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EXÉCUTION DU PLAIN-CHANT

A quoi servent ce mouvement liturgique et ces éditions diverses, si l'on ne chante pas de plain-chant dans l'Église, si la nausique envahit tous les sanctuaires, tourne la tête de tous les ecclésiastiques et empêche les fidèles de goûter les beautés du plainchant en leur en interdisant l'exécution ? Assez d'érudition comme cela. 11 est temps de prendre un parti et d'adopter des principes généraux. Il est très-beau de manifester son estime pour le plain-chant, de rechercher les formules les plus belles et les plus autorisées; mais il est encore plus nécessaire de l'adopter dans la pratique, d'en prescrire et de s'en imposer l'usage; de ne pas se borner à publier ou faire publier des éditions nouvelles, revêtues des approbations les plus hautes, mais de le faire apprendre et goûter aux fidèles par une exécution constante, permanente, ordinaire, soignée, qui seule peut redonner la vie à ce malade languissant qui n'a depuis longtemps qu'un souffle d'existence, mais que la mort a épargné jusqu'à ce jour, et sur lequel, nous le croyons fermement, elle n'aura jamais un empire absolu jusqu'à la consommation des siècles.

Toutes les personnes qui ont étudié sérieusement le chant

grégorien sont frappées, d'une part, de sa mauvaise exécution dans nos églises, et, d'autre part, de l'effet qu'il ne manquerait pas de produire s'il était chanté avec goût et intelligence.

Si on compare les moyenf d'exécution de la musique profane à ceux de la musique liturgique, il est facile de remarquer que la partie n'est pas égale. Avant de faire connaître une œuvre nouvelle au public, on choisit d'abord des chanteurs et des instrumentistes capables de la bien interpréter. On procède ensuite à de nombreuses répétitions. Le compositeur et les exécutants sont excités et soutenus à des degrés divers par le désir de la gloire, de la fortune et du succès. Les choses se passent tout autrement lorsqu'il s'agit du chant des offices divins. Dans quelle église étudie-t-on à l'avance les Introïts, les Répons-Graduels, les Hymnes et les Antiennes? Tout ce qui est chanté chaque dimanche sur les livres du chœur l'est à première vue, sans aucune répétition piéalable, à l'improviste. Et cependant ces morceaux appartiennent à un genre de musique spécial dont l'intelligence mélodique ne saurait être que le fruit d'Vine étude approfondie et qui s'éloigne considérablement des habitudes des musiciens de profession. La langue latine offre aussi des difficultés que n'a pas la langue vulgaire. Quand ce ne sont pas des choristes de théâtre qui se groupent autour du lutrin, ce sont des artisans fort inexpérimentés. Telles sont presque partout les déplorables conditions du chant liturgique.

« Ce qui doit nous animer d'une sainte émulation pour arriver à une pratique du plain-chant qui soit vraiment artistique, a dit un pieux orateur, c'est que le plain-chant ne peut se passer de cette condition. Exécuté sans art, il est lourd, froid, incolore, et partant il fait naître dans l'esprit et le cœur des fidèles des dispositions opposées à celles que l'Église veut obtenir du chant de l'office. Rendu avec art, exprimé avec ce goût intelligent dont les règles ne sont que la consécration , il est animé, plein de pensées et de sentiments; il charme l'oreille, et, arrivant à l'âme, il l'éclairé, l'édifie, l'instruit, la calme ou l'excite, selon le besoin, et lui donne une idée de cette musique que les anges

et les saints exécutent éternellement dans le ciel. 0 saintes cantilènes de l'Église ! que de fois vous avez produit de tels effets sur les âmes bien disposées ; et, au contraire, que nous sommes froids, insensibles à cette musique du monde qui envahit nos temples, trouble le service divin, et n'instruit pas les âmes! L'Église n'avait pas fait en vain une musique spéciale pour son culte. Dieu ne lui avait pas donné inutilement pour cet œuvre sublime des hommes en qui le génie s'unissait à la sainteté. Ce serait déjà véritablement une grande aberration que de préférer Palestrina lui-même à saint Grégoire; nous sommes bien éloignés du grand maëstro aujourd'hui, et saint Grégoire ne vaut pas le dernier faiseur d'opéras-comiques ou de romances : demandez plutôt à nos maîtres de chapelle. »

