ascension, le jeune prince, après avoir prêté le serment accoutumé de défendre l'Eglise et d’exterminer les -hérésies, recevait des mains du cardinal de Lorraine avec la divine onction la couronne royale*. Charles n’avait alors que douze ans et était « d’une complexion faible et délicate 4» ; la cérémonie se prolongeant, un moment il se prit à pleurer, et comme on lui en demandait la cause, il répondit que la
couronne qu'il portait sur la tête était trop pesante *.
Elle lui fut lourde, en effet, grâce aux sympathies du chancelier pour les huguenots et au soin que prenait la reine-mère « de balan- « cer tousiours également » les deux partis, sans égard pour les traditions nationales et religieuses de la France, sans souci des doctrines subversives * et des provocations criminelles de la faction protestante.
1 V. sur l'édit du 19 avril les réclamations du parlement (H. Martin, t. IX, p. 82). — « Gardons le nom de chrétien, dit l’'Hospital en son discours d'ouverture aux états généraux d'Orléans (13 décembre), et supprimons ces noms diaboliques de luthériens, huguenots et papistes, noms de parti et de sédition ».
2 V. L'entrée et sacre du Roy fuicts en la ville de Reims le mercredi XIVE jour de may mil cinq cens soixante-et-un et autres jours ensuyvuns, lequel fut receu honorablement des manans et habitans, 1561.
3 « Les douze pers de France [estoient] representez par Monsieur le duc d'Orléans, frère du Roy, le Roy de Navarre, Messeigncurs les duez de Guise, de Nevers, de Monfpensier, d’Aumalle et de Monimorency connestable, cardinaux de Lorraine, de Bourbon, Chastillon, Guise, Guiry et évesque de Chaallons » {L'entrée et sacre du Roy, etc.;.
# Michel Suriano, t. E, p. 550,
5 Le cardinal de Lorraine, par Guillemin, p. 472. — « Monsieur de Guise tenait ladicte couronne près Ia teste du Roy, parce qu’elle estoit fort pesante, et aussi que ledict seigneur ne la pouvoit soutenir pour la grande pesanteur de ses habits » (L'entrée et sacre du Roy, etc).
6 Davila, trad. de Baudoïin, t, 1e, 1. Il, p. 178.
7 Michel Suriano, t. [, p. 539.