IN LAUDIBUS
Ant. Granum cadil, copiam germinat frumenti,
Alabaustruni frangitur, fragrat vis unguenti. Eiiouae.
Ant. Totus orbis niartiris certat in aniorem
Cuius signa singulos arguit in stuporein, Euouae.
Anl. Aqua Thome quinquies varians colorem
In lacté semel Iransiit, quater in cruorem. Euouae.
Ant. A.d Thome nienioriam quater lux descendit. Et in sancti gloriam cereos ascendit. Euouae.
Anl. Tu per Thome sangtiinem quem i)ro te ini[)endit,
Fac nos Xriste scandere quo Thomas ascendit. Euouae.
Anl. Opem nobis, o Thoma, porrige:
Rege stanles, iacenles érige.
Mores, actus et vitam corrige Et in pacis nos viam dirige. Euouae.
Ps. Benedictus. Oratio ut supra. Sequitur memoria de Nativitate, de sanuto Slepliano,de sanclo lohanne, de Innocentibus. III. èj. Iloraruni dicetur alléluia, ad l'espéras Anliphona Tecum principium. Anliphoita super Magnificat.
Ant.
vSalve, Thoma, virga juslicie, Mundi iubar, robur ecclesie,
ORAMKS LlTl'RCMQl'ES DANS LKS KGLISF.S. 809
Plebis ainor, chu'i delicie.
Siilve Rreti'is tulor cgrt'gie, Salva lue jçaudcnles glorie.
/. amen. P.i. Magnificat. Oraiio s«/jm : Dons pcM' ciijus ecclesia.
SlCyiJUNTIA.
lu lioiiorc Mario virginis.
(Voyez plva loin , page 315).
Le titre de l'office de saint Thomas Becket annonce son caractère historique. Hic incipit historia heati Thome martyris cantuariensis archiepiscopi ad iisiim Parisiensem. C'est en effet un récit lyrique de toutes les actions, de toutes les souffrances du martyr, comme aussi de ses voyages et des principaux événements de son exil. Cet office n'est pas comme tous ceux qui remontent à la période grégorienne de la liturgie et de la musique, et dans lesquels les textes sont en prose, à l'exception des Hymnes et de quelques Versets. Ici nous sommes en plein xni" siècle, à une époque où la foi a pris possession de toutes les facultés, de toutes les aptitudes; oùlalouangeetlaprière montentvers Dieu escortées de toutes les magnificences de la poésie et de l'art. Pendant que des sculptures plus nombreuses, plus élégantes s'étendent sur les murs extérieurs des édifices, décorent les chapiteaux et les autels, que des couleurs plus brillantes et des compositions historiques et religieuses succèdent dans les verrières aux teintes plates et à la simple ornementation des vitraux romans, enfin que toutes les branches do l'art se réunissent pour former comme un arc de triomphe en l'honneur de la vérité chrétienne, la liturgie ellemême s'enrichit d'un grand nombre de morceaux d'une facture nouvelle, harmonieuse, exprimant bien ce lyrisme populaire qui est un des caractères de cette époque merveilleuse. La quan-
tité innombrable de Séquences composées sur les fêtes de l'Église, de la sainte Vierge et des Saints, les drames liturgiques, les offices particuliers, comme celui de la Circoncision dont nous avons parlé plus haut et celui de saint Thomas Becket, nous montrent cette forme littéraire dans toute sa vogue et dans toute son expansion.
Notre manuscrit n'est donc pas écrit en prose. Le vers de dix syllabes y est employé systématiquement, à peu d'exceptions près. 11 offre un repos après la quatrième syllabe comme notre vers français auquel il a servi de modèle. Cette coupe s'est acclimatée en Italie et a été adoptée par Dante et Tasse. On voit que la versification latine des xn*" et xiii" siècles n'est pas aussi barbare qu'on le croit encore généralement. Nous avons montré ailleurs quelle a été son intluence sur la poésie française et sur les différentes coupes de vers employées par nos poètes lyriques. On fait aux poètes de la Pléiade l'honneur de l'invention des diverses espèces de rhythme que l'on remarque dans la poésie française. Quoique cette opinion ait été professée en haut lieu, elle est tout à fait erronée, puisqu'il n'y a pas une seule combinaison du vers français moderne qu^ ne se trouve employée dans les Séquences.