Il vaut mieux, à notre avis, nous en rapporter uniquement au jugement plus sùr des évèques. Tous ont recommandé la bonne exécution du plain-chant, comme un moyen efficace d'édification et d'action sur les âmes. Mgr. G. de Vintimille voyait même dans le chant des mélodies sacrées, joint aux marques d'une vraie piété, un précieux auxiliaire pour la conversion de nos frères séparés. « Quid potest fratres nostros errantes, aut facilius ad veritatis unitatem reducere, aut validius ar guère jjervicaces, quant divina illa sacrorum canticorum melodia cum intima cordis pietate conjunctal »

Le cardinal Bona était frappé de la mauvaise exécution du chant grégorien, et semble avoir eu le pressentiment de l'opportunité d'une réforme. 11 s'écrie : « Ipse cantus ecclesiasticus quam a vero gregoriano dissimilis est ! Fastidit cetas nostra concentum gravem et stabilem, amatque modules quosdam quibus in frusta concisus cantus dissiliat et enervetur. »

Benoit XIV, dans la bulle qu'il rédigea en IT/i-O, prescrit l'exécution des mélodies grégoriennes à l'unisson, vocibus unisonis, et met au second rang le chant mis en harmonie, dans lequel les paroles deviennent confuses et moins intelligibles : « Curandum est ut verba quœ cantantur plane perfecteque intelligantur. »

Il ne faut pas croire que le plain-chant réclame, pour produire une profonde impression, les ressources d'une cathédrale ou d'une

grande paroisse. 11 suffit de l'exécuter avec recueillement et avec goût, pour qu'il l'emporte sur toute autre musique. «Quand on articule bien, dit un vénérable amateur du chant ecclésiastique (M. H. deGvamoiïi, Méthode abrégée de plai7i-chant, contenant quelques principes nécessairespour bien chanter, Paris, 1845), quand on a la voix déjà exercée, que l'on a de la piété, du zèle, on peut produire un effet propre à toucher les cœurs. J'ai plusieurs fois versé des larmes en entendant les Dames religieuses du Bon-Sauveur de Ciicn, cela par un temps froid, humide, pluvieux, toutes choses peu favorables à la voix et aux émotions : elles chantaient seules, sans accompagnement , mais avec onction , avec piété et ensemble ; leurs sons étaient soutenus , leur chant juste , simple et pur. Jamais aucun chant accompagné d'un grand orchestre ne m'a aussi profondément touché. Ah! que de personnes deviendraient ferventes, que d'incrédules seraient convertis, si l'on chantait dans les églises aussi bien qu'on peut le faire, et si l'on employait à ce bel art tous les moyens que le ciel nous a donnés ! »

Nous pourrions ajouter que le plain-chant ne saurait être bien exécuté que par un chœur où la pensée religieuse domine et anime ceux qui le composent. M. de Coussemaker fait observer, avec beaucoup de raison, que la mélodie, et principalement la mélodie sacrée, c'est-à-dire celle qui part de l'âme pour s'élever vers Dieu, est un souffle de l'âme même qui participe, jusqu'à un certain point, de son immatérialité. C'est souvent une aspiration bien plus poétique que toute autre poésie. [Chants liturgiques de Thomas a Kempis, Gand, 1856.)

Léonard Poisson, quoique imbu d'une foule de préjugés appartenant à son siècle, apprécie cependant assez bien le chant grégorien. « Quand on trouve, dit-il, des pièces de chant qui se ressemblent, en les examinant de près on discernera facilement les originales de celles qui ne sont qu'imitées, à ces marques non équivoques : les plus anciennes sont ordinairement simples, mélodieuses, coulantes; elles sont aussi plus correctes pour l'expression et la liaison des paroles; elles sont encore plus variées et plus diversifiées; ce qui est une perfection qu'on ne doit pas négliger. Tel est l'esprit du véritable chant grégorien. Il ne doit

