LE TRIUMVIRAT, — L'ÉDIT DE JUILLET
La reine eut mème pour la Réforme de telles complaisances que le connétable de Montmorency, scandalisé autant qu’effrayé, n’hésita pas à se rapprocher du duc de Guise, et tous deux, en communiant le jour de Pâques, 6 avril, scellèrent leur union, où fut admis en tiers le maréchal de Saint-André. C’est cette alliance que le parti protestant appela fastueusement le Tréumovirat et qu'il ne craignit pas de flétrir par la supposition d’un pacte écrit. « Assurés de « l’impunité ?, sinon du concours du gouvernement, les réformés se « dédommagèrent amplement des rigueurs du régime précédent. « Les catholiques, de leur côté, se croyant abandonnés par le « pouvoir, usèrent de représailles, et la France se trouva bientôt « transformée en un vaste champ de batailleÿ ». Au milieu de l’anarchie, la confiance et la sécurité publiques avaient disparu. € Il y a, dit Suriano, une défiance universelle entre les individus : « le commerce est suspendu, la foi des contrats n’est plus observée, « et, dans ces temps malheureux, il n’est aucun commerçant, soit à « Lyon, soit à Paris, ou dans d’autres villes du royaume, qui se « croie en sûreté chez lui{ ».
Il fallut remédier au mal, et, cédant à la peur du triumvirat, autant qu'aux énergiques remontrances du cardinal, qui furent telles que pas un des adhérents des huguënots ne sut qu'y répliquer, et que « le chancelier en demeura tout confus 5 », le gouvernement se résolut à donner l’édit de juillet. Cet édit, qui fut publié le 31 à Saint-Germain, défendait aux prédicateurs et ministres des deux religions « d'émouvoir le peuple à séditions », et de tenir aucune assemblée publique ou particulière, « sous « peine de la hart ». L’exercice de la religion catholique était seul permis. La connaissance du crime d’hérésie était laissée aux évêques, et ce crime ne pouvait étre passible d’une peine plus
1 M. Henri Martin lui-même, ainsi que M. Michelet, considère cette pièce comme une pure invention protestante (t. IX, p. 81). Les triumvirs, après tout, étaient les véritables hommes de gouvernement ; leurs adversaires n'étaient que des chefs de parti au pouvoir (Guillemin, p. 228).
? V. ce que dit Forneron (Les ducs de Guise, t. Ir, p. 34 et 342) des sentiments et des dispositions de Catherine.
8 Guillemin, p. 225.
4 Relat. des ambass. vénit.
$ Davila, 4° éd. in-12, 1666, t. Le", I. IN, p. 169.
forte que celle du bannissement. Exécutée avec une juste fermeté, une telle loi pouvait épargner au royaume bien des troubles !; mais l'Hospital sut par d'habiles réserves en modérer l’application et calmer en même temps les plaintes des chefs du
parti, en proposant d'admettre les ministres de la Réforme dans
une conférence où il leur serait loisible d'exposer leurs doctrines en présence des prélats catholiques. Plusieurs d’entre ceux-ci, et particulièrement le cardinal de Tournon, combattirent la proposition par des raisons tirées du caractère indiscutable des articles de foi et de l’opiniâtreté insurmontable des dissidents; mais elle avait pour elle le cardinal de Lorraine, qu'y portaient avec l’ardeur de sa foi la générosité de son caractère et un violent désir de conciliation : le colloque de Poissy fut décidé.
Les états généraux étaient clos depuis le 31 janvier, et les députés ne s'étaient pas séparés sans avoir obtenu la plupart des réformes qu'ils avaient réclamées (Ordonnance d'Orléans du 31). Les deux grandes taches du règne de François LE, le concordat et la vénalité des charges de judicature, étaient particulièrement effacées. Mais on n'avait pu s'entendre sur le fait des finances, et il avait été convenu que, le 20 mars suivant, chacun des treize grands gouvernements élirait seulement, « pour éviter les frais », trois députés, un clere, un noble et un bourgeois. Les 39 élus devaient se réunir à Melun avant le 1 mai, afin d'examiner les demandes du gouvernement. Ils s'assemblèrent enfin à Pontoise le Ac août ; mais les deux ordres laïques y étaient seuls représentés par leurs vingt-six commissaires. Les treize élus du clergé s'étaient réunis au synode ecclésiastique de Poissy.
Ce synode avait été fixé au 26 juillet, mais les évêques arrivaient lentement, et l'intérêt de la discipline, la réforme des abus, la question des subsides devaient tout d'abord les occuper : les conférences ne s’ouvrirent que le 9 septembre, en présence du roi et de toute la cour. Le légat, cinq cardinaux, quarante évêques y assistaient, ainsi que « plusieurs docteurs de la Sorbonne et autres « théologiens que l’on avait mandés des plus célèbres universités de
1 Charles IX donne ordre à du Castel, capitaine de Châlons, de se rendre à son poste et d'y faire observer l’édit de pacification (6 août 4561. Arch.
munie. de Châlons-sur-Marne, AA 5).