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RÉCEPTION DE CHARLES IX A TROYES

Une fois payés, les Allemands s’éloignèrent, au grand soulagement des populations qu’ils ne pressuraient pas seuls; car, « sous « le couvert de ces étrangers », plus d’un gentilhomme huguenot dévalisèrent les campagnes !. Si les villes avaient été épargnées, elles avaient eu particulièrement à souffrir d’un autre fléau, la peste, qui, pendant plus d’un an (1562-1563), fit de nombreuses victimes ; Meaux, La Ferté-sous-Jouarre, Château-Thierry, Reims, Châlons, Troyes, Langres, Bray-sur-Seine, Sens, furent surtout éprouvées en Champagne ?.

Bientôt Charles IX, entré dans sa quatorzième année, et déclaré majeur dans un lit de justice tenu au Parlement de Rouen (17 août 1563), allait entreprendre la visite de son royaume, avec le dessein de pacifier les esprits et dans l’espoir de raffermir l'autorité souveraine, ébranlée par la guerre civile ?. La cour quitta Fontainebleau le 43 mars 1564, et se dirigea, par Montereau et Pont-sur-Yonne, sur la ville de Sens #, où, arrivée le 15, elle passa plusieurs jours. De là elle vint à Saint-Lyé (22), et de ce château dans la ville de Troyes, où le roi fit son entrée le jeudi 23 mars.

La réception, qui fut des plus pompeuses, avait été réglée et la série des fêtes ordonnée sur les plans de Dominique Florentino ou le Florentin, peintre et sculpteur, secondé par les artistes troyens, qui exécutèrent les nombreux tableaux allégoriques exposés par les rues. Dans les rangs du cortège se voyaient, marchant en bon ordre au son du tambour, un grand nombre « de sauvages bien accou- « trés », dont le capitaine, couvert d’une armure d’écailles, était « monté sur une licorne » entièrement bardée de feuilles de lierre ; eux-mêmes étaient montés les uns sur des ânes, les autres sur des boues ou des chèvres.

Après les sauvages, venait une troupe de satyres armés d’ares, de flèches, de massues et de casse-têtes, d’où pendaient de petites boules garnies de pointes. Puis s’avançait une compagnie de bour-

1 CI. Hatton, p. 356.

2 Id., p. 332.

8 Id., p. 376 et suiv.

4 « Grande bonne ville », dit Abel Jouan, qui a tracé l'itinéraire du roi ; « par les rues d’icelle l'eau passe courant, qui est une chose fort nette ». (Revue de Champagne, 1. IX).

geois et marchands, portant la livrée du roi, et ayant un guidon aux trois couleurs, blanc, bleu et incarnat, en usage à Troyes.

Elle était suivie du maire, vêtu d’une robe de velours mi-partie rouge, mi-partie bleue, et des échevins, des conseillers portant des robes de damas de soie, aux mêmes couleurs.

On s’avança ainsi au-devant du roi jusqu'au delà du faubourg Saint-Martin. Aux côtés de Sa Majesté étaient, au milieu d’une nombreuse et brillante noblesse, le nouveau gouverneur de Champagne, Henri de Guise, fils aîné de François, nommé le 96 février 1563, et le duc d’Aumale, son oncle, gouverneur de Bourgogne, chargé d’administrer temporairement pour lui la province, vu le bas äge du titulaire 1.

Après les présentations et les harangues, le cortège se mit en marche pour la ville, le roi monté sur un cheval couvert d’un drap d'argent et bleu, et placé sous un dais de velours bleu à franges blanches et rouges, que portaient quatre bourgeois vêtus de robes noires.

Quand on fut arrivé devant l'hôtel de ville, la fille du maire,

debout sur un char, présenta à Charles IX un anneau et un cœur d’or, en lui disant:

En un anneau tout rond et d’or bien éprouvé

Je vous offre le cœur de la cité troyenne.

Quelquefois le voyant, Sire, qu’il vous souvienne Que son cœur est tout rond et tel sera trouvé?.

Le roi atteignit enfin l'évêché, où il devait descendre, et bientôt après, selon l’usage de ces temps, la reine-mère faisait son entrée particulière, accompagnée des dames de sa cour. La ville lui fit un présent de fin linge et offrit au roi un vase d'argent du poids de 35 mares, dont elle avait confié l'orfévrerie et la ciselure à Nicolas Boulanger, l’un de ses orfèvres.

1 Henri était né en 1550.

* Ce quatrain, comme toutes les devises des décorations artistiques, était de Jean Passerat, alors premier régent, à Paris, du collège de Beauvais. Né à Troyes en 1534, il mourut à Paris en 1604. Il devait être choisi,

en 1572, pour remplacer Ramus comme professeur d’éloquence au Collège

de France,

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