L'office de saint Thomas Becket se compose, dans ce manuscrit, des premières Vêpres, de l'Invitatoire, des Matines, des Laudes et des Vêpres. 11 est terminé par une Séquence en l'honneur de la sainte Vierge. Nous allons en signaler les passages les plus intéressants.
Les larmes que le peuple verse sur son pasteur lui procurent la paix. La joie que cette paix lui apporte est inséparable de la douleur :
Pastor cesus in gregis medio Pacem émit cruoris precio ; Cecus dolor in tristi gaudio ; Grex respirât pastore mortuo.
L'Eglise elle-même, comme la mère des Machabées , applaudit en pleurant au triomphe de son courageux enfant :
Plangens plaudit mater in filio Quia vivit victor sub gladio.
DfiAMKS UTl IiCHil i;S DA.NS LKS KflLISKS. 311
La ville de Paris, qui honorait la mémoire de saint Thomas Becket à l'exemple de son pieux roi, l'ahhayc de Saint-Victor, où il avait demeuré quelques jours, la ville de Londres où il naquit, celle de Sens, qui s'était montrée si hospitalière envers l'exilé, sont désignées par le poëte :
Félix locus, fclix ecdesia In qua Thome viget inenioiia.
Félix terra que dédit presuleiii, Félix illa que f'ovit exulem.
Suivant les usages de la liturgie, et le temps où on célébrait la féte du saint, on fait mémoire de saint Étienne, de saint Jean et des saints Innocents. D'ailleurs ce rapprochement a son opportunité. Saint Thomas n'a-t-il pas été victime des faux témoignages de l'archevêque d'York, des évêques de Londres et de Salisbury, et Henri d'Angleterre ne s'est-il pas conduit comme le persécuteur Hérode ?
Le changement que la promotion à l'épiscopat opéra dans le chancelier, est exprimée dans ces mots :
Suinmo sacerdotio Thomas sublimatus Est in virum alium subito mutatus.
Nous avons vu que l'abbaye de Saint-Victor a conservé longtemps un cilice de Tarchevêque de Cantorbéry; c'est ce qui a engagé le poëte à y faire allusion :
Monacus snl) clero clam ciliciatus.
Le bannissement de sa famille, de ses amis, de ses domestiques, des vieillards et des femmes qui lui étaient attachés est rapporté dans ces vers auxquels le musicien a adapté une mélodie fort originale :
Studens livor Thonic supplicie, Thome genus dampnat exilio.
312 IIISTOIUK GKNÉRALR DK LA MX'SIQrE RELIGIEUSE.
ïota simili exit cognalio, Ordo, soxus, etas, coiuiicio, Niillo guudet hic privilégie.
On remarquera aussi la belle pensée qui termine le verset suivant :
Sprovit dampna, sprevit opprobria, Nulla Thomam frangit injuria.
Clamât cunctis Thome constanlia, Oiune soiiim est forti patria.
La biographie a passé presque entière dans l'office : et les images les plus fortes y sont employées pour représenter l'héroïque fermeté du prélat :
Lapis iste sex annis tiinditur, Sic politur, sic quadnis redditur; Minus cedens quo magis ceditur.
Aurum fornax probat nec uritur ; Domus firma ventis non quatitur.
Enfin, l'heure du martyr a sonné et son courage ne se dément point en face de la mort ; le rhythme change et le poëte n'est infidèle à la rime que pour employer l'allitération et l'assonance :
Sathane satellites ivnimpentes templum Inauditum peri)etrant sceleris exempium.
Striclis Thomas ensibus obviam procedit.
Non niinis, non gladiis, sed nec morti cedit. Hosti pandit ostium lioslia futurus, Et pro donio Domini stat in hostes murus.
Le morceau qui suit offre, sous la forme d'un Répons, les comparaisons les plus poétiques et les plus touchantes. Tous ces textes sont entrecoupés de Psaumes et* de Versets brefs, dont le sens général est parfaitement approprié à leur sens particulier.
La paix semblait rendue à l'Église d'Angleterre par le retour de l'arclievùque de Cantorbéry :
Ex sumnia renim leticia.