être ni lourd, ni précipité, c'est-à-dire, ni trop chargé de notes, ni trop déchargé; car, sous prétexte d'éviter le trop grand nombre de notes, il ne faut pas non plus donner dans l'extrémité opposée, comme il est arrivé à quelques auteurs depuis la réforme, qui les ont tellement retranchées, qu'ils ont fait de leur chant comme un squelette, qui n'a plus que les accouples. Chaque pièce doit avoir dans ses différentes parties des proportions relatives entre elles, et relatives au tout. Tout ce qui est pesant ou confus, dur ou mal assorti, comme le sont presque tous les Répons- Graduels du moyen âge, quelquefois les Antiennes du corps de l'office, les Traits, les Alléluia, et tant d'autres pièces qui se perdent, pour ainsi dire, dans la multitude des notes; tout ce qui est trop nu , ou trop décharné , tout cela n'est pas le vrai chant grégorien.

» Aussi a-t-il fallu enfin y revenir, et c'est ce qu'on a tenté depuis deux siècles. On a commencé par corriger le chant romain, que nous appelons le romain moderne; et quelques Églises ont suivi cet exemple, comme celle de Paris (1). Car il est aisé de reconnaître que tous les chants des différentes Églises viennent du romain; qu'à peu de chose près, c'était partout le même chant avant les nouveaux bréviaires, et que les changements qui s'y trouvaient, et qui venaient des différentes mains par lesquelles ils avaient passé, n'ont jamais altéré le fond jusqu'à le rendre méconnaissable.

» Plusieurs Églises donc, après la correction du romain moderne, corrigèrent aussi le leur. On le déchargea alors, dans la plupart,

(1) Triste correction, malheureuse tentative ! En entendant les Introïls, les Graduels, les Alléluia, les Offertoires, les Communions, les Répons des premières Vêpres, les Antiennes des Processions et des Heures, on se demande ce que signifie ce mélange barbare de sons et comment on a pu le tolérer si longtemps. En revanche, il faut reconnaître que si le chant parisien est de beaucoup inférieur au chant romain dans le Propre du temps et des saints, et généralement dans ce ([u'on pourrait appeler la partie prosaïque de la liturgie, les offices communs, Kyrie, Gloria, Sa7iclus, ylyuus Z)ci, intonations de Psaumes, Hymnes et Séquences, toute la partie lyrique ([ui est restée grégorienne ou tout au moins Romano-française, offre une version plus mélodieuse, plus appropriée "a notre manière de sentir que celle de toutes le éditions du chant romain.

de cette multitude de notes sous lesquelles il était comme accablé, surtout dans les livres Graduels; il devint par là plus coulant, et le texte plus intelligible. On revint alors du mauvais goût qui avait fait mépriser la quantité , et, excepté peut-être les seuls Chartreux, personne aujourd'hui n'est plus touché de la réponse attribuée à saint Grégoire : qu'il est indigne de la parole de Dieu de r assujettir aux règles de la grammaire. Non qu'on observe , ou qu'on doive observer la quantité suivant la rigueur des règles delà poésie , mais seulement suivant les règles d'une prononciation grave, pesée et exacte. » (Poisson, Traité du chant grégorien, I" partie, page 10.)

« Conveniens et congruum est unum esse in Ecclesia Dei psallendi modum. » On n'a jamais été si éloigné que de nos jours de suivre ce conseil donné, en 1568, par le Pape Pie V, dans sa célèbre bulle Quod a nobis. Malgré le retour de presque tous les diocèses à la liturgie romaine, la diversité des éditions et, pardessus tout, l'usage de chanter les offices en musique , font que cette unité n'est qu'apparente et illusoire. C'est en vain que les prêtres lisent le même bréviaire ; si les fidèles n'entendent pas le même chant, l'unité liturgique perd à leurs yeux ses principaux caractères, et ils n'en retirent presque aucun profit spirituel.

