DEUXIÈME SÉQUENCE
Verbum bonura et suave Personemus illud ave Per quod Christi fit conclave Virgo, mater, filia.
Ave, solcm genuisti, Ave, proies prolulisli, Mundo lapso conliilisli Vitam et im péri uni.
Per quod ave salutala Mox concepit fecundata Virgo David stirpe nata , Inter spinas lilia.
Ave, sponsa Verbi suninii , Maris portiis, Signum durai, Aromatum virga fumi, Angelorum domina.
Ave veri Salomonis Mater, vellus Gedeonis, Cujiis magi tribus donis Laudant puerperium.
Supplicamns, nos enienda, Emendalos nos commcnda Tuo nato ad habenda Sempiterna gaudia.
Les liturgistes ont souvent commenté la Salutation angéliqueet le moment où l'ange Gabriel prononça le mot (( Aa c, » est considéré par eux comme la date mémorable de la délivrance de l'humanité. Aussi, pour la rapprocher de celle de la déchéance, ont-ils vu dans « Ave » le nom retourné « d'Eva, )> dont la faute commise
DHAMKS MTURGIQI KS DANS l.Es Kta.lsKS. 281
dans le Paradis terrestre n'a été etlacée que dans la chambre vir- .ninale de Nazareth. Beaucoup d'esprits qui se disent délicats bhVment, au nom des règles du goût, ces rapprochements gracieux et instructifs, et ce qui prouve la légèreté de leurs jugements, c'est ^ qu'ils admirent des prières qu'ils chantent eux-mêmes dans nos Églises, et dans lesquelles ils ne se sont jamais avisés de remarquer cette comparaison des mots « Ave » et a Eva, » pas plus qu'unefoule d'autres choses qui deviennent tour à tour l'objet de leur admiration et de leurs dédains. Ainsi « l'Ave, maris stella» qui a inspiré tant d'artistes, qui a consolé tant de douleurs, rasséréné tant de fronts, rendu la i^nix et le calme à tant d'âmes orageuses, cette prière qui est autorisée par un si long usage, offre dans la seconde strophe une particularité dont peu de personnes comprennent le sens :
Suniens illutl ave Gabrielis ore, Funda nos in pace , Mulans nomen Evœ.
Nous nous sommes demandé souvent pourquoi on avait interverti dans les livres modernes le dernier vers de cette strophe. En chantant « Mutans Evae nomen» on détruit l'effet de la rime et on se met en désaccord avec la version des manuscrits et des premiers livres imprimés. Nous n'osons croire qu'on ait cherché par cette inversion, à rendre moins sensible le rapprochement ou plutôt l'antithèse des deux mots. S'il en était ainsi, ou aurait réussi à moitié; car nous nous sommes assuré que peu de personnes mettent leur attention à comprendre ce vers, et nous ne connaissons pas une traduction qui n'esquive la difficulté et ne se dérobe à la faveur de l'obscurité du texte.