DOUZIÈME SÉQUENCE
Hodiernic lux diei Celebris in matris Dei Agilur memoria.
Decantemus in liac die Semper virginis Mariœ Laudes et prœconia.
Oninis honio , onini hora Ipsam ora et implora Ejus patrocinia.
Psalle, psalle visu toto Cordis, oris, voce, volo :
Ave plena gralia.
Ave domina cœlorum , Inexperta viri torum , Parens paris nescia.
Fecundata sine viro, Genuisti more niiro Genitorem filia.
Florens hortus auslro fiante.
Porta clausa post et ante, Via viris invia.
Fusa cœli rore tellus.
Fusum Gedeonis vellus Deitatis pluvia.
Salve splendor tirmamcnti, Tu caliginosac menti Desuper irradia.
Plaça mare maris Stella, Ne involvat nos procella , Et tempestati obvia.
On ne saurait refuser à cette Séquence le mouvement et l'enthousiasme que la rapidité du rhythme et le retour de la rime favorisent plus que ne l'aurait pu faire l'emploi de la versification antique.
TREIZIEME SEQUENCE
Hac Clara die turma Mariam concrependo
Festiva dat prseconia Symphonia nectarea.
Cette Prose est irrégulière et n'a rien qui la recommande à l'attention. Il est probable cependant qu'on l'estimait assez au
278 1IIST01RI-; (ilÎAÉRAI.H 1)K LA MI SIQI E RIXKJIKI'SE.
xiii*" siècle, puisqu'elle a été adoptée par l'auteur du manuscrit de Sens, pour la fôte de la Circoncision. Nous l'avons donnée intégralement dans la reproduction que nous avons faite de ce manuscrit. On remarquera que là elle porte le nom d'Hymne.
On voit que la fête de l'Assomption était au moyen âge, comme de nos jours, une des plus importantes de l'année. Chacun des jours de l'Octave avait sa Séquence particulière.
La fôte de l'Assomption dans le rit romain a été privée de sa Séquence, et il ne lui reste plus de cette couronne poétique qu'un seul fleuron; encore a-t-il été mutilé. Les dix strophes de l'Hymne des Vêpres, Quem terra , yontus, œthera ont été réduites à cinq. Cette Hymne est due au gracieux poète Fortunat, l'auteur du Salvete, flores martyrnm. On comprend parfaitement la suppression de la troisième strophe qui ofire des images trop matérielles :
Miranlur ergo sœcula Quod aure virgo concipil,
Quod angélus fert seinina, Et corde credens parluril.
Mais les sixième, septième, huitième et neuvième strophes sont irréprochables ; deux d'entre elles ont même inspiré au R. P. Lambillotte une de ses mélodies les plus populaires :
0 gloriosa domina, Excelsa super sidcra.
Qui te creavil provide Lactasti sacro ubere.
Quod Eva Iristis abstulit Tu reddis almo germine; Intrent utastra flebiles Cœli fenestra facta es.
Tu Régis alti janua, Et porta lucis fulgida.
Vitam dalam per virginem Gentes redemplie, plaudite.
Maria, mater gratiae, Mater misericordia;.
Tu nos ab hoste protège Et hora niorlis suscipe.
Cette Hymne réunit les deux éléments de versification. La forme antique du vers iambique dimètre régulier est observée ; mais l'assonance et la rime commencent à s'y mêler; plus tard elles l'absorbetont entièrement. Les Hymnes d'un côté, les premières Séquences irrégulières de l'autre, tendent à se rapprocher à partir du vu" siècle. Elles se confondent au xii% et la réunion de
DHAMi-s i.ri'i ii(;H^M;s dans les KCJMSIX.
leurs élémenls particuliers produit une forme plus parfaite et très-favorable au chant religieux.
L'Église célèbre trois nativités : celle de saint Jean-lJaptiste, celle de la sainte Vierge et celle de Jésus-dbrist. (l'est ce qui a engagé un liturgiste du moyen âgei\ comparer saint Jean à Lucifer, l'étoile qui précède le soleil, Marie à l'aurore et Jésus-Christ au soleil lui-même. La fôte de la Nativité de la Vierge n'était pas célébrée dans les premiers siècles. Une pieuse légende rapporte qu'à une époque très-reculée un religieux ayant entendu les anges chanter dans le ciel pendant une nuit, il lui fut révélé qu'ils se réjouissaient parce que la Vierge était née durant cette nuit; que le Pape en ayant eu connaissance, établit à cette date la féte de la Naissance de la bienheureuse Vierge Marie. Quoiqu'il en soit, elle inspira plusieurs Séquences parmi lesquelles nous en citerons sept principales :
PREMIÈRE SÉQUENCE
Nativitas Mariae virginis QiKe nos lavit a labe criminis, Celebretur liodie ; Dies est laetitiae.
Te signarunt ora prophetica, Tibi canit Salomon cantica , Canticoriim te vox angelica Protestatur.
De radiée Jesse propaginis Hanc eduxil sol veri luniinis, Manu sapientiae, Templum suae gratise.
Verbum patris processu temporis Inlrat lui secrelum corporis In te totuni et totiini de foris Simul fuit.
Stella nova noviter oritur Cujus ortii mors nostra morilur; Evœ lapsus jam restituitur In Maria.
Fru^îtus vivens arentis arboris, Christus gigas immensi roboris Nos a nexu funesti pignoris Eripuit.
Ut aurora surgens progreditur, Sicut luna pulchra describitur , Super cunctas ut sol erigitur Virgo pia.
Gondolait liumano generi Virginalis filius uteri; Accingantur senes et pueri Ad laudem virginis.
Virgo mater et virgo unica Virga fumi sed aroniatica, In te cœli mundique fabrica Gloriatur.
Qui potuit de nobis conquen Pro peccato parentis veteris Mediator voluit fieri Dei et liominis.
280 IIISTOIRK GÉNÉRALE
0 Maria dulce cominercium Intrat tiiiini céleste sremiiiin Quo salulis reis remedimii Indulgetiir.
K LA Ml'8IQl K RlOLKaKl SK.
0 spes vera et verum gaudiui»
Fac post vil;e praiscnlis stadium Ut optatuin in cœlis braviuin Nobis detur.
Cette Séquence parait avoir été composée sur le rhythme de celle de la Dédicace, Jérusalem et Sion fdiœ, dont Adam de Saint- Victor est l'auteur. Peut-être même pourrait-elle lui être également attribuée. On y remarque le même usage intelligent des figures de l'Ancien Testament, et particulièrement du Cantique des Cantiques. Les pensées ont la concision qu'on admire dans les œuvres du religieux de Saint-Victor, et la rime n'est pas obtenue seulement par les substantifs ou les épithètes mises aux mêmes cas, ce qui a lieu dans beaucoup de Séquences d'une facture moins relevée, mais au moyen des verbes. Il n'est pas sans intérêt de comparer les procédés de cette versification avec ceux de la versification française. On trouvera facilement que l'une et l'autre offrent les moyens de discerner les véritables poètes des rimears^ vulgaires.