‹ Histoire Général de la musique religieuseChapitre 61 sur 71 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

lia compsiraisou consîtiérce dans ses détails*

Nous avons déjà dit que la musique religieuse est l'union de sons harmonieux avec des paroles nées de l'inspiration divine, et que son but est d'aider à l'œuvre de l'instruction et de la sanctiiîcation chrétiennes.

Avant de passer aux détails, arrêtons-nous un instant pour considère]? attentivement les conséquences de ce principe.

D'un côté, nous avons le plain-chant qui, avec une grande richesse de motifs, embrasse une immense variété de paroles de révélation divine; c'est la contre-partie du Rituel tout entier; de l'autre côté, la musique moderne dont je veux parler, et qui rend à peine une fraction de ce même Rituel. Elle offre plutôt une supériorité numérique qu'une variété réelle, si elle a la prétention d'offrir un répertoire de chants sacrés; mais ses morceaux sont d'une indigence extrême quant à l'expression de l'inspiration divine. Lq Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus et YAgnus Dei

de l'Ordinaire de la messe, quelques Proses, quelques Répons et quelques Versets arrangés en Motets forment littéralement tout son bagage.

Entrons maintenant dans quelques détails. L'origine divine du chant ecclésiastique n'a pu se faire connaître à nous que par une révélation. 11 en résulte, comme nous l'avons déjà dit dans l'avertissement, que nous ne sommes pas obligés de nous jeter dans des considérations spéculatives pour connaître l'essence de l'origine divine du chant ou pour en déterminer les détails constitutifs. Car si nous rejetions l'idée d'une révélation, notre esprit serait totalement incapable de trouver une autre origine. Depuis que Dieu s'est fait homme et qu'il est devenu le chef de la société chrétienne, de l'Église catholique qu'il a instruite lui-même, il s'est choisi des hommes qu'il a inspirés pour la gouverner après lui. Les intentions du créateur pour tout ce qui touche au bienêtre de son Église ont été prouvées par l'incarnation de son Fils ; les saintes Écritures et la théologie chrétienne sont là pour l'attester. Une fois admise, l'idée de la révélation chrétienne, de la pensée divine du chant religieux, pourra être examinée sous les points de vue suivants, sans toutefois aller trop loin, comme nous le pi'ouverons successivement dans la suite de cette comparaison.

1° Autorité ecclésiastique et morale.

2° Nécessité d'un système complet et bien ordonné.

3° Convenance morale du plain-chant comme chant de sacrifice et comme chant propre à la célébration des offices.

k" Convenance spéciale du plain-chant considéré comme chant collectif dans les assemblées.

5° Influence morale particulière du plain-chant sur le caractère.

6° Moyen de répandre la vérité divine parmi les peuples. .7° Vertu médicinale.

8° Faculté qu'a le plain-chant de jouir d'une popularité durable. 9" Sécurité contre les abus.

10° Catholicité du chant ecclésiastique, ou son alliance aux doctrines catholiques sur tout le globe.

Tels sont les points de notre comparaison.

LK PLAIN-CIIANT COMI'AHÉ A LA MUSIQUK MODERNK. 517

Double autorité ecclésiastique et morale.

1. La religion naturelle attribue à Dieu l'idée d'autorité. Dieu est roi, Domimis exercitimm, la source unique, supérieure et absolue de l'autorité. En outre, la société regarde l'atitoritc comme une condition d'existence. Il ne saurait exister dans la vie sociale des causes discordantes, ni des volontés indépendantes. Dieu a tiré du néant toute société, et c'est par son principe d'autorité et par la soumission de la volonté individuelle qu'il continue son œuvre d'amour, de bonheur et de concorde mutuelle. Pour accomplir son œuvre de rédemption, il a institué son Eglise, société qui travaille sur cette terre à guérir, par la douceur de son joug divin et son autorité légitime, les anarchies sociales et les maux d'une race déchue. Ainsi, dans l'Église fondée par Dieu, dans cette source absolue d'autorité et d'ordre établie par Dieu et communiquant avec lui par les prières, nous devons nous attendre à trouver tous les éléments et les moyens d'action sur l'homme qui émanent de ce principe d'autorité, Dieu déclarant lui-même qu'il est le Dieu de l'ordre et l'auteur non de la confusion, mais de la paix dans son Église (1). De là nous devons conclure que Dieu doit regarder le chant sacré dans l'Église chrétienne comme étant soumis au principe d'autorité, comme un moyen d'action qu'il a mis à la disposition de l'Église, afin qu'elle accomplit la mission divine dont il l'a chargée, et qui par conséquent est sous la direction de l'autorité par qui elle est gouvernée.

En posant comme principe, ainsi que nous voulons le faire, que le chant grégorien possède cette autorité, nous n'entendons pas dire qu'une autorité positive est synonyme d'un monopole absolu. Reconnaître l'autorité positive du chant du Rituel, ce n'est pas affirmer que la musique moderne ne puisse, avec certaines restric-

(1) S. Paul, I Épître aux Corinlbieiis, xiv, 33.

;')1S IlISTOIRK GÉ.NKRALH DK LA MISIQIE RKLIGIEISE.

lions, jouir d'une juste tolérance. Le malade qui entre datis la période de sa convalescence après une grave maladie, doit observer rigoureusement le régime prescrit par l'autorité positive du médecin, mais il peut avoir quelquefois la permission de s'en écarter. i\Iaintenant, on nous demandera quelle est cette autorité que nous prétendons réclamer en faveur du Rituel romain ? Si quelqu'un demandait pourquoi, dans une revue, tous les soldats de l'infanterie portent des tuniques Ideues, on lui répondrait sans doute que dans une armée régulière l'uniforme est de rigueur. De même, dans une société bien organisée comme l'est l'Église catholique, l'existence d'un Graduel et d'un Antiphonaire, leur usage immémorial joint à celui du Missel et du Bréviaire, impliquent leur autorité canonique. Si nous ne craignions pas de fatiguer nos lecteurs, il nous serait facile de citer les divers synodes diocésains qui se sont spécialement occupés de ce sujet, et qui sont descendus dans les moindres détails relativement aux questions qui pouvaient s'élever sur ce point. Mais il suffira de rappeler ici un fait qui n'est peut-être pas généralement connu, c'est que la liturgie romaine, le Bréviaire tout entier, le Missel, à l'exception de quelques parties que l'officiant récite à voix basse, ont une notation musicale particulière que tout chantre capable et tout officiant doivent connaître, s'ils veulent remplir convenablement leurs fonctions.

L'autorité des chants du Rituel se trouve en quelque sorte identifiée avec le Rituel lui-même comme forme authentique de la célébration solennelle des offices. L'Église n'a jamais eu d'autre musique; aucun autre système n'est en harmonie avec le Rituel. Par conséquent l'usage de toute autre musique, quoique tolérée par la nécessité des circonstances, ne doit être regardé que comme une déviation des règles du Rituel.

Il est évident que telle était l'opinion des Pères du concile de Trente; car ils ont discuté sérieusement la question de savoir s'il ne serait pas à propos de mettre fin aux scandales musicaux qui s'étaient introduits dans l'Église par suite de l'abandon partiel du chant grégorien, en rendant le chant obligatoire. Mais, quoique plus d'un Père ait appuyé cette mesure comme le meilleur remède

Page 1