Il n'est douteux pour personne, que le chant grégorien est plus conforme à l'esprit de l'Église que la musique du siècle, quelle que soit la prétention de celle-ci à un caractère religieux. Nous avons cité, dans le cours de cet ouvrage, des témoignages nombreux , empruntés aux différentes époques du moyen âge. Ceux qui appartiennent aux temps modernes ne sont ni moins nombreux, ni moins explicites. En 1479, Benoit XIV déclare, dans la bulle Annus qui, que le chant grégorien est préféré avec raison par les pieux fidèles à celui qu'on appelle musical. « Qui si recte decenterque peragatur in Dei ecclesia, a piis hominibus libentius auditur, et alteri, qui musicus dicitur, merito praefertur. » Tel a été aussi l'avis de Grégoire XVI, et tel est incontestablement celui de S. S. Pie IX, qui n'a cessé d'encourager et de bénir les efforts des personnes vouées à la restauration du plain-chant, ainsi que l'atteste, entre autres documents, le bref adressé, en 1856, à

Mgr Parisis : « Novimus quantopere cupias, venera])ilis Frater, ut ecclesiasticus, seu, ut vulgo dicitur, gregorianus cantus in Galliae ecclesiis instauretur, etc. »

Le R. P. Girod, qui a public à Namur un livre sur la musique religieuse rempli d'idées excellentes, mais dans Ifequel le plaincliant occupe une place trop modeste, affirme avec raison que les travaux des savants ne pourront pas faire revivre certaines traditions anéanties dans l'exécution du chant grégorien.

V Quand même on parviendrait à reproduire dans le plainchant la valeur exacte des signes anciens, la notation ne représenterait qu'imparfaitement la tradition qui s'est perdue. Perte irréparable : car comment rétablir d'une manière sûre des inflexions purement orales, une manière qui n'a jamais été confiée à l'écriture, et qui depuis des siècles est tombée en désuétude. Par des recherches bien louables sans doute , des savants s'ingénient à retrouver les signes antiques et leur signification , pour reconstruire le plain-chant primitif; ils espèrent y parvenir, par la collation des manuscrits de différentes époques et la similitude de version , pour toutes les parties du Graduel et du Vespéral. C'est douteux. Et quand ils l'auraient trouvé, cette version rendrait-elle la tradition? Il est fort à craindre que non. »

« Le plain-chant, dit le R. P. Girod, est pour nous une des formes de l'art chrétien; mais ce n'est pas la seule. » 11 aurait pu dire que c'est la forme officielle et la plus autorisée.

Le respectable auteur tend à démontrer qu'il n'y a pas d'art chrétien proprement dit. [De la Musique religieuse, chap. vu.) Nous ne partageons pas cette opinion. Dans toute nation catholique, il y a un art chrétien qui résulte de ses croyances et de ses habitudes. Si une ville où l'on s'occupe de peinture ne tarde pas à avoir une école qui porte son nom, à plus forte raison une société religieuse ne peut-elle manquer d'avoir un art religieux, dont les formes conviennent et s'adaptent à ses usages et à son culte. Le R. P. ajoute : « Tous les principes mis en avant pour prouver l'existence d'un art chrétien, dans n'importe quel genre, n'ont nullement abouti à une conclusion logique. Cette idée part d'un sentiment chrétien, estimable en lui-même, mais quelque peu

romantique; elle manque d'appui et ne peut rencontrer pour base ni un principe rationnel et incontestable, ni un fait historique de quelque importance. Encore une fois, l'Église n'a jamais reconnu, jamais admis un art chrétien. » (Page 54.)

Le romantisme met l'expression et l'image à la place de l'idée. L'artiste chrétien au contraire s'efforce de subordonner ses moyens d'expression à l'idée elle-même, qu'il a toujours en vue. C'est là, selon nous, un principe rationnel. Il n'est pas incontestable, puisque le R. P. Girod ne l'admet pas ou le méconnaît. Cependant il a pour sanction les décisions des conciles, les bulles des papes, la pratique presque constante et générale de l'Église. Ce principe a encore pour lui un fait historique de quelque importance : ce sont les traditions séculaires de plusieurs générations qui ont produit, dans le style roman et dans le style ogival, des chefs-d'œuvre d'architecture et d'ornementation, des peintures, des sculptures, des châsses, des reliquaires, des retables, des vitraux, toute une iconographie monumentale savante et ingénieuse, des poëmes, des légendes, des compositions musicales innombrables, enfin un ensemble d'ouvrages d'art, solidaires les uns des autres, composés d'éléments homogènes et constituant, à proprement parler, un art chrétien.

