‹ Histoire Général de la musique religieuseChapitre 66 sur 71 · I-K l'LAI.V-CIIANT COMPARÉ A LA ML'.SIQUK MO01JH\K · texte numérisé non relu

I-K l'LAI.V-CIIANT COMPARÉ A LA ML'.SIQUK MO01JH\K

ter, sous peine d'araener des désordres et de» disputes tout à lait contraires à l'esprit de l'Évangile. Les dons de Dieu doivent ôtre mis en usage dans un esprit de paix et de conciliation ; et quoique les vents et la iempôte puissent quelquefois appuyer la parole de Dieu, n'oublions pas (|ue c'est la douce pluie du ciel qui produit la végétation. Si l'on ne peut par la persuasion parvenir à faire de nouveau accepter au peuple son ancien chant, le partisan du plain-chant sera assez sage pour se taire et ne pas se rendre importun. Cette musique remplirait mal le but du Créateur, si l'on ne pouvait la faire adopter que par des moyens analogues à ceux que l'on emploie pour apprendre aux serins à siffler un air; c'est-à-dire parla faim et lesimportunités. Le partisan du chant grégorien sera le dernier à contraindre les fidèles au moyen de dragonnades à l'accepter contrairement à leurs goûts et à leurs habitudes, et à le faire exécuter, comme le fit le dernier roi de Prusse dans son Église évangélique, c'està-dire par la force des baïonnettes. C'est la plus grande des folies que de vouloir obliger un peuple à agréer une chose qui ne saurait remplir son but que dans le cas où elle serait volontairement et unanimement admise. Moïse savait combien la loi du mariage, telle que le christianisme l'a établie, était préférable à la loi juive sur le même sujet; mais la dureté du cœur de son peuple l'empêcha d'exiger ce qu'il prévoyait ne devoir pas être accepté : il s'écarta de la loi primitive du mariage parce que cette déviation était exigée par les circonstances.

C'est seulement sous ce point de vue que nous voulons étudier la question d'une restauration du chant grégorien qui est consacré déjà par le temps. Les hommes pratiques doivent toujours agir avec douceur; la foi les porte souvent à suivre une méthode que ceux qui ne partagent pas leurs idées trouvent naturellement sotte et ridicule ; mais ils poursuivent toutefois leur but avec calme et persévérance, fermement convaincus qu'ils sont du succès, grâce au secours de Dieu et à l'intercession des Saints.

Quel est l'aspect que présentera l'Angleterre aux yeux des missionnaires futurs du christianisme? Celui d'un peuple où une foule de malheureux délaissés errent comme des brebis sans pas-

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teur, se réunissent avec empressement sous la direction d'un prêtre quelconque, et montrent cet amour du chant collectif inné dans le cœur de tous les Saxons.

Est-il possible que ceux qui ont affaire à des gens sans éducation s'imaginent qu'au moyen de la musique des Haydn et des Mozart dont l'exécution, après beaucoup d'efforts, est toujours imparfaite, ils réussiront à captiver des cœurs étrangers à la science musicale?

Sei'aient-ce là les armes invincibles dont nous nous servirions contre l'attrait du chant collectif des dissidents? Le jeune David ne voulut pas endosser une brillante cuirasse pour combattre le Philistin qui avait porté un défi à Israël. Il mit sa main dans sa panetière, il en prit une pierre, la lança avec une fronde, et il triompha ainsi de son ennemi (1). Les œuvres de l'esprit humain sont-elles donc nos meilleures alliées pour nous aider à reconquérir le cœur d'un peuple qui s'est éloigné de nous? Ne pouvons-nous puiser notre force dans l'exemple d'un saint vieillard, d'un profond penseur et d'un grand moraliste, de S. Grégoire le Grand, ce pontife usé par le travail, qui s'astreignit volontiers à la tâche si pénible d'instruire des enfants de chœur? Sans aucun doute il serait utile à plus d'un missionnaire à qui Dieu a départi la santé et la connaissance de la musique, cet art vraiment divin, d'assembler quelques jeunes hommes de son troupeau, de leur montrer lui-même les principes du. chant grégorien et d'en former des maîtres qui pussent à leur tour les enseigner dans les écoles des missions. Avec la foi et la persévérance, les résultats ne se feraient pas attendre ; il aurait le bonheur de voir se former autour de lui un chœur de chantres sacrés, qui ne serait pas à dédaigner, même par les gens dont le goût musical est le plus difficile ; et ces chantres l'aimeraient et le vénéreraient comme un Père pour leur avoir fait connaître toutes les joies qu'inspire le chant sacré. Si les missionnaires préfèrent supporter le joug désagréable et onéreux des musi-

(1) V. I livre des Rois, cli. xvii, 39-50.

LE PLAIN-CHANT COMPARK A LA MUSIQl'K MODERNK. 557

ciens mercenaires et capricieux, il devient inutile de discuter avec eux sur Toljjet de leur préférence, car ces chanteurs sont connus depuis long temps (1).

Cependant pour que les membres du clergé ou les simples amateurs puissent connaître l'excellence et la valeur du chant grégorien, il faut qu'ils se soient appliqués à son étude sous un maître instruit et qu'ils y aient apporté le plus grand soin. C'est parmi les prêtres qu'il faut chercher cet amour et cette aptitude avant que le goût du chant se répande chez le peuple. 11 faut d'abord que le peuple voie ce chaut apprécié et admiré par le clergé comme un héritage de ses saints prédécesseurs, avant qu'on exige de lui qu'il accorde à cette musique l'attention qu'elle mérite. Il est donc à désirer que l'étude et la pratique du plain-chant occupent de nouveau une place dans les séminaires, quoiqu'il ne soit pas convenable à \m simple prêtre de prétendre donner des conseils à ses supérieurs.

Quelle belle et noble occupation, quel emploi utile et chrétien que l'étude du plain-chant pour des laïques qui voudraient consacrer leur talent musical au service de l'Église ? Que de dames mêmes pourraient passer des moments agréables en étudiant l'accompagnement du chant sur l'orgue et en l'enseignant aux enfants des écoles! Notre grand but en Angleterre doit être de pouvoir former un chant collectif : or, l'Ordinaire de la Messe, les Vêpres, les Litanies et les Proses du Salut nous offrent, pour ainsi dire, des moyens divins d'atteindre ce but. Tout laïque intelligent pourrait, sans de trop grandes difficultés et avec un peu d'étude, devenir capable de former des chantres qui puissent chanter le plain-chant de la Messe. Il n'est pas besoin d'être prophète pour leur prédire que la sympathie du peuple viendrait bientôt récompenser ces nobles efforts. Car il ne faut pas supposer un seul instant que l'art moderne ait, lorsqu'il s'agit de se concilier la sympathie populaire, des moyens de lutter contre le chant religieux qui est si agréable et si doux.

Cependant nous ne devons pas oublier qu'on ne saurait passer

(1) V . la leUre de M. Orton "a un de ses amis.

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de la théorie à, la pratique sans être dirigé par des gens vraiment compétents en tout ce qui peut être nécessaire à la restauration d'une œuvre si intimement liée au culte chrétien. Rien ne serait plus contraire à l'esprit que nous voulons faire naître, et rien ne serait plus regrettable qu'un essai de restauration mal organisé, irrétléchi et par trop précipité. Plus une chose hors d'usage depuis longtemps a de valeur, plus sa restauration demande de prières, de ferme persévérance et de piété. Tout essai qui ne rentrerait pas dans ces conditions aurait probablement le même sort que la première tentative des Israélites pour entrer dans la terre promise. Chi va sano va piano, dit le proverbe italien. Telle a toujours été la marque caractéristique du progrès d'une idée divine se réalisant parmi les hommes.

Si quelques personnes se trouvent portées à exercer leurs talents et leurs connaissances dans cette œuvre de miséricorde, nous croyons que leurs efforts doivent avoir pour base la conviction calme et réfléchie, mais cependant claire et positive, qu'elles ont entrepris la réalisation de l'idée du chant telle qu'elle existe dans l'esprit de Dieu. Car il leur faudra certainement, pour repousser les appréciations fausses et peu bienveillantes qui viendront quelquefois troubler leurs travaux, pouvoir répondre à cette question qui leur sera faite au surplus par un bon motif : Où voulez-vous en venir ? Quel est votre but ? — Nous voulons nous associer à la grande pensée qui règne dans le Rituel et dans son chant, c'est-à-dire à l'incarnation et au sacrifice du Fils de Dieu. Si le Rituel et son chant se sont trouvés dès le commencement associés à la pensée des souffrances du Rédempteur, s'ils en ont été pendant tant de siècles et s'ils en sont encore la seule commémoration vraiment touchante, il serait imprudent de croire que l'effort (quel que soit l'esprit d'humilité qui l'inspire), par lequel nous tenterons de lui rendre l'honneur qui lui appartient de droit, soit exempt de toute participation à la croix et à la passion de notre divin Sauveur. Si, comme le prétendent quelques-uns, il n'y a aucune inspiration divine dans ce chant, on ne sera pas longtemps sans y découvrir cette prétendue stérilité, quand on viendra à en faire l'essai; si, au contraire, il est inspiré par l'Es-

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