Nous ne pouvons dissimuler notre étonnement, en voyant le R. P. Girod traiter si légèrement des formes d'art auxquelles des membres éminents de sa compagnie ont consacré tant de zèle, d'érudition et de talent. Les belles publications des RR. PP. Cahier et Arthur Martin attestent qu'il y a eu un art chrétien, et cet art chrétien a été assez fécond pour qu'un savant infatigable, M. Didron, ait pu lui consacrer les vingt volumes de ses Anyiales archéologiques.

S'il n'y avait pas d'art chrétien en musique, la musique serait réduite à plaire, à charmer, à amuser; elle perdrait la plus belle partie de ses prérogatives, et de telles conséquences sont envisagées avec effroi par le R. P. Girod lui-même, qui cite l'avertissement de Benoit XIV sans remarquer qu'il condamne les principes qu'il vient d'émettre : Ut miisica corda fidelium ad pietatem excitety non aures solas, sicicti fit in theatris, inani voluptate demul-

ceat. « La musique doit tendre à exciter à la piété les cœurs des fidèles, et ne point se contenter, comme on fait dans les théâtres, de charmer les oreilles en leur procurant une vaine jouissance. « Nous pensons que le R. P. Girod n'a pas eu l'occasion d'étudier à fond la question qu'il traite, au moins en ce qui concerne le plainchant; car on trouve dans son livre des assertions peu exactes, entre autres celle-ci : « 11 est regrettable qu'en fait de Messes, les recueils de plain-chant soient si peu enrichis. On n'en trouve qu'une seule qui soit de date ancienne, les autres sont fort récentes. Autrefois, quand l'ancien chant grégorien avait conservé ses traditions, les variétés des Introïts, des Graduels, etc., qui différaient selon les fêtes, paraissent avoir été suffisantes pour balancer la monotonie d'une Messe unique. » Si l'auteur ne parlait que du Credo de la Messe, il aurait raison en même temps que les liturgistes qui jugeaient convenable de n'avoir qu'un seul chant pour la profession d'une même foi. Mais quant aux autres pièces de la Messe, aux Kyrie, Gloria, Sanctus, Agnus, ils sont plus nombreux dans les Graduels du moyen âge que dans les livres modernes, qui cependant renferment pour la plupart dix Messes différentes : chaque fête et chaque temps de l'année a des chants particuliers et non pas une Messe unique.

Malgré les témoignages de respect que le R. P. Girod accorde au plain-chant dans son ouvrage, il est évident qu'il lui préfère la musique, et par-dessus tout la musique moderne. En cela, il marche avec son siècle. Le R. P. trouve qu'on abuse des expressions : dramatique, sensuel, mondain; qu'on a prêté gratuitement aux mots : tonalité, orchestre, violon, une portée, une valeur énorme, exagérée. « Nous ne voyons nullement, dit-il, comment, dans une composition religieuse bien faite, le violon serait moins avantageux que la flûte, comment cet instrument, qui

est l'âme de l'orchestre, lui ravirait sa couleur religieuse Par

ces motifs, l'orchestre nous parait de tout point parfaitement convenir aux grandes solennités. « Nous y voilà donc enfin! Un grand art catholique reste debout. Il a charmé, soutenu, consolé au milieu des tempêtes, pendant plus de quinze siècles, les passagers de la barque de Pierre; il a survécu à toutes les vicissi-

tudes, passant à travers tous les écueils, et les dilettantes lui préféreraient les chants des Sirènes! Non, il n'en sera pas ainsi. Malgré les attaques du dehors et les trahisons du dedans , les pasteurs veillent et leurs voix se feront entendre au moment du danger. NN. SS. les évêques, depuis plusieurs années, recommandent le chant traditionnel de l'Église, et on finira par se rendre à leurs vœux; car ce sera toujours d'eux qu'on pourra dire : In peritia sua requirentes modos musicos, et narrantes carmina Scripturarum; homines divites in virtute, pulchritudinis studium habentes. « Habiles à composer des modes musicaux et à chanter les poésies des Écritures, ils étaient des hommes riches en vertu, qui se mettaient avec amour à la recherche de la beauté infinie. » [Eccl. kk